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Maudits
artistes…
L’expérience
interdite, littéraire et humaine, dont il est
question ici, a été mise en place par Bill Yeary,
mégalomane plein d’imagination ; son rêve a pris
corps dans une petite île des Philippines : une "ferme"
souterraine, peuplée d’hommes-animaux encagés,
coupés du monde, et contraints d’écrire, toujours
écrire, du mieux qu’ils peuvent, malgré l’insalubrité,
la puanteur la malnutrition, les coups et les jeux sadiques de Bill
Yeary… Fantastique réceptacle de génies littéraires,
ce « bestiaire d’écrivains extraordinaires
» produit des Goncourt et des Pulitzer et fait la fortune
de son inventeur ; il est parti d’un principe assez simple,
après avoir étudié de près les perles
de culture et leur "fabrication" ; fasciné par
le processus de création qui se joue à l’intérieur
des huîtres — on y introduit un "irritant"
pour les inciter à former des perles — il s'attelle
à créer des «perles humaines»,
se chargeant de leur procurer l'irritation appropriée...
La fantaisie
débridée d’Ook Chung est encore
une fois à l’œuvre et sa diatribe parabolique
est sans pitié : le monde littéraire, selon l’écrivain
québécois, ressemble vraiment à cela –
et quand bien même certains traits de la satire demeureraient
caricaturaux, on voit où il veut en venir… Une critique
acerbe de la décadence des sphères littéraires
et des auteurs, qui s’endorment sur leurs lauriers : «
il me semble que les écrivains traités comme des
coqs en pâte ont tendance à s’amollir et à
se corrompre. Ils écrivent de moins en moins bien à
mesure que leur indice de confort augmente. La célébrité,
les émissions de télévision, les interviews
leur montent à la tête, et ils préfèrent
passer leur temps à commenter leurs œuvres plutôt
qu’à en produire de nouvelles. Pas étonnant
que nombre d’entre eux finissent par n’écrire
que des navets ou par ne plus écrire du tout. »
confie Bill Yeary à son journal. D’autres voix se font
entendre, un véritable ballet d’écrivains sans
noms (Le désabusé, Le Pécheur pénitent,
Le Révolté, Le Pleurnichard, le Maso…) dont
les propos permettent à l’auteur (un autre encagé
?) de faire le tour du monde des lettres et des sentiments qui inspirent
les écrivains. Leurs écrits? «des chiures
mentales» d’après un autre de ces artistes
maudits qui ne peuvent travailler et produire que dans la souffrance,
source de toute créativité ; il existe ainsi «
un lien indubitable entre la littérature dite "sérieuse"
et… le syndrome de l’épine au pied.».
A méditer... car ce dernier ouvrage d’Ook Chung
(après ses Nouvelles orientales
et désorientées et Kimchi)
devrait donner froid dans le dos aux écrivains et détourner
de la voie littéraire ceux qui rêvent d’écrire
ou d’être publiés !
B.
Longre
(février 2004)

du
même auteur :
Kimchi
Nouvelles orientales et désorientées
Le
Serpent à Plumes
http://www.serpentaplumes.com/
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