|
Petite Anthologie du mystérieux
Six nouvelles
"policières" de facture plutôt classique
composent cette anthologie du mystérieux, dans laquelle les
Anglo-saxons dominent : les Américains Lilian Jackson
Braun, bien connue pour ses chats détectives, Fredric
Brown, auteur prolifique, mort en 1972, et John
Dickson Carr, que l'on ne présente plus ; les trois
autres récits sont signés Peter Lovesey
(auteur britannique dont le fils, Phil
Lovesey, suit fidèlement les traces) et deux français
: Paul Halter (un Alsacien...), dont l'oeuvre est
influencée par Carr, et Michel Lebrun, "le
pape du polar", qui livre ici une fable absurde assez réussie.
Christian Poslaniec, l'anthologiste, explique ses
choix (dans une introduction destinée à des lecteurs
un peu aguerris au genre) et redéfinit brièvement
les caractéristiques du genre policier, une veine qui, peu
à peu, quitte le monde de la "paralittérature"
pour entrer dans celui de la "véritable" littérature,
contredisant ainsi les puristes. Charles Poslaniec a opté
pour des nouvelles semi-fantastiques, dont le dénouement
est généralement suspendu, en point d'interrogation
; la plupart des intrigues sont habiles et les solutions proposées
retorses, souvent imprévisibles. Le genre policier étant
protéiforme, transformable à l'envi et en constante
évolution, les auteurs aiment bien entendu se jouer des normes
et des conventions, ou bien intégrer à leurs récits
des procédés narratifs ou des atmosphères empruntés
à d'autres genres. Prenons par exemple Susu et le fantôme
de 20h30, (de Lilian Jackson Braun) qui met en scène
deux soeurs, dont la routine domestique plutôt paisible est
brisée quand survient dans leur existence un étrange
voisin ; la chatte des jeunes femmes se prend d'affection pour ce
monsieur et l'attend chaque soir devant la porte d'entrée,
à huit heures trente précises... Là, l'inquiétude
s'insinue peu à peu, sans que l'on puisse vraiment la formuler
explicitement, envahissant le petit monde semi-bourgeois des deux
soeurs. Au contraire, dans Les morts dansent la nuit de
Paul Halter, l'atmosphère est pesante d'emblée, et
le scénario de départ nous paraît coutumier
: le Dr Twist, dont la voiture est tombée en panne un soir
d'orage, trouve refuge dans une belle demeure campagnarde, qui abrite
cependant des êtres mélancoliques et troublés
par un passé qui n'en finit pas de se rappeler à eux
: "C'était un autre monde, un univers sans vie,
endormi dans la nuit des temps." pense le Dr Twist ; difficile
alors de ne pas confondre réalité et illusion... Une
autre "histoire de fantôme" est racontée
dans Satan et demi, une nouvelle intéressante où
le narrateur, un compositeur en mal d'inspiration qui s'est volontairement
isolé dans un petit cottage, se retrouve cependant forcé
d'en découdre avec un drôle de chat fantôme et
un voisin agressif.
D'autres nouvelles, en dépit d'une intrigue alambiquée,
ont des dénouements plus pragmatiques et réalistes,
comme L'homme qui vit l'invisible de John Dickson
Carr et Derrière la porte close de Peter
Lovesey, cette dernière nouvelle tenant davantage de l'escroquerie
réussie que du fantastique. Mais Le représentant
de Michel Lebrun est un récit qui intrigue davantage, car
l'auteur ne se sert ici du genre policier que pour mieux démonter
les ressorts de l'absurde et nous plonger directement dans un univers
renversé, où les représentants en "crimes
parfaits" n'ont rien d'extraordinaire.
 |
L'initiative
de regrouper quelques récits permettant d'initier à
un genre à part entière n'est pas nouvelle ;
on trouvera, dans la même collection, Crimes parfaits
(1999) et D'étranges visiteurs, (1991), des
textes compilés par le même auteur. Les choix
sont intéressants, donnent quelques pistes à
un lecteur débutant dans le genre et éveillent
nécessairement sa curiosité ; l'ouvrage peut
aussi être très utile aux enseignants de lettres,
qui savent bien que qu'un bon polar est généralement
"déclencheur" et incitera les élèves
à lire davantage, les récits policiers présentant
aussi des schémas narratifs généralement
assez clairs, facilement analysables. Mais le lecteur tout
court y trouvera aussi son compte, quand bien même il
aurait souhaité pouvoir découvrir davantage
d'auteurs francophones...
Blandine
Longre
(décembre 2003) |
Né
en 1944, Christian Poslaniec est auteur de pièces
de théâtre, de poésies, de romans policiers
et de nombreux livres pour enfants et adolescents. Chargé
de recherches à l’Institut National de Recherche Pédagogique
(I.N.R.P.), il est également responsable de Promoleg,
organisme pour la promotion de la lecture chez les jeunes. Il vit
dans la Sarthe.

http://www.ecoledesloisirs.fr
http://crdp.ac-clermont.fr/crdp/espaceecole/roman_policier/presentation.htm
http://www.ac-montpellier.fr/ressources/frdtse/frdtse31d.html
|