Le siège de l’Aigle
Carlos Fuentes

Traduit de l’espagnol (Mexique) par Céline Zins
Folio, 2007


 


Correspondances croisées

Le roman épistolaire n’est plus à la mode ; il fut la forme de récit de quelques œuvres célèbres dans la seconde moitié du XVIIIième siècle comme La nouvelle Héloïse (1761) de Jean-Jacques Rousseau, Les souffrances du jeune Werther (1774) de Goethe et les fameuses Liaisons dangereuses de Pierre Choderlos de Laclos en 1782. Il faut le talent multiforme de Carlos Fuentes pour en donner une illustration contemporaine.

Né en 1928 à Panama, ce fils de diplomate, après ses études au Mexique et à Genève, sera tour à tour (et tout à la fois) romancier (une vingtaine de romans, de La plus limpide région en 1964 à En inquiétante compagnie, son dernier), essayiste, dramaturge, scénariste, journaliste, auteur de pamphlets comme ce Contre Bush, ambassadeur de France de 1974 à 1977, professeur dans des universités aux USA et à Cambridge… Il publie dans son pays La silla del Aguila en 2002, paru en France en 2005, en folio cette année.

Fin observateur des mœurs politiques de son pays, il propose avec cet échange de lettres une intrigue complexe et foisonnante qu’il situe en 2020 alors que le Mexique est paralysé par une crise grave, et notamment la privation de tout système de communication suite à la décision de son Président de ne pas soutenir les Etats-Unis (dirigés par Condoleezza Rice), qui occupent la Colombie et encouragent une augmentation exorbitante du prix du pétrole !... Alors qu’est déclarée une guerre féroce entre puissants, intrigants, courtisans, conspirateurs, traîtres, picaros, militaires… pour l’accession au fameux « Siège de l’Aigle », symbole de la toute puissante institution présidentielle du Mexique. Coups fourrés ou tordus, complots, menaces, meurtres, duperies et fourberies, déchirements se mêlent et s’entremêlent dans cette comédie satirique, ce roman d’apprentissage politique et amoureux où la conquête du pouvoir est l’objet principal pour le « héros », ce « démon au visage d’ange », dans ce magma politique et amoureux grouillant de personnages haut en couleurs (le portrait d’un abject courtisan, les démêlés érotiques de la belle intrigante, l’arrivisme du prétendant, le cynisme de l’ancêtre…).

Et l’écriture de Carlos Fuentes est toujours aussi foisonnante, baroque, érudite, aux nombreuses allusions/références aussi bien à Machiavel qu’à Heidegger, avec une fine perception et analyse des multiples problèmes mondiaux de tous les temps.
Un grand roman d’un des grands écrivains d’aujourd’hui qui déclara : « la littérature est un art inégalable qui relate la vie réelle d’une communauté, ses mœurs ». Dont acte.

Jacques Chesnel
(novembre 2007)

Jacques Chesnel, membre démissionnaire de l'Académie du Jazz, est l'auteur de plusieurs ouvrages sur le jazz dont Le Jazz en quarantaine, 1940-1946 (Isoète) et Les Grands Créateurs de Jazz avec G.Arnaud (Bordas) ; il a été consultant et auteur pour l'Encyclopédie Encarta sur CD-Rom.
Peintre, il prépare une rétrospective de 50 années de peintures inspirées par le Jazz.
www.jazz-chesnel.com

 

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