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Savoureux.
Il existe des
moyens de concilier rigueur et amusement, de satisfaire à
la fois le goût du travail d’investigation et la «
prédilection de l’absurde ». Le livre de Jean-Loup
Chiflet, au titre en forme de mot-valise prometteur, en est un témoignage
probant. Au hasard de l’ordre alphabétique (selon le
principe de tout dictionnaire), le Diconolaste
superpose le choix judicieux d’articles au contenu aussi étonnant
que réjouissant. L’élaboration scrupuleuse de
l’ensemble va jusqu’à ménager une bibliographie
précise et un index complet.
Après
un article savoureux (c’est le mot) sur l’« abdomen
» signé Patrice Delbourg (dont quelques calembours
du genre « être pompier à Bonneuil »
fusent au milieu du livre), c’est une incessante fête
du verbe et de l’esprit, de l’insolite et du décalé,
bref de ce que l’on nomme en général l’humour.
Il y a l’humour sérieusement médité de
nombreux spécialistes en la matière (Pierre Dac, Raymond
Devos, Pierre Desproges, Roland Topor, Alphonse Allais, Tristan
Bernard, Woody Allen, Sacha Guitry…) ou d’écrivains
dont le rire plus ou moins déployé est un des éléments
stratégiques (Jules Renard, les Oulipiens, Umberto Eco, Joris-Karl
Huysmans, Swift, Cavanna, Jean-Pierre Brisset, Jacques Prévert,
Raymond Queneau, Jean Tardieu – on est bien obligé
de laisser beaucoup de noms de côté). Il y a en outre
l’humour involontaire d’un Ayatollah Khomeiny (aussi
noir que scatologique) ou d’un Philippe Sollers, d’un
Philippe Labro, d’un Bernard-Henri Lévy et d’une
Christine Angot (épinglés naguère par Le
Jourde et Naulleau), mais aussi et surtout d’inénarrables
morceaux d’anthologie tirés de manuels d’Histoire
de France, de catéchisme ou d’instruction militaire,
de modes d’emploi, de circulaires ministérielles, de
journaux, de conseils à l’usage des époux, d’almanachs
(dont le récurrent Almanach Hachette du Zodiaque).
Il y a enfin quelques heureux pastiches et, à souligner,
un joyeux raccourci de Stendhal à Flaubert tracé par
Jean-Loup Chiflet lui-même.
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Trêve
de description : on voudrait peut-être du concret ? En
voici, forcément fragmentaire, et juste pour mettre en
appétit :
Baignoire.
« J’adore me reposer et flemmarder dans ma
baignoire. Il m’arrive même d’y mettre de
l’eau. » (Bill McBain)
Concombre. « Le concombre doit
être coupé en tranches fines, assaisonné
avec du vinaigre, du sel et du poivre, puis jeté à
la poubelle. » (Samuel Johnson)
Jésus. « Jésus était
juif, certes, mais seulement du côté de sa mère.
» (Archie Bunker)
Opéra. « A l’opéra,
quand on se fait poignarder, au lieu de mourir, on chante.
» (Anonyme)
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Veuve.
« Il vaut mieux être le second mari d’une
veuve que le premier. » (Anonyme)
Zeugme. « Après avoir sauté
sa belle-sœur et le repas de midi, le Petit Prince reprit enfin
ses esprits et une banane. » (Pierre Desproges)
On ne sera sans
doute pas rassasié par cet avant-goût. Pour l’être,
il faudra faire l’effort (très relatif et plutôt
gratifiant) de se saisir de l’ouvrage et de le dévorer.
Jean-Pierre
Longre
(avril 2005)
Jean-Pierre
Longre, enseignant en littérature du XXème
siècle à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est
l'auteur d'une thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical. Il a participé à l'édition
des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue
des recherches sur les littératures francophones (Roumanie,
Belgique, Québec).

du
même auteur
Jean-Loup Chiflet présente : Petit
dictionnaire des mots retrouvés
Préface de Jean d’Ormesson, Mots et Cie, 2004
Entretien
http://www.rfi.fr/fichiers/langue_francaise/
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