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Du
tagalog dans le catalogue
Au IIIe
festival international du film de Bangkok, joyeux gavage de 150
films projetés en deux semaines dans des centres commerciaux,
les oeuvres philippines sont ressorties du lot. Drôles, dignes
et sans prétention, Homecoming, de Gil M. Portes
et Keka, de Quark Henares, se sont démarqués
de tant de produits très typés, savamment étiquetés
en fait pour le marché du film qui s’est tenu en même
temps dans un grand hôtel au bord du Chao Phraya.
Bangkok adore
les marchés. Celui du film n’a pas échappé
à la règle, le mois dernier. Américains, européens,
japonais ou encore chinois, les nombreux acheteurs s’y sont
naturellement retrouvés. Leurs regards sont tournés
vers la Thaïlande depuis une année 2004 rayonnante pour
le cinéma siamois (grâce notamment au solide Ong
Bak et au visionnaire Tropical Malady).
Du même
coup d’œil intéressé, les diffuseurs ont
aussi lorgné sur les pays voisins, attelés à
la relance de leur industrie cinématographique. En effet,
les pays riches d’Asie du Sud-Est, Thaïlande et Malaisie
en tête, ne se contentent plus de jouer les plaques tournantes
entre Hollywood, Hong Kong ou Bollywood. Un cinéma régional
émerge, avec ses propres vedettes, ses décors de rêve
où tourner à moindre coût, et surtout avec ses
images. Ainsi même la cité-Etat de Singapour, dominée
par la recherche de la marge de profit optimale et par la culture
de l’argent, a pu présenter quelques films locaux (Perth
de Djinn et Cut de Roystan Tan)…
En général, les progrès technologiques ont
facilité la création, mais les metteurs en scène
du Sud-Est asiatique se heurtent encore à un système
de production loin d’être aussi encourageant que celui
de la Corée du Sud, la nation-phare
du cinéma asiatique actuel. Deux grands défis se posent
alors en Asie du Sud-Est, avant même la question de la distribution
: comment se dégager de l’influence de la mondialisation
à l’américaine, et comment ne pas trop céder
sous l’écrasant modèle culturel chinois revenu
au galop du nouveau capitalisme.
Sobriété
Dans ce contexte
fort mercantile, le festival a joué de la sobriété.
L’événement a été dédié
aux victimes du raz-de-marée du 26 décembre dernier.
Une partie des ventes de billets leur est revenue, suivant la volonté
du bureau du tourisme thaïlandais, seul organisateur d’une
manifestation clairement vouée à attirer de nouveaux
visiteurs étrangers à Bangkok.
A ce rendez-vous
principalement anglophone — la plupart des projections étant
compréhensibles en anglais seulement — et coordonné
par une entreprise de Los Angeles, les expatriés ont d’abord
répondu présent, une minorité de Thaïs
ensuite. En dépit des accidents de bobine, des séances
annulées et de fréquents retards, la programmation,
fraîche et disparate, a tenu ses promesses aux amateurs de
cinéma international. De ce festin d’images diverses
ne restent aujourd’hui que des miettes (le merveilleux 2046,
de Wong Kar-Waï, retient l’affiche en
février), et un palmarès bien terne.

Homecoming
de
Gil M. Portes |
Sans
glaner le moindre prix, le cinéma philippin s’est
imposé en profondeur dans la catégorie sud-est
asiatique. Homecoming, de Gil
M. Portes, conte le difficile retour au pays d’une
jeune expatriée parmi tant d’autres, parmi les
millions de travailleurs philippins d’outre-mer (les OFW,
"Oversea Filipino Workers"). Fêtée
comme une reine, Abigail rapporte sans le savoir un cadeau indésirable
à sa communauté… Portes, cinéaste
national expérimenté, présente la vie quotidienne
d’une petite ville comme un havre de dignité, de
respect et de liberté.
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L’industrie
mondiale du cinéma peut savourer cette leçon de film
modeste, aux belles aspirations, portée par les dialogues
et le jeu des acteurs (excellente Elizabeth Oropesa,
mère de famille drôle et pleine de bon sens)…
Sans esthétisme, ni grand moyens (ainsi une musique faiblarde),
la caméra plantée au niveau communautaire, Portes
redonne un sens humaniste au cinéma. La famille, la maison,
tout s’imbrique dans une petite fable simple, certes (toute
vouée à la cause des OFW, et un brin moralisatrice
sur la fin), mais tout à fait pertinente. En un coup d’œil,
les vieux charlatans philippins sont épinglés. En
une saynète à trois personnages, les grands problèmes
de la drogue et de la criminalité aux Philippines sont dégonflés,
ramenés à de justes proportions, humaines.
| Autre
succès philippin de 2004, Keka,
de Quark Henares, parodie sans fausse pudeur
le gros Kill Bill de Quentin Tarantino. L’humour
et le style originaux sont saisis comme il faut, servis dans
une sauce rock épaisse, au vieux parfum de série
B. La fraîcheur de l’actrice principale, Katya
Santos, ainsi que la pêche et l’audace
de Henares (le cadet des metteurs en scène philippins)
donnent un film jeune, mordant, empreint de liberté et
d’insolence. En clin d’œil appuyé aux
joyeuses comédies nationales des années 80, un
étonnant numéro de danse réveille et annonce
la dernière partie. |

Keka,
de Quark Henares |
Chorégraphie
grossière (les morts se lèvent), paroles stupides
mais prenantes (ils tournoient autour de Keka l’héroïne
vengeresse), refrain inoubliable («Ke-ka! Keka, Ke-ka!»)...
Mieux qu’un divertissement sans conséquence, le léger
et sympathique Keka s’épargne
le sérieux de tant de comédies calibrées, testées
et approuvées par le marchéage.
Typés
Les comédies populaires, aux gags bien rôdés
comme en pub, restent en effet un grand filon, en Asie du Sud-Est
comme ailleurs. En 2004, le cinéma thaïlandais a notamment
produit le passable Sagai United. Onze
jeunes membres de la tribu Sagai du Sud de la Thaïlande montent
à Bangkok afin de participer au tournoi national de football
et peut-être afin, avec la prime du vainqueur, de sauver leur
région de la misère. Un scénario sans imagination
sert d’excuse pour suivre la recette des films de sport, ou
de bandes de copains, et pour entériner au passage les grandes
valeurs thaïlandaises (le roi, le bouddhisme et la nation).
Dans le rôle de l’entraîneur verreux mais finalement
honnête, l’acteur populaire Pongpat Wachirabanjong
n’apparaît pas des plus inspirés. Reste
quelques prouesses de tak raw (le foot thaï) et, au
fond, un spectacle pour enfants faciles en manque de divertissement.
Mieux réalisé,
garni de bonnes blagues et d’autodérision juste, The
Bodyguard, une comédie doublé d’un
film d’action de Petchai Wongkamlao et Panna Rittikrai,
frise l’hilarant. Mi-Jachie Chan, mi-Gérard Jugnot,
le célèbre comique thaï Petchai «Mam»
Wongkamlao (Ong Bak) frappe très fort pour son premier
film derrière la caméra. Dans cette parodie de film
policier musclé, le petit Mam joue à contre-emploi
le rôle d’un garde du corps et use bien sûr de
méthodes de combat peu orthodoxes… Au fil d’une
intrigue très dynamique (course-poursuite tout nu autour
du monument de la Démocratie, pet, arrestation…), de
nombreuses personnalités s’invitent à l’écran
et se taquinent avec de petites blagues
privées. Ainsi le richissime premier ministre Thaksin Shinawatra
joue un habitant d’un quartier pauvre, tandis que Tony Jaa
(la vedette athlétique de Ong Bak) retrouve un instant
son coéquipier Mam. Seul regret à l’ensemble,
le langage très vulgaire nuit à la finesse de l’écriture
et à l’originalité de l’interprétation.
Bangkok 2005
a aussi comporté son lot de films d’aventures, des
œuvres américaines pour la plupart. Dans une rétrospective
consacrée à Oliver Stone, Alexander
(2004) réécrit, à grands coups de numérique,
l’histoire d’Alexandre le Grand. Toujours aussi attentif
au style, Stone plonge à cœur joie dans les batailles
(peuplées de figurants créés sur ordinateur),
dans les hallucinations du pouvoir et de la violence, dans la fièvre
des conquêtes au-delà du monde connu. En revanche,
l’évident parti pris d’un Alexandre homosexuel
tient moins bien, plombé notamment par le personnage ridicule
de sa mère (Angelina Jolie à l’accent incompréhensible).
Mais en résumé, par ses costumes, sa structure et
son rapport à l’Histoire, Alexander rappelle
beaucoup Gladiator de Ridley Scott, comme la réponse
d’un grand studio à un autre.
Film d’aventures
sud-américain, Carnets de voyage,
du Brésilien Walter Salles, trouve d’entrée
le bon rythme. Histoire pétaradante de jeunes routards à
travers l’Argentine, le Brésil, le Chili et le Pérou,
cette adaptation libre des carnets de voyage de l’étudiant
en médecine Ernesto Guevara (le futur Che, parti pour l’été
sur la moto d’un ami) traite avec bonheur de l’adolescence
de ses deux héros. Les magnifiques paysages sont filmés
de main de maître et à bon escient, en rapport avec
le regard sur le monde des protagonistes (marqué notamment
par une embrouille sentimentale
dans un bar au Chili, et par la découverte de l’usurpation
des mineurs andins). Au fil de ce voyage éclairant, le talentueux
Gabriel Garcia Bernal compose un jeune homme intéressant
et non pas une graine de révolutionnaire — à
l’inverse du portrait monolithique d’Alexander.
Dans le genre
fantastique, il faut retenir le maintien des films de fantômes,
un courant toujours populaire en Asie. Ainsi, Spirits,
du Vietnamien Victor Vu, relie adroitement trois
histoires originales de mauvais esprits.

Spirits,
de Victor Vu |
L’ambiance
effrayante est réussie, en grande partie grâce
à la bande-son. Un peu répétitif, le jeune
réalisateur reprend dans chacune des trois parties la
formule du huis-clos obscur, habité par quelques ombres
mystérieuses… Mais le film de Victor Vu s’impose
comme une œuvre originale, à la fois moderne et
respectueuse du romantisme vietnamien traditionnel (du moins
dans le premier tiers du film, où dans l’hôtel
abandonné résonne l’étrange chœur
mélancolique d’un écrivain, de ses amours,
réels ou de fiction, et de sa muse). |
Sous le seul
flot de larmes déversé par The Letter,
de la Thaïlandaise Pa-Oon Chandrasiri, la
source de cinéma à l’eau de rose ne risque pas
de se tarir. Succès critique et populaire, ce mélo
inspiré d’un film coréen du même nom distille
un féminisme subtil et intelligent. La réalisatrice
modernise une histoire d’amour toute simple, en construisant
d’abord un rêve pittoresque pour son actrice principale
(la brillante Anne Thongprasom, jeune comédienne
d’origine française). Puis elle pose avec délicatesse
les ressorts dramatiques, les tend sans forcer et donne au film
le rythme, les dialogue justes pour supporter une lourde charge
émotionnelle et mouiller bien des mouchoirs. A noter, la
musique discrète mais touchante
du compositeur Boyd Kosiyabong, grande figure de
la pop thaïe.
Enfin, dans
le genre du film de combat, bien relancé par la belle carrière
de Ong Bak, Born to Fight effraie.
Après une entrée classique digne d’un film policier
de série B, le film devient ultra violent, puis nationaliste
et même paramilitaire… Un groupe de sportifs d’élite
(l’équipe nationale de Thaïlande ou sa réplique)
vient distribuer des dons dans un village pauvre du Nord, près
de la Birmanie (vieil ennemi des Thaïs). Surgit un commando
terroriste (anonyme, sans doute pour mieux les assimiler aux séparatistes
du Sud, sinon aux Birmans), et débute une longue tuerie semblable
à un jeu vidéo, filmé comme tel, sur fond de
techno uniforme (par «Atomix Clubbing Studio»).
Les sportifs mettent leurs techniques et leurs forces au service
du combat incessant et généralisé — même
les enfants peuvent souffrir mano a mano avec les grands.
Ce Born To Fight de 2004 (nouvelle version
d’un film du même auteur, Panna Rittikrai,
un vétéran du film d’action) comprend des cascades
de très haut niveau, très dangereuses, très
dures… Jusqu’à l’explosion nucléaire
finale, le savoir-faire des combattants vifs comme l’éclair
(en action puis en décomposition sous les coups terribles
de leurs assaillants) crève littéralement les yeux.
A ce titre, l’acteur Dan Chapong paraît
comme possédé, emporté par le crescendo de
violence… En conclusion, ce film d’action record en
Thaïlande, au fort potentiel international, présente
le risque majeur d’encourager au fascisme, tant il simplifie
et glorifie la guerre. A éviter donc.
En dehors des
sentiers battus, Café Lumière,
du Chinois Hou Hsiao-Hsien (Les Fleurs de Shanghaï,
Millenium Mambo), a bien de quoi régaler les cinéphiles…
et dérouter plus d’un spectateur. Ses plans profonds,
ses thèmes riches, sa mise en scène subtile ne desservent
pas vraiment une intrigue dure à suivre. A travers le quotidien
d’une jeune femme de Tokyo, Hou Hsiao-Hsien rend surtout un
magnifique hommage formel au maître japonais Ozu.

Princess
of Mount Ledang
de Saw Teong Hin |
Encore plus atypique, et de toute beauté, Princess
of Mount Ledang s’avère un authentique
chef-d’œuvre du cinéma malaisien.Cette adaptation
d’un conte du XVe siècle, du temps de la grandeur
de Malaka, offre vraiment du grand spectacle, en mêlant
légendes, danses et art martial traditionnel (sila).
L’opulence des moyens (avec un budget record) n’empêche
pas le metteur en scène Saw Teong Hin
de s’attacher au respect de l’histoire et de la
culture nationales. |
Concentrées
sur quelques personnages (la princesse Gusti Putri, le guerrier
Hang Puah et le sultan de Malaka), l’action et surtout la
magie fondent dans un tourbillon de cinéma les scènes
de combat, les rencontres, les grandes déclarations d’amour
ou de malédiction…
Du jamais vu ! Film le plus impressionnant du festival, Princess
of Mount Ledang a pourtant vu le premier prix dans
la catégorie sud-est asiatique lui échapper au profit
d’une autre œuvre malaisienne, The Beautiful
Washing Machine. Glacée, lente, étrange,
cette fable de l’autodidacte James Lee joue
aussi de magie, et d’humour noir, pour critiquer le consumérisme
et la solitude des employés de bureau de Kuala Lumpur…
Une nuit dans un condominium, une machine à laver se transforme
en jeune femme muette et docile. Le hasard la mène alors
d’un homme à l’autre, sans grande chance d’avenir...
Visions
En général,
le palmarès a beaucoup surpris, si calqué sur celui
des Golden Globes (pré-Oscars) précédant, avec
pour meilleure actrice la radieuse
Américaine Annette Bening dans Being
Julia (ex-aequo avec Ana Geislorova dans
Zelary), et avec pour meilleur film Mar
Adentro de l’Espagnol Alejandro Amenabar.
Evénement dans les années 80 en Espagne, le combat
du tétraplégique Ramon Sampedro pour le droit à
l’euthanasie ne donne en fait qu’un film d’amour
larmoyant sous les violons et les vieilles photos, et à l’histoire
d’une faiblesse étonnante. Au point de vue juridique,
Amenabar ne propose aucune solution. Sur le thème rebattu
de l’homme et la maladie, le cinéaste ibère
parvient tout de même à donner son coup de patte. Pour
lui, le monde tient aux visions, et donc le destin de Sampedro aussi.
Ainsi, le présent du film étant la vieillesse de Sampedro,
Amenabar revient sur l’accident du héros, 30 ans plus
tôt, et redonne clairement à voir le plongeon fatidique,
au moment où la mer se retire. Il explique la faute de concentration
de Sampedro par la vue d’une jolie fille sur la plage.

Mar
Adentro
d'Alejandro Amenabar |
Puis,
sous l’eau, le jeune homme au cou brisé revoit
sa vie défiler devant ses yeux livides. De plus, quand
l’avocate du vieux Sampedro lit ses mémoires, elle
croit croiser les regards du jeune Sampedro, s’en émeut
et en tombe amoureuse… Ainsi avec Mar Adentro,
Amenabar le visionnaire ne s’écarte pas tellement
du fantastique si présent dans ses films précédents.
Les rêves de marche et d’envol du tétraplégique
renvoient au même goût du mystère que dans
Les Autres et Ouvre les Yeux. La découverte
principale de Mar Adentro se trouve plutôt parmi
les acteurs de second rôle, en particulier chez Mabel
Rivera (la belle-sœur fière et dévouée).
La performance de Javier Bardem en Ramon Sampedro
lui a valu à Bangkok un prix d’interprétation
masculine sans surprise. |
France
Un tel palmarès
se veut sans doute autant en phase avec les académiciens
du cinéma américain qu’avec le public. Ainsi
le jury a prolongé jusqu’en Extrême-Orient la
marche triomphale des Choristes. Le réalisateur
Christophe Barratier a obtenu le prix de la mise
en scène, ex-aequo avec le génial Park Chan-Wook
(Old Boy). Surprenante victoire
à l’extérieur d’un film au style vieille
France, sans grande prouesse technique, cette reconnaissance ne
suffira sans doute pas à unir dans l’admiration une
critique nationale très mitigée. (Et un «Oscar»
n’y changerait sans doute pas grand-chose…) A Bangkok
en tout cas, l’humour de Jugnot, la blondeur des enfants et
la simplicité du scénario ont apparemment plu aux
spectateurs venus en masse pour rire et ou sourire à ce spectacle
déjà vu par près de neuf millions de Français.
Du cinéma national montré à Bangkok, mieux
vaut retenir la rétrospective consacrée à Olivier
Assayas. Cette sélection de quatre long-métrages
a notamment permis de rappeler l’inventivité, l’énergie
et l’éclatante nouveauté d’Irma
Vep (sorti il y a neuf ans déjà) et
de montrer l’un des meilleurs films français de la
décennie en cours, Les Destinées sentimentales.
Tous deux marqués
personnellement par une expérience de cinéaste au
Cambodge, Bertrand Tavernier et Patrice Leconte
sont revenus, pour le festival, dans la région de leurs derniers
films (intitulés respectivement Holy Lola et Dogora -
Ouvrons les yeux). A les écouter, leurs démarches
ont en commun de se confronter à l’étranger
totalement (d’un point de vue artistique), sans jamais donner
dans «le tourniquet de cartes postales» abhorré
par Patrice Leconte. Il s’agit selon eux de restituer un peu
d’une autre culture, dans des œuvres très différentes
(histoire d’un couple d’Auvergnats venus à Phnom
Penh en quête d’adoption pour Tavernier, visions de
la vie quotidienne au Cambodge montées sur une musique symphonique
pour Leconte). Armés
de ces bonnes intentions, les réalisateurs ont défendu
leurs choix de représentation du Cambodge moins qu’ils
n’ont présenté leurs produits comme des hommes
d’affaires apparemment distants et intéressés.
En deux entretiens (avec la presse, pour Leconte, avec le public
après projection, pour Tavernier), ces deux vétérans
du cinéma français ont en fait laissé une impression
désagréable. Il faut peut-être mettre sur le
compte de la fatigue et du dépaysement leur air tantôt
méprisant, tantôt capricieux.
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Holy
Lola s’inscrit comme une oeuvre mineure
dans la filmographie de Bertrand Tavernier. Difficile de croire
au couple formé par Jacques Gamblin et
Isabelle Carré, de regarder l’exposition
constante de leurs prises de tête et de leur nombrilisme
tandis que le traitement du point de vue cambodgien, léger
et manipulateur, a suscité des critiques de la part des
expatriés. Emouvant, serti de scènes très
bien filmées, Holy Lola brille plutôt
par ses seconds rôles, et en particulier Bruno
Putzulu, vivant et naturel au milieu de personnages
ampoulés. En effet, le scénario colle presque
trop bien à son sujet — les tourments de l’adoption
à l’étranger. Tavernier se vante même
d’avoir inspiré, par Holy Lola, une réforme
de la loi à cet égard. |
Mais son film
de législateur est écrit comme un dossier snob du
Nouvel Observateur. Les problèmes intimes sont déchargés
sur le spectateur, et la rencontre, le choc culturel, trop vite
expédiés. En somme,
Bertrand Tavernier paraît bien plus à l’aise
pour tourner des histoires de France.
Peu vu en France,
Dogora (Ouvrons les yeux) a pour sa part
bénéficié à Bangkok d’un très
bon bouche-à-oreille. Patrice Leconte explique
cette oeuvre très personnelle par sa réaction à
une musique d’Etienne Perruchon, véritable «scénariste»
du film. Plus qu’un regard français sur le Cambodge,
il s’agit d’un long-métrage expérimental
oriental (une symphonie d’Europe de l’Est sur des images
d’Asie du Sud-Est), qui peut laisser rêveur…

My
Space de Wittit Kumsakaew et Ritthichai
Siriprasitpong |
Entre
cinémas d’Europe et d’Asie du Sud-Est, les
échanges ont tendance à se multiplier, même
sans un pont large et solide. La meilleure entreprise de construction
d’un tel pont, s’intitule My Space.
Ce film de fin d’études signé Wittit
Kumsakaew et Ritthichai Siriprasitpong (de
l’université Thammasat de Bangkok) traite de l’amour
platonique entre une étudiante en médecine (prometteuse
Patchara Buranawimonwan) et un jeune photographe,
dans un style européen très bien repris. |
En dépit
du thème convenu, trop souvent illustré par des promenades
dans un parc et par un même air lent au piano, les réflexions
implacables et les images très soignées donnent à
voir le meilleur de la jeunesse. Remarquable projet étudiant,
studieux mais bourré de naturel, ce surprenant My
Space fourmille de bonnes idées de mise en scène.
Boudé par le public thaïlandais en 2004, ce film ambitieux
ajoute pourtant une belle note d’espoir au grand tableau du
festival de Bangkok 2005.
François
Cavaillès
(février 2005)
Francois
Cavaillès est journaliste. Ancien reporter
en radio, puis en presse, dans la région d'Ottawa au Canada,
il couvre aujourd'hui l'Asie du Sud-Est et enseigne le francais
a l'université Chulalongkorn de Bangkok.

www.bangkokfilm.org
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