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Mère
Courage en Espagne
La guerre d'Espagne
vient de s'achever, les républicains sont vaincus ; Chava
la Sèche est chassée de son village pour avoir hébergé
son gendre républicain, le père de Petit-fils. Sa
fille est en prison, ou a été fusillée, et
Chava erre sur les routes avec l'orphelin, un garçon obstiné,
qui refuse de croire à la mort de ses parents. Mais sa grand-mère
a les pieds sur terre et estime que l'on n'a pas le droit de s'appesantir
sur le passé lorsqu'il faut survivre, et toujours, elle va
de l'avant, mendiant ou volant, parfois ; selon elle, "L'Espagne
n'est plus qu'un pays de mendigots" et il faut se battre
pour ne pas se faire traiter de bohémiens...
Sur leur route, ils croisent surtout des moines et des soldats ;
les premiers parcourent le pays pour "purifier" les mécréants
mais sont incapables de ressentir la moindre compassion et paradoxalement,
l'immense pauvreté du peuple semble les effrayer. Les autres
sont des créatures déboussolées ou brutales,
qui rejettent tout autant que les religieux Chava et Petit-Fils.
Seule une maquerelle qui détient les clés d'un château
reconverti en bordel, leur offre à boire, à manger
et leur propose un toit.
Le parcours
chaotique et désespérant de ces deux êtres illustre
parfaitement cette terrible période d'après-guerre,
durant laquelle le pays entier fut déstabilisé, où
la peur et la faim s'abattaient sur les plus indigents. Dans le
même temps, un message universel de justice et d'humanité
bafouée traverse cette pièce et Chava en est le medium
: elle n'hésite pas à faire preuve d'opportunisme,
en volant un moine, en louant les généraux ou en crachant
sur les républicains, mais c'est la faim et le désespoir
qui lui dictent sa conduite, et les idéologies ou la morale,
inventions des riches et des nantis, sont bien vides de sens pour
cette mendiante. La mendicité : un commerce dont il faut
connaître les ficelles ; l'existence : une lutte à
laquelle il faut bien s'accommoder.
Ce texte intelligent,
émouvant et réaliste, aux échanges vivaces,
se lit avec effroi et plaisir ; il est parsemé d'accents
brechtiens, en particulier dans la présentation sous formes
de tableaux et dans la pléthore de personnages, dont le rôle
est plus fonctionnel que psychologique (excepté Chava et
Petit-Fils) ; ainsi, l'ensemble résonne de façon résolument
moderne : Chava, Mère Courage à l'espagnole, possède
bien des points communs avec l'originale ; obstination, attachement
viscéral à son petit-fils, espièglerie, sens
de la répartie, débrouillardise dans l'adversité
et un certain sens des affaires qui rappelle le pragmatisme de l'héroïne
brechtienne qui se raccrochait frénétiquement à
sa petite roulotte et à ses enfants tout comme Chava s'accroche
à son baluchon de hardes et à Petit-Fils.
B.Longre
(juillet
2002)

http://www.chava-theatre.com
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