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Incertain
retour aux sources
No
Heroes se pose d'emblée comme un récit
autobiographique tâtonnant, l'auteur avouant ne pas toujours
savoir où ce récit doit le mener : " Le plus
étrange, c'est que je ne me suis jamais mis à écrire
ce livre. Les cassettes audioétaient destinées à
mes enfants et le reste provenait de mon journal." Chris
Offutt, revenu vivre quelque temps, avec femme et enfants, sur sa
terre natale, les collines du Kentucky, plonge le lecteur dans une
autre Amérique, semi-rurale où ses amis d'enfance
sont restés d'authentiques kentuckiens, souvent sans le sou,
une petite communauté repliée sur elle-même.
Se réajuster à cet environnement n'est pas aussi simple
que l'écrivain le pensait : il n'est plus l'étudiant
désinvolte qui passait son temps à fumer de l'herbe
et vivotait de petits boulots ; il est maintenant un père
de famille qui vient postuler pour un emploi de professeur de "creative
writing" (une spécialité universitaire typiquement
anglo-saxonne, le plus souvent absente des facultés françaises...),
une sorte "d'animateur" d'ateliers d'écriture,
à l'Université de Morehead : une tentative d'apporter
un peu de son savoir-faire aux étudiants de cette institution
peu reconnue, considérée comme un établissement
de deuxième classe.
Mais
au coeur de son récit patient et très plaisant
(truffé d'anecdotes amusantes et de portraits idiosyncrasiques
de Kentuckiens) émerge un autre récit : la double
autobiographie de ses beaux-parents, Arthur et Irene, tous deux
juifs, rescapés des camps de la mort : leurs récits
juxtaposés (la retranscription fidèle d'enregistrements
recueillis pas l'auteur) sont posés tels quels sur la
page, bruts, des souvenirs fragmentaires et intenses qu'ils
n'avaient jamais véritablement formulés de vive-voix,
préférant oublier après leur arrivée
aux Etats-Unis.
Peu à peu, un fil conducteur se dessine, les barrières
temporelles s'estompent et les récits s'imbriquent les
uns dans les autres : l'enfance et l'adolescence de l'écrivain,
les difficultés de son retour actuel, et les horreurs
de l'holocauste. |
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Mais par-dessus
tout, c'est le pas calme et tranquille du promeneur kentuckien qui
domine, annonçant un cheminement intérieur et littéraire
incertain, et qui crée l'illusion d'un récit en construction,
en cours d'élaboration, tandis que Chris Offutt s'interroge
sur le bien-fondé à la fois de son retour aux sources
et de son propre projet livresque, tout en tentant de définir,
malgré tout, ce que peut signifier le terme "home",
la "maison/foyer". Une chronique dont la modestie intrinsèque
est particulièrement appréciable, dans laquelle l'auteur
parvient, en partant de récits et d'impressions en apparence
décousus, à reconstituer un parcours intelligent et
patient, en reconnaissant que l'héroïsme est avant tout
une invention de l'esprit, que c'est d'abord la volonté de
survivre qui permet de cheminer toujours plus avant.
B.Longre
(mai 2003)
du
même auteur, ouvrages parus en Français
Le fleuve et l'enfant, Bibliothèque
américaine, Mercure de France, 1998 / Folio 2002
Kentucky Straight, Gallimard Collection
La Noire (1998) / Collection Folio policier, 2002
Le bon frère, Collection La Noire,
Gallimard, 2002
Sortis du bois, Collection La Noire, Gallimard,
2002

L'éditeur
http://www.methuen.co.uk
http://www.pshares.org/issues/article.cfm?prmArticleID=2851
http://www.aceweekly.com/Backissues_ACEWeekly/001116/cover
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