réalisé par Hayao Miyazaki

Japon 2001. durée 2h02

Ours d'Or - Berlin 2002
à partir de 10 ans

sortie le 10 avril 2002


Le Voyage de Chihiro est un manga dans la plus pure tradition, avec son florilège de personnages étranges qui avaient malheureusement disparu de cet univers depuis quelque temps, et que l'on retrouve ici avec une joie non dissimulée. Miyazaki, grand maître du genre, après le succès d'estime et mérité de sa dernière oeuvre, Princesse Mononoké, est de retour sur les écrans avec l'histoire initiatique d'une petite fille.

Chihiro est triste et morose, un bouquet d'adieu serré dans ses mains jointes, offert par des amies. Assise à l'arrière de la voiture de ses parents, elle est en partance pour une nouvelle vie et un nouveau lieu. Mais une erreur d'itinéraire les mènent vers une bâtisse rougeoyante qui terrorise Chihiro. Malgré le refus de l'enfant d'y pénétrer, le père et la mère s'engouffrent dans un long tunnel sombre et venteux qui les mène à un paysage champêtre, une sorte de parc d'attraction à l'abandon. La faim et l'odorat du père les guident tous trois dans une rue atypique où un festin les y attend. Mais le vide et l'étrangeté des lieux inquiète toujours Chihiro, qui invective ses parents afin qu'ils cessent de se bâfrer et qu'ils retournent sur leurs pas. Trop tard : ces affamés sont devenus des porcs et une nuit soudaine emprisonne la petite fille esseulée dans un monde parallèle, inconnu et rempli d'ombres furtives et fantomatiques. C'est le début d'un voyage étrange et saugrenu pour Chihiro, qui n'en demandait pas tant.

Que dire de plus de ce petit bijou que nous offre Miyazaki, si ce n'est que tous les éléments indispensables à la bonne tenue d'un manga sont présents ; une réussite du genre bien loin, et on ne le répètera jamais assez, des superproductions éculées de Disney. Même si ce voyage est teinté de poésie, de tendresse, d'imaginaire, et de surréalisme, le réalisateur n'en a pas moins oublié l'histoire, épique, haletante, et des personnages à dimension humaine. Ceci prouve encore qu'un film d'animation peut être pourvu d'un scénario approfondi, abouti et possédant différents niveaux de lecture, et peut être vu par un large public. Le festival de Berlin ne s'y est d'ailleurs pas trompé en le récompensant de l'Ours d'or. On amalgame trop souvent animation et jeune spectateur, tout particulièrement le genre manga qui, au début des années 80, a hérité de ce phénomène français, à tort. Il est donc temps, peut-être grâce à ce dernier opus, de mettre Miyazaki et ses homologues au rang des grands maîtres de l'animation tels que René Laloux et Paul Grimault, entre autres...
A noter, puisque que nous sommes sur l'Internet, un site officiel conçu de manière très ludique et dont les créateurs ont su réinterpréter l'univers enchanteur du Voyage de Chihiro.

R. Anglio
(avril 2002)

http://www.chihiro.msn.fr/

http://www.toho.co.jp/sentochihiro/welcome-j.html

http://www.nausicaa.net/miyazaki/miyazaki/

http://www.midnighteye.com/interviews/hayao_miyazaki.shtml