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Rendez-vous
manqué
Dans cet album
réservé aux plus grands, une grand-mère se
raconte pudiquement et indirectement, en confiant des lettres à
sa petite-fille, celles qu’elle a échangées
quelques mois durant avec un jeune homme parti sur le front, il
y a bien longtemps de cela ; des lettres qui lui sont «
toutes revenues un jour ». L’histoire cadre cède
alors la place à un récit second, au centre de l’album,
et l’on repart des décennies en arrière, à
la rencontre de Marguerite, une jeune fille amoureuse qui veut devenir
institutrice et qui, à travers ce qu’elle écrit
à son ami Henri parti sur le front, se révèle
tendre, aimante, tour à tour pleine d’espoir et désespérée,
«forte et anéantie », au fil des lettres
(moins fréquentes que les siennes) qu’elle reçoit…
ou non. Elle tâche de partager avec lui quelques anecdotes
familiales ou villageoises, parle de ses rêves, des petits
maux et des joies du quotidien, mais surtout, elle lui avoue la
souffrance de se sentir si loin de lui, l’absence intolérable
sur laquelle elle n’a aucune prise, son isolement grandissant
au fort de l’hiver.
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Lui
souffre aussi, de son côté, du froid, de la
faim, des conditions de vie dans les tranchées, qui
lui inspirent un nihilisme que Marguerite est impuissante
à combattre : « L’homme est une poussière
sur un champ de bataille, un fantôme qui traverse
le temps », lui dit-il. Et peu à peu,
abîmé par la guerre, il se détache d’elle,
préférant rejeter l’amour de Marguerite
plutôt que de lui imposer sa désespérance…
« La fin de l’histoire n’était
pas dans les mots… » écrit la narratrice,
qui prend le relais, après que les lettres se soient
tues, pour transmettre les mots de sa grand-mère
et raconter ce fameux rendez-vous sous les cerisiers…
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La complexité
des émotions qui se chevauchent et des pensées qui
se succèdent dans l’esprit et le cœur de la jeune
fille est évoquée avec finesse et sensibilité,
sans mièvrerie (car Marguerite, certes un peu ingénue,
n’est pas du genre à se soumettre à la fatalité
et préfère parfois la colère à l’abattement)
; en regard, les illustrations s’inspirent, pour certaines,
de tableaux célèbres qui dépeignent les émotions
successives des deux épistoliers ainsi que la noirceur de
la guerre, à travers des paysages désolés où
se noient les personnages. Beau portrait de jeune fille dont la
profondeur des sentiments laisse entrevoir une singulière
maturité (engendrée par les circonstances éprouvantes
que la guerre impose aux individus), Rendez-vous sous les cerisiers
est un beau récit épistolaire, introspectif et presque
intemporel, dans lequel nombre de lecteurs se retrouveront ; en
effet; il n'est pas, à proprement parler, historique, car
il explore avant tout le monde des sentiments amoureux, les dimensions
éternelles de la perte et de l’absence.
Blandine
Longre
(mars 2007)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais,
est l’une des fondatrices de Sitartmag ; elle s’intéresse
tout particulièrement aux écritures contemporaines
(francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à
la littérature pour la jeunesse, au théâtre
(texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent
fiction et réel.

de
Nathalie Novi
On n'aime guère que la paix (Rue du
monde)
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