La vie de ma mère
Face A
(Casterman, 2003)

Face B
(Casterman, 2003)
adapté du roman La vie de ma mère de Thierry Jonquet (Gallimard)
(Casterman, 2003)


Fin de la confession (Face B)

Sur cette face B de la cassette dessinée sur la première page de l’album, Kevin, petit gars de Bellevillen, ‘collégien’ dans une classe de SES, continue sa double vie. Amoureux de Clarisse, une fille des beaux quartiers chez qui il va souvent faire ses devoirs et qui semble nourrir des sentiments réciproques à son égard, il sert également d’appât dans les mauvais coups de Djamel et de sa bande. Malgré les progrès réalisés à l’école (son institutrice envisage maintenant de l’envoyer faire un CAP), Kevin ne peut résister à l’attrait de l’argent facilement gagné surtout quand il voit les beaux vêtements des amis de Clarisse. Bien que tout l’oppose à ces gosses bien élevés, Kevin va entretenir avec eux des relations suivies… en leur fournissant des cassettes pornos !

Comme l’avoue le gamin, il n’aurait pas du faire partie des «plans reurti» de Djamel : dans une banlieue chic, Kevin sonne à la porte d’un pavillon, prétextant s’être blessé au genou en faisant du skate-board, c’est le moment que choisit le reste de la bande pour agresser la femme qui s’apprêtait à lui porter secours. Ne se contentant ni de l’argent ni des coups portés par ses Doc-Marteens, Laurent viole également la malheureuse femme. Pour Djamel et les autres, c’est l’entrée dans la spirale d'une violence rehaussée par la prise de drogue : « Le shit c’est naze, pour bien s’éclater faut carrément la drepou ! ». Kevin est perturbé par les scènes auxquelles il assiste, il se réfugie alors dans son amour pour Clarisse et lui offre, avant qu’elle ne parte en vacances à la neige, un collier volé. Ce cadeau causera sa perte…

Ce deuxième et dernier volume de La Vie de ma Mère est encore plus sombre que le précédent, qui ne donnait qu’un ‘avant-goût’ de la violence qui sert d’ordinaire à certains jeunes. A partir du monologue de son roman, Thierry Jonquet a vraiment réussi un beau travail d’écriture des dialogues, mis en valeurs par les dessins de Jean-Christophe Chauzy, aux traits et aux couleurs tellement parlants. En ce qui concerne la représentation de la violence – et notamment des scènes de sexe – le dessinateur, dans un entretien en fin d’ouvrage, avoue «s’être interdit d’emblée de verser dans la complaisance tout en s’étant parfois senti sur la corde raide ». Comme on s’en doutait depuis longtemps, le système scolaire n’aura pas – pour le moment – réussi à sauver Kevin Mourot ; sa confession nous offre une superbe bande-dessinée au réalisme implacable.

Anne Weber
(novembre 2003)

 

Face A
(Casterman, 2003)


Kevin Mourot est un petit gosse de Belleville comme il doit en exister bien d’autres ; il nous livre ici sa vie au moment de l’entrée au collège sous forme d’un récit enregistré sur une cassette (d’où le Face A du titre, la face B devant sortir au second semestre 2003). Mais, à la différence des autres enfants, Kevin et ses copains, « les échecs scolaires », sont inscrits en SES (Section d’Education Spécialisée) et non pas en « sixième normale ».
Kevin est issu d’une famille défavorisée où le père est parti avant sa naissance, où la mère baisse les bras : « Tu finiras par avoir ma peau, j’en peux plus, j’en peux plus, petit voyou » et lorsqu’elle part travailler de nuit, c’est le voisin de palier, un petit vieux, aimable caricature du communiste de la première heure, qui veille sur lui. Le quartier où il habite est bigarré : « y’a pas que des chinois ou des reubeus, y’a aussi des pakis et des feujs, et des fois, c’est la baston ! », le racisme est omniprésent, les communautés se mêlent (après un « black », la sœur de Kevin vit maintenant avec un « portos ») mais ont du mal à se côtoyer.
La SES de Kevin est intégrée dans un collège et le gamin va peu à peu s’intéresser à Clarisse, qui habite à 100 mètres de chez lui dans un endroit « super classe ». Malheureusement, à force de traîner, Kevin rencontre aussi Djamel avec lequel il va bientôt participer à plusieurs cambriolages, l’argent restant pour lui une valeur sûre de la réussite « le respect, faut l’gagner, et y’a que la thune pour y arriver ! La reum à Clarisse, elle se sapait pas chez Tati ! c’est c’que j’me disais, et c’est com’ça qu’ça a commencé ! ». Le sauvetage viendra peut-être de l’école, où Kevin progresse au point que l’on envisage pour lui une réorientation, ou de Clarisse, qui l’invite à son anniversaire…

La vie de ma mère est une bande-dessinée qui obsède longtemps après sa lecture, peut-être à cause de ce gamin en perte de repères mais finalement attachant, que l’on ne peut pas oublier puisque à travers lui, c’est une critique acérée de notre société que l’on a sous les yeux. Attiré par l’appât du gain, il reste cependant un gosse de 12 ans conscient que sa mère se saigne aux quatre veines pour l’élever.
Les dessins de Chauzy sont également pour une grande part dans la réussite de l’album : très réalistes, ils créent une sorte de carnet de route parisien ; colorés et plein de vie, ils se font sombres et glauques quand Kevin va zoner avec son copain Djamel. Ceux qui n’auront pas lu le roman de Thierry Jonquet attendront la suite impatiemment !

Anne Weber
(février 2003)

 

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