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Tristes
vies
Peu d’occidentaux
savent qu’environ 18 millions de Chinois sont musulmans et
que la moitié d’entre eux sont des Hui, minorité
à laquelle appartiennent les personnages de ces nouvelles
empreintes d’une grande sensibilité ; des récits
littéraires mais qui résonnent aussi comme de précieux
documents sociologiques, ancrés dans une réalité
rurale presque intemporelle, où se mêlent rites ancestraux
et difficultés contemporaines - en particulier l’exode
rural engendré par l’indigence paysanne. Et Françoise
Naour de rappeler, dans son excellente introduction, que ce que
l’on nous montre du grand bond capitaliste ne reflète
pas nécessairement les conditions de vie de la majorité
de la population : « on estime couramment à un
milliard le nombre d’oubliés du miracle économique
dont on nous berce ici les yeux et les oreilles. »
La
Rivière des femmes nous permet d'entrer dans
les pensées d’Aïcha, dont le mari est parti, justement,
en ville. Elle médite devant la rivière qui a rythmé
le cours de sa vie et à laquelle elle s’identifie,
une eau amère et légèrement salée, semblable
à ses larmes… Le vieux Ma Zishan pleure lui aussi (Le
couteau dans l’eau pure) : le décès
de son épouse lui remémore sa propre mortalité
et celle de l’animal que son fils s’est mis en tête
de sacrifier pour le repos de l’âme de la défunte,
un vieux bœuf auquel le veuf est très attaché.
De même, la mort est omniprésente dans Les
cinq yuans, qui relate la cérémonie
funèbre et l’enterrement d’une femme dévouée
et le chagrin des familles, tandis que dans le même hameau,
une autre femme se lamente sur les cinq yuans que la morte lui avait
empruntés, sans avoir eu le temps de lui rendre…
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Ces
tranches d’existences arides rappellent le roman de
Chi Li, Triste Vie
(qui lui se déroule dans un milieu urbain et ouvrier),
et témoignent aussi de la misère qui se cache
derrière le vaste mirage capitaliste dont peu profitent.
Les larmes versées dans ces trois nouvelles incarnent
très concrètement le désespoir du plus
grand nombre et l'on remercie vivement la traductrice de nous
rappeler que «la société maoïste
était tout sauf gaie, et (…) celle qui lui succède
est toujours dure aux miséreux, auxquels il ne reste,
faute de mots pour dire leurs souffrances, que les yeux pour
pleurer. » Bien heureusement, Li Jinxiang et Shi
Shuqing ont su trouver les mots justes et la sobriété
nécessaire pour transmettre avec compassion l'immense
désarroi de ces vies. |
Blandine
Longre
(février 2006)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; elle s’intéresse
tout particulièrement aux écritures contemporaines
(francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la
littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte
et représentation) et aux relations qu’entretiennent
fiction et réel.

Chine,
du côté des livres
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