de Claude Miller
D'après le chapitre 3 du roman de Siri Hustvedt,
Les Yeux bandés.


France, 2001

Sortie 28 février 2001


avec Anne Brochet, Annie Noël, Mathilde Seigner, Yves Jacques.

Dans le dernier opus de Claude Miller, la magie opère dès le générique : musique tribale et images vidéos entrecoupent le texte…un matériau brut, déconcertant, expérimental, nous est d'emblée proposé. La Chambre des Magiciennes s'inscrit dans la série de films tournés en numérique lancée par J.Fausten, comme l'écho français à l'univers Dogma.
Un panneau d'ouverture nous annonce ensuite : « J'ai mal à la tête » !
Claire, 30 ans, étudiante en anthropologie, se trouve dans le cabinet du Docteur Fish. Elle se plaint d'une migraine chronique qui l'empêche de travailler. Arrogant et mielleux, le neurologue écoute sa patiente en jouant avec son crayon, s'ennuyant doucement. L'entretien est lent, drôle, délicieux. Il s'avère rapidement que Claire « somatise » sa vie ratée, blanche et sans saveur : des parents rétrogrades, une sœur inconséquente, un petit ami marié, une thèse interminable.

Miller radiographie un personnage au bout du rouleau et, à travers lui, une société sans âme, close sur elle-même et sa froide technologie. Le chemin (sorte de parcours initiatique) que dessine Miller pour son personnage s'avère, somme toute, assez banal : engoncée dans son mal-être, Claire s'en sortira grâce à la rencontre et l'acceptation de l'autre.
L'intérêt du film ne réside pas dans son intrigue mais dans d'autres éléments : sa topologie originale (cabinet du médecin, chambre d'hôpital), ses personnages croustillants (le Médecin, Odette la voisine de chambre, la vieille sorcière Eléonore ou encore Limoges, le brancardier) et ses inventions formelles. Ces dernières sont nombreuses et jubilatoires : montage chaotique, inserts « sauvages », ralentis ou arrêts sur image inopinés, plans répétés ou dédoublés, lumières saturées, visages cadrés en gros plan. A une société et un art sclérosés, Miller propose de renouer avec la magie et l'invention de formes. Sa caméra numérique découvre de nouvelles danses et de nouveaux rites.
Son film est audacieux et drôle.

Jean-Emmanuel Denave


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