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Fin
de la confession (Face B)
Sur cette face
B de la cassette dessinée sur la première page de
l’album, Kevin, petit gars de Bellevillen, ‘collégien’
dans une classe de SES, continue sa double vie. Amoureux de Clarisse,
une fille des beaux quartiers chez qui il va souvent faire ses devoirs
et qui semble nourrir des sentiments réciproques à
son égard, il sert également d’appât dans
les mauvais coups de Djamel et de sa bande. Malgré les progrès
réalisés à l’école (son institutrice
envisage maintenant de l’envoyer faire un CAP), Kevin ne peut
résister à l’attrait de l’argent facilement
gagné surtout quand il voit les beaux vêtements des
amis de Clarisse. Bien que tout l’oppose à ces gosses
bien élevés, Kevin va entretenir avec eux des relations
suivies… en leur fournissant des cassettes pornos !
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Comme
l’avoue le gamin, il n’aurait pas du faire partie
des «plans reurti» de Djamel : dans une
banlieue chic, Kevin sonne à la porte d’un pavillon,
prétextant s’être blessé au genou
en faisant du skate-board, c’est le moment que choisit
le reste de la bande pour agresser la femme qui s’apprêtait
à lui porter secours. Ne se contentant ni de l’argent
ni des coups portés par ses Doc-Marteens, Laurent viole
également la malheureuse femme. Pour Djamel et les autres,
c’est l’entrée dans la spirale d'une violence
rehaussée par la prise de drogue : « Le shit
c’est naze, pour bien s’éclater faut carrément
la drepou ! ». Kevin est perturbé par les
scènes auxquelles il assiste, il se réfugie alors
dans son amour pour Clarisse et lui offre, avant qu’elle
ne parte en vacances à la neige, un collier volé.
Ce cadeau causera sa perte… |
Ce deuxième
et dernier volume de La Vie de ma Mère
est encore plus sombre que le précédent, qui ne donnait
qu’un ‘avant-goût’ de la violence qui sert
d’ordinaire à certains jeunes. A partir du monologue
de son roman, Thierry Jonquet a vraiment réussi un beau travail
d’écriture des dialogues, mis en valeurs par les dessins
de Jean-Christophe Chauzy, aux traits et aux couleurs tellement
parlants. En ce qui concerne la représentation de la violence
– et notamment des scènes de sexe – le dessinateur,
dans un entretien en fin d’ouvrage, avoue «s’être
interdit d’emblée de verser dans la complaisance tout
en s’étant parfois senti sur la corde raide ».
Comme on s’en doutait depuis longtemps, le système
scolaire n’aura pas – pour le moment – réussi
à sauver Kevin Mourot ; sa confession nous offre une superbe
bande-dessinée au réalisme implacable.
Anne
Weber
(novembre 2003)
Face
A
(Casterman,
2003)
Kevin Mourot est un petit gosse de Belleville comme il doit en exister
bien d’autres ; il nous livre ici sa vie au moment de l’entrée
au collège sous forme d’un récit enregistré
sur une cassette (d’où le Face A du titre, la face
B devant sortir au second semestre 2003). Mais, à la différence
des autres enfants, Kevin et ses copains, « les échecs
scolaires », sont inscrits en SES (Section d’Education
Spécialisée) et non pas en « sixième
normale ».
Kevin est issu d’une famille défavorisée où
le père est parti avant sa naissance, où la mère
baisse les bras : « Tu finiras par avoir ma peau, j’en
peux plus, j’en peux plus, petit voyou » et lorsqu’elle
part travailler de nuit, c’est le voisin de palier, un petit
vieux, aimable caricature du communiste de la première heure,
qui veille sur lui. Le quartier où il habite est bigarré
: « y’a pas que des chinois ou des reubeus, y’a
aussi des pakis et des feujs, et des fois, c’est la baston
! », le racisme est omniprésent, les communautés
se mêlent (après un « black », la sœur
de Kevin vit maintenant avec un « portos ») mais ont
du mal à se côtoyer.
La SES de Kevin est intégrée dans un collège
et le gamin va peu à peu s’intéresser à
Clarisse, qui habite à 100 mètres de chez lui dans
un endroit « super classe ». Malheureusement, à
force de traîner, Kevin rencontre aussi Djamel avec lequel
il va bientôt participer à plusieurs cambriolages,
l’argent restant pour lui une valeur sûre de la réussite
« le respect, faut l’gagner, et y’a que la
thune pour y arriver ! La reum à Clarisse, elle se sapait
pas chez Tati ! c’est c’que j’me disais, et c’est
com’ça qu’ça a commencé ! ».
Le sauvetage viendra peut-être de l’école, où
Kevin progresse au point que l’on envisage pour lui une réorientation,
ou de Clarisse, qui l’invite à son anniversaire…
| La
vie de ma mère est une bande-dessinée
qui obsède longtemps après sa lecture, peut-être
à cause de ce gamin en perte de repères mais
finalement attachant, que l’on ne peut pas oublier puisque
à travers lui, c’est une critique acérée
de notre société que l’on a sous les yeux.
Attiré par l’appât du gain, il reste cependant
un gosse de 12 ans conscient que sa mère se saigne
aux quatre veines pour l’élever.
Les dessins de Chauzy sont également pour une grande
part dans la réussite de l’album : très
réalistes, ils créent une sorte de carnet de
route parisien ; colorés et plein de vie, ils se font
sombres et glauques quand Kevin va zoner avec son copain Djamel.
Ceux qui n’auront pas lu le roman de Thierry Jonquet
attendront la suite impatiemment !
Anne
Weber
(février 2003)
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http://thierry.jonquet.free.fr
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