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Cavalier
seul
Barnabé
Bouton aime Rosa Valet, qui ne le sait pas. Il lui écrit,
mais signe ses missives de son initiale, et Rosa a beau se creuser
la cervelle, elle est loin de soupçonner que c’est
« le gros Barnabé » qui compose de si
belles lettres, pleines d’envolées toutes bucoliques
– lui qui a quitté l’école dès
16 ans. Entres deux lettres, Barnabé passe ses journées
à travailler dans la ferme familiale et à écouter
une vieille cassette du Concerto n°3 de Rachmaninov en compagnie
de son champ de maïs (qui apprécie la musique), en laissant
voguer son imagination et en rêvant à l’inaccessible
Rosa ; lui vient alors une idée : pour gagner son cœur
et attirer son attention, il pourrait changer le monde, et dans
ce cas, autant s’attaquer à ce qu’il connaît
si bien, son village, où tout ne marche pas nécessairement
comme il faudrait… à commencer par le champ de maïs
transgénique, qui rencontre la désapprobation de tous
les habitants : « une mission parfaite pour un chevalier
», se dit le jeune fermier…
Car Barnabé (certes naïf mais loin d’être
niais) a compris que les « dragons d’aujourd’hui
n’ont plus d’écailles, ni trois ou sept gueules
qui crachent le feu, ils sont cent fois pires parce qu’ils
sont invisibles. Ils assèchent les campagnes, laissent des
enfants mourir de faim et de soif, sèment du grain stérile
et entassent les poules dans des boîtes pour les faire pondre
(…), ils détruisent, ils affament, ils désespèrent.
» Et comme le monde a bien besoin de changements, le
garçon s’adoube chevalier, tout seul, comme un grand.
La première des missions qu’il s’est fixées
est un succès (même si son pépé a tout
deviné) et Barnabé décide de ne pas s’arrêter
en si bon chemin…

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Barnabé
l’entêté, le cocasse, l’amoureux,
l’optimiste, est un candide qu'on se surprend à
aimer dès les premières pages, et que l’on
trouve toujours aussi touchant au fil des années,
entre bonheurs et désespoirs, pertes et retrouvailles,
deuils et renoncements. Ses maladresses ou ses décisions
imprévisibles, sa logique jusqu'auboutiste, son amour
pour le monde sauvage et pour l’écriture, ses
élans et son attachement indéfectible à
Rosa (son antithèse, qui ne le mérite guère),
sa nature franche et solitaire en font une figure inoubliable
qui l’élève au rang des héros
au grand cœur. C’est d’abord cette création
pittoresque et transgressive qui fait palpiter ce roman
inclassable, mais aussi la prose spontanée (à
l’image du protagoniste), enlevée et profondément
inventive de Martine Pouchain, où l’humour
fait toujours mouche.
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Le récit
reste cependant ancré dans notre monde contemporain et interroge,
derrière ce portrait d’un jeune homme resté
enfant (et qui le vit bien), la société consumériste
dans laquelle nous évoluons, ses absurdités et ses
dévoiements, que ce soit à la campagne ou à
la ville. Le périple de Barnabé qui part chercher
Rosa à Paris (la demoiselle rêve d’être
actrice) en est la parfaite illustration, et le lecteur le suit
avec tant d’enthousiasme qu’il ne lui viendrait même
pas à l’idée de se moquer des déconvenues
du petit paysan monté à la capitale, alors qu’on
les sait toutefois tragiquement inévitables. Au contraire,
on prend sans réfléchir parti pour lui et pour son
bon sens de grand rêveur, et même s’il grandit
et mûrit (un peu, mais pas trop), les expériences les
plus néfastes semblent glisser sur lui et, quand bien même
elles laisseraient quelques fêlures, ne parviennent pas à
entamer son essence chevaleresque. Chevalier B.,
un roman d’apprentissage ? Evidemment, en grande partie, mais
un roman d’apprentissage qui se savoure à tout âge
et dans lequel le jeune héros n’apprend que ce qu’il
a envie d’apprendre et rejette ce qui ne paraît pas
lui correspondre, ou ce que la norme voudrait lui imposer. Une belle
figure d’insoumis !
Blandine
Longre
(juin 2007)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais,
est l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice
en chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout
particulièrement aux écritures contemporaines
(francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à
la littérature pour la jeunesse, au théâtre
(texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent
fiction et réel.

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Entretien
avec l'auteure
D’abord,
quelle est l’histoire éditoriale de ce
roman très inclassable ? L’avez-vous écrit
spécifiquement « pour adolescents »
?
Je
suis contente que vous le trouviez inclassable, c’est
un de mes compliments préférés.
En réalité, j’ai écrit Chevalier
B. sans penser à un lectorat particulier. J’écris
toujours ce que j’ai envie d’écrire
au moment où j’ai envie de l’écrire,
quitte à essuyer un refus. Pour ce roman, plusieurs
éditeurs m’ont envoyé des lettres
d’éloges... avec leur refus. Ils le jugeaient
trop haut en âge. Quand j’ai su que Sarbacane
lançait une collection jeunes adultes, j’ai
sauté sur l’occasion et l’enthousiasme
de mes éditeurs a fait le reste.
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Comment
définiriez-vous le genre du roman ? Pensez-vous qu’il
puisse porter une « étiquette » ?
J’ai
envie de dire que ce n’est pas mon boulot. Je ne suis
pas éditeur, je n’ai suivi aucune formation qui
me permette de poser des verdicts de ce genre. J’espère
qu’il est tout simplement inclassable, comme vous l’avez
dit plus haut, et j’espère qu’on ne lui collera
aucune étiquette, parce que je suis assez farouchement
rebelle et que je n’aime pas les tiroirs.
Barnabé,
au cœur du récit, est une création littéraire
très atypique. Selon quel processus a-t-il été
engendré ?
Atypique,
encore un mot que j'adore.
Non, il n’y a pas de processus ou alors, s’il y
en avait un, ce serait le processus de la jubilation. J’ai
écrit ce roman en état de jubilation, c’était…
c’était du bonheur pur. J’avais envie d’écrire
sur l’amour absolu, c’est pourquoi Barnabé
aime au-dessus de ses moyens. Mais après tout, est-ce
si sûr ?
A-t-il
des liens avec certains de vos « héros »
précédents ?
Dans
un de mes romans policiers médiévaux qui s’appelle
Le monstre des marais (le titre n’est
pas de moi), il y a un personnage d’idiot, Guigui, qui
est une sorte de cousin de Barnabé, sauf qu’il
n’est pas porté à son incandescence. J’aime
profondément ce genre de personnage : les idiots, les
clowns, les innocents, les purs. Ce sont des catalyseurs. Nous
avons du mal à les regarder parce que leur candeur nous
fait mal, nous rappelle le meilleur de nous-même, enfoui,
et nous posons un qualificatif qui nous rassure : idiot, simple,
bouffon.
Mais ce sont eux qui nous font grandir.
L’écriture
donne une impression d’immédiateté, de spontanéité…
tout en étant très travaillée. Vous êtes-vous
laissée porter par le personnage ou aviez-vous, dès
le départ, une idée précise des intrigues
à suivre et du dénouement ?
Je
me suis laissée porter complétement et ça
ne m’était jamais arrivé. Je n’avais
aucune idée très précise. Au début,
le texte était plus court. Il s’arrêtait
lorsque Barnabé est en prison.
Et puis après deux refus d’éditeurs pour
le motif invoqué plus haut, j’ai décidé
que j’aimais trop ce personnage pour l’abandonner
à son sort. Alors j’ai repris le texte et j’ai
imaginé ce que deviendrait l’amour de Barnabé
confronté à l’épreuve du temps. Deux
mois de bonheur en plus (pour moi).
Avez-vous
déjà quelques retours des lecteurs, jeunes ou
moins jeunes ?
C’est
un peu tôt, non ? Oui, j’ai tout de même eu
quelques retours où il était question de «respiration
» et de « bouffée d’oxygène
», de la part de professionnels du livre ou de documentalistes.
Plus
généralement, quelles sont vos sources d’inspiration
? Lisez-vous d’autres auteurs « jeunesse »
?
L’actualité, mes colères,
mon regard sur le monde.
Je lis un peu les autres auteurs jeunesse, un peu aussi les
auteurs « pour adultes ». Il y a tant à lire.
Il faut se ternir au courant mais surtout, garder du temps pour
l’écriture et la fraîcheur.
Que
lisiez-vous, adolescente ?
Pas
grand-chose. Il y avait peu de littérature jeunesse quand
j’étais adolescente et mes parents ne sont pas
des intellectuels. J’ai gardé un souvenir impérissable
de Thomas Sawyer et Huckleberry Finn de Mark Twain. J’enviais
la vie de Huck que j’estimais être la perfection
même. Quant à Thomas, c’est de la graine
d’écrivain : une imagination débordante
pour enjoliver la réalité jamais assez palpitante
à son goût. Ils se complètent parfaitement.
Quel
regard portez-vous sur l’édition jeunesse ? Avez-vous
envie de vous en démarquer ?
Je ne
me sens pas suffisamment compétente pour en juger, mais
j’ai tout de même envie de m’en démarquer,
pour la bonne raison que j’ai toujours envie de me démarquer,
quel que soit le sujet. C’est mon côté dandy
je suppose. Ou rebelle.
Et le prochain roman ?
Dieu
seul le sait, et il ne me l’a pas encore dit…
propos
recueillis par B. Longre, juin 2007

martine.pouchain.free.fr
www.editions-sarbacane.com
www.exprim-forum.com
De
Martine Pouchain
Fugue majeure
- Nathan poche 2006
Printemps volé - Pocket jeunesse,
2005
dans
la même collection
La fille du papillon
d'Anne Mulpas
Littérature
jeunesse
romans
ados
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