Mon Chaperon rouge
Philippe Poloni et Alain Pilon

Les 400 coups, 2007

 

 

 

Conte sucré-salé

Voilà un Chaperon rouge bien sauvage. Tout commence suavement, dans les odeurs douces et sensuelles, « voluptueuses », même : le panier de l’héroïne est empli de choses odorantes et délicieuses, on est bien loin du banal pot de beurre. Cela se poursuit dans la sauvagerie : le loup dévore, après la grand-mère, le Chaperon rouge. Il la dévore bouchée par bouchée, avec des herbes aromatiques (celles du panier), s’en régale et cache les restes dans la terre pour éviter d’être puni. Point de chasseur ni de renaissance : la petite fille et sa grand-mère ont disparu. Il y a une morale cependant, si l’on veut : le loup est empoisonné par les odeurs de fleurs qui sourdent de la terre où il a enterré les preuves de son forfait. Conseil : dormez avec des feuilles de géranium entre vos orteils si vous voulez éviter le loup…

Ce conseil suffira-t-il pour rassurer ? Ce n’est pas sûr. Les illustrations ne font aucun cadeau au lecteur sensible, avec un graphisme à la diable, des scènes inquiétantes ou suggestives en noir et blanc alternant avec les couleurs brun- rouge des autres épisodes. Certaines images semblent aussi emprunter à l’esthétique sombre de la peinture du dix-septième siècle.
Les personnages laissent penser que le lecteur visé est plutôt un adulte ou une jeune fille qu’une petite fille : le Chaperon rouge lui-même n’est plus une enfant (la couverture la montre en « maja » nue à la poitrine opulente), sa grand mère est au lit comme une femme encore désirable. La violence est à peine couverte par le texte qui insiste sur les goûts et les odeurs, très suaves, comme on l’a dit, avec un déluge d’adjectifs qui semble vouloir enrober le tout.

Anne-Marie Mercier-Faivre
(avril 2008 )

Anne-Marie Mercier-Faivre est professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

 

Les derniers articles