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Conte
sucré-salé
Voilà
un Chaperon rouge bien sauvage. Tout commence suavement, dans les
odeurs douces et sensuelles, « voluptueuses », même
: le panier de l’héroïne est empli de choses odorantes
et délicieuses, on est bien loin du banal pot de beurre.
Cela se poursuit dans la sauvagerie : le loup dévore, après
la grand-mère, le Chaperon rouge. Il la dévore bouchée
par bouchée, avec des herbes aromatiques (celles du panier),
s’en régale et cache les restes dans la terre pour
éviter d’être puni. Point de chasseur ni de renaissance
: la petite fille et sa grand-mère ont disparu. Il y a une
morale cependant, si l’on veut : le loup est empoisonné
par les odeurs de fleurs qui sourdent de la terre où il a
enterré les preuves de son forfait. Conseil : dormez avec
des feuilles de géranium entre vos orteils si vous voulez
éviter le loup…
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Ce conseil
suffira-t-il pour rassurer ? Ce n’est pas sûr.
Les illustrations ne font aucun cadeau au lecteur sensible,
avec un graphisme à la diable, des scènes
inquiétantes ou suggestives en noir et blanc alternant
avec les couleurs brun- rouge des autres épisodes.
Certaines images semblent aussi emprunter à l’esthétique
sombre de la peinture du dix-septième siècle.
Les personnages laissent penser que le lecteur visé
est plutôt un adulte ou une jeune fille qu’une
petite fille : le Chaperon rouge lui-même n’est
plus une enfant (la couverture la montre en « maja
» nue à la poitrine opulente), sa grand mère
est au lit comme une femme encore désirable. La violence
est à peine couverte par le texte qui insiste sur
les goûts et les odeurs, très suaves, comme
on l’a dit, avec un déluge d’adjectifs
qui semble vouloir enrober le tout.
Anne-Marie
Mercier-Faivre
(avril 2008 )
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Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

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