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Voler,
s’envoler et exister enfin…
Chat
qui vole : est-ce chat ailé ou chat voleur
? Encore un jeu de mots comme les affectionne tant François
David, poète et écrivain pour la jeunesse depuis 1991.
Autour de cette homophonie et dans une atmosphère de science-fiction,
il construit ici un nouveau récit dont les personnages principaux,
qui ont entre 12 et 16 ans, se retrouvent dans une situation périlleuse…
Nous sommes
en Esotie, capitale Esota : les agences touristiques en vantent
le charme et la qualité de vie ; tout est fait pour que les
touristes repartent comblés et parlent de l’Esotie
autour d’eux… Etranges lois sociales tout de même
: ces lois protègent notamment les «chuchios»
et les «chuchias». Ces enfants sans parents ni famille
ont le «devoir» de ne pas coucher dans la rue (les touristes
ne doivent voir personne coucher à la belle étoile,
ça ferait mauvais effet !). A partir de l’âge
de 12 ans, ils sont porteurs d’un carnet : tampon sanitaire
bleu à faire apposer tous les quinze jours, tampon rouge
quotidien pour attester qu’on ne dort pas deux fois par mois
dans le même immeuble (on risquerait d’y prendre de
«mauvaises habitudes» !) . Et attention ! Les enfants
ont le « droit » d’être jetés en
prison…
Les «chuchias» ont de la chance : de 23 heures à
6 heures du matin, elles peuvent être contemplées dans
leur sommeil, à travers une grille, par des touristes…
Bien sûr ceux-ci ont signé les «Consignes
du Respect de la Personne» et s’ils y dérogent,
s’ils dépassent les horaires ou reviennent 2 nuits
de suite regarder la même « chuchia », la polizzia
peut les expulser définitivement du pays.
Ainsi les enfants sont bien protégés en Esotie. Les
chuchios n’ont pas le droit de «mendier», alors
ils se débrouillent pour «rendre service» aux
touristes… Ils n’ont pas non plus le droit de travailler
à moins d’être artistes… Car une autre
chose est sacrée en Esotie, c’est le cirque : gratuit
et obligatoire 3 fois par an, le public peut y être exigeant…
Charmante ambiance, n’est-ce pas ?
Dans ce décor,
voici Manzado et Violetta…
Manzado s’ennuie… Les journées sont difficiles,
les nuits sont longues… Il monte le plus tard possible dans
la chambre qui lui est attribuée. Il chasse le cafard (les
idées noires) en traquant le cafard (l’animal) pour
organiser des courses, faire des paris sur l’avenir et rêver…
Violetta danse, elle, mais ça en Esotie, ça ne vaut
rien. Elle a des yeux violets « uniques » dans lesquels
Manzado voudrait se baigner. Son rêve à elle ce serait
une chambre pour dormir seule, toute une nuit, sans personne pour
la regarder.
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Manzado
s’attache à un chaton trouvé dans la rue,
un chaton tout roux et fou qui devient naturellement Turufu
; tous deux sont seuls au monde et se comprennent. Mais le
chaton ne veut pas chasser les souris et le «chuchio»
a du mal à subvenir à leurs besoins. Un jour,
il a une idée «bizarre, biscornue»
et monte avec son chat une «Opération Balcon»
qui va le mener hélas jusqu’en prison…
Turufu reste libre car les animaux sont respectés en
Esotie et une prison, ce n’est pas fait pour une bête
! Le chat parvient cependant à s’imposer et ils
arrivent ensemble à prouver qu’ils sont des artistes
de haut vol : ils se retrouvent au «Circo Grasco».
De son côté, Violetta perd le sommeil à
cause d’un touriste qui la trouble, qui lui parle en
la regardant, qui revient chaque nuit en dépit des
interdictions… Elle n’en peut plus… Ses
yeux perdent leur couleur enivrante… Elle se réfugie
auprès de Manzado : mais il lui faut échapper
à la polizzia car une chuchia qui néglige ses
devoirs devient une criminelle… Violetta arrivera-t-elle
jamais à réaliser son rêve ? |
François
David nous emporte avec Manzado, Turufu et Violetta au coeur d'une
histoire parfois dérangeante : on est mal à l’aise
dans cette société fictive qui se veut championne
de justice et de protection et qui néglige tant la liberté
individuelle. Lorsque Manzado parvient à sortir de sa solitude,
grâce à sa complicité avec le chaton, nous plongeons
avec eux dans la crainte de leur arrestation ; lorsque Manzado perd
le sommeil à force de guetter la polizzia et que Violetta
perd aussi le sommeil car elle ne peut plus supporter le regard
inquisiteur du touriste, nous espérons avec eux une issue…
L’auteur raconte la souffrance des deux enfants qui ressentent
un grand besoin d’amitié et d’amour et qui sont
étouffés dans un système social à but
purement économique. Le chuchio ne supporte plus la solitude
qu’on lui impose, la chuchia ne supporte plus le regard qu’on
lui impose, aucun n’a l’impression d’exister vraiment.
L’auteur-poète parvient à adoucir le tableau
par des couleurs : le roux du chat éclaire la vie de Manzado,
le violet des yeux de la jeune fille avive le paysage. Avec une
écriture fluide, des épisodes courts et rythmés,
au contenu si déroutant parfois, François David parle
de choses graves en y alliant la fantaisie et la tendresse, il parvient
à attiser la sensibilité de ses lecteurs et les dérange
pour mieux les faire réfléchir : Chat
qui vole est un nouveau récit «non paisible»
qui « pose des questions » et nous interroge cette fois
sur la dignité humaine…
Martine
Falgayrac
(décembre 2003)

du
même auteur
L'oiseau bonheur (A. MIchel, 2003)
Est-elle Estelle ? (Motus, 2002)
http://www.francoisdavid.com/accueil.html
http://sfl.com/diffusion/pe-jasmin.html
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