Correspondances
croisées
Le roman
épistolaire n’est plus à la mode ; il fut
la forme de récit de quelques œuvres célèbres
dans la seconde moitié du XVIIIième siècle
comme La nouvelle Héloïse (1761) de Jean-Jacques
Rousseau, Les souffrances du jeune Werther (1774) de
Goethe et les fameuses Liaisons dangereuses de Pierre
Choderlos de Laclos en 1782. Il faut le talent multiforme de
Carlos Fuentes pour en donner une illustration contemporaine.
Né en 1928 à Panama, ce fils de diplomate, après
ses études au Mexique et à Genève, sera
tour à tour (et tout à la fois) romancier (une
vingtaine de romans, de La plus limpide région
en 1964 à En inquiétante compagnie,
son dernier), essayiste, dramaturge, scénariste, journaliste,
auteur de pamphlets comme ce Contre Bush,
ambassadeur de France de 1974 à 1977, professeur dans
des universités aux USA et à Cambridge…
Il publie dans son pays La silla del Aguila en
2002, paru en France en 2005, en folio cette année.
Fin observateur
des mœurs politiques de son pays, il propose avec cet échange
de lettres une intrigue complexe et foisonnante qu’il
situe en 2020 alors que le Mexique est paralysé par une
crise grave, et notamment la privation de tout système
de communication suite à la décision de son Président
de ne pas soutenir les Etats-Unis (dirigés par Condoleezza
Rice), qui occupent la Colombie et encouragent une augmentation
exorbitante du prix du pétrole !... Alors qu’est
déclarée une guerre féroce entre puissants,
intrigants, courtisans, conspirateurs, traîtres, picaros,
militaires… pour l’accession au fameux « Siège
de l’Aigle », symbole de la toute puissante institution
présidentielle du Mexique. Coups fourrés ou tordus,
complots, menaces, meurtres, duperies et fourberies, déchirements
se mêlent et s’entremêlent dans cette comédie
satirique, ce roman d’apprentissage politique et amoureux
où la conquête du pouvoir est l’objet principal
pour le « héros », ce « démon
au visage d’ange », dans ce magma politique
et amoureux grouillant de personnages haut en couleurs (le portrait
d’un abject courtisan, les démêlés
érotiques de la belle intrigante, l’arrivisme du
prétendant, le cynisme de l’ancêtre…).
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Et
l’écriture de Carlos Fuentes est toujours
aussi foisonnante, baroque, érudite, aux nombreuses
allusions/références aussi bien à
Machiavel qu’à Heidegger, avec une fine perception
et analyse des multiples problèmes mondiaux de
tous les temps.
Un grand roman d’un des grands écrivains
d’aujourd’hui qui déclara : «
la littérature est un art inégalable qui
relate la vie réelle d’une communauté,
ses mœurs ». Dont acte.
Jacques
Chesnel
(novembre 2007)
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Jacques
Chesnel, membre démissionnaire de l'Académie
du Jazz, est l'auteur de plusieurs ouvrages sur le jazz dont
Le Jazz en quarantaine, 1940-1946 (Isoète) et
Les Grands Créateurs de Jazz avec G.Arnaud (Bordas)
; il a été consultant et auteur pour l'Encyclopédie
Encarta sur CD-Rom.
Peintre, il prépare une rétrospective de 50 années
de peintures inspirées par le Jazz.
www.jazz-chesnel.com

http://www.gallimard.fr/