Petit à Petit, 2003
à partir de 13 ans

 

 

Le Cercle d'Or
T1 L'empreinte de la Mandragore

T2 L'arcane des justes

T3 : Le baiser de paix


Un fort bel ouvrage, Monseigneur...

Après la première guerre mondiale (L'horizon bleu, paru cette année), Dorothée Piatek et Yann Hamonic s'attaquent au moyen-âge, une nouvelle collaboration réussie.
Avant d'être un vrai roman d'aventures médiévales et une reconstitution historique parfaitement documentée (le glossaire en fin d'ouvrage, bien adapté au lectorat, propose des définitions simples mais éclairantes), Le Cercle d'Or est un bel objet : un format atypique (entre poche et beau livre), une couverture dont les tons rappellent le vieux cuir, une typographie soignée, des enluminures et dix illustrations signées Yann Hamonic, sous forme de vitraux superposés et colorés. Chacune de ces belles illustrations reflète de façon détaillée le contenu du chapitre qu'elle accompagne, complétant ainsi l'atmosphère moyenâgeuse du récit, cruelle, chaotique, ou bien parfois paisible et contemplative.

L'histoire débute en l'an 1425, une période trouble où deux mondes se côtoient, qui vont peu à peu se rencontrer : l'un brutal, celui de Walter de Montrouge, qui a juré de venger la mort de son père, assassiné par Christofle le Teigneux ; l'autre empreint de sérénité, de compassion et de joies simples, celui d'un homme d'église, un sage parmi les brutes : "L'abbé Florant le Bon était la bonne conscience du seigneur Walter. En contrepartie des orgies et des guerres sanglantes auxquelles il se livrait, Walter exigeait de l'abbé qu'il offrit la charité aux voyageurs passant par Lisley Bataille" (son fief). C'est ainsi que le seigneur le charge de recueillir et d'élever une petite fille trouvée sur un chemin. L'abbé la nomme Ameline, l'éduque, lui apprend à lire et écrire (un privilège) et la chérit comme sa propre fille, pensant qu'elle pourra faire une bonne religieuse. Nous retrouvons Ameline quelques années plus tard, en 1436, puis en 1439, alors que Christofle le teigneux s'apprête à se venger à son tour de Walter Montrouge...

La vie paisible de la jeune fille, rythmée par ses lectures et les leçons de l'abbé, bascule quand elle fait véritablement connaissance avec son terrible et fourbe seigneur et qu'elle doit affronter son caractère violent et sans pitié, malgré elle, et pour son plus grand malheur ; l'on peut dire que le dénouement du premier pan de cette trilogie est bien sombre et pessimiste.

Le tome un s'achève vite, trop vite au goût du lecteur, qui sait gré à l'auteure d'avoir si bien décrit ces temps troublés, à travers quelques personnages et événements, d'avoir su évoquer la vie quotidienne dans un château ou du moins ce que l'on en imagine (les repas, les préparatifs de banquets, les soins apportés aux malades - l'abbé est aussi botaniste - etc.), et enfin d'avoir su raconter avec autant de précisions les batailles et les cruautés barbares de l'époque ; certains des personnages restent cependant encore au stade de l'ébauche, mais la parution du tome deux, prévue pour octobre 2003, pourra sans nul doute satisfaire l'impatience du lecteur.

Blandine Longre
(juillet 2003)

 

 

Tome 2 L'arcane des justes (octobre 2003)

Dans ce deuxième tome tant attendu, l’on quitte l’enceinte devenue étouffante du château de Lisley Bataille (repère du terrible Walter de Montrouge), pour celle de Laventière, la "grande" ville : c’est là que l’on retrouve Ameline, partie à la recherche de son père adoptif, l’abbé Florant le Bon, tandis que grandit en elle un enfant – elle l’aime déjà, même s’il n’est pas le fruit de l’amour. Quand naît le petit Ernaut, la situation d’Ameline s’est stabilisée : elle a retrouvé l’abbé – qui s’éteint lentement dans un hôpital – et un jeune chevalier, Hubert, l’a prise sous son aile, lui offrant l’affection et le foyer dont elle a besoin pour élever son enfant.
Mais cette aventure médiévale ne peut s’arrêter là et on s’éloigne peu à peu d’Ameline pour mieux suivre le parcours de son fils Ernaut, qui rêve de devenir chevalier ; le garçon se retrouve en apprentissage au Fort Noir, où sévit l’intendant de Walter de Montrouge, Bernart le Gros. L’entraînement y est rude mais le jeune garçon se distingue par son habileté et son courage et bientôt, en 1455, il devient l’écuyer d’Estienne le hardi, un chevalier « patient, persévérant, avec une excellente culture. »

Cependant, dans la campagne, la colère gronde et les paysans souffrent de la faim ; une révolte semble se préparer contre le seigneur – qui refuse de baisser les impôts. Ernaut supporte mal la détresse du peuple, une misère qui emplit aussi les ruelles de Laventière : l’abondance qui y régnait (le début du Tome 2 fourmille de passionnants détails sur la vie quotidienne, les marchés et l’animation des rues) et les escarcelles sont vides.
L’intrigue se complexifie et l’auteure, dans le même temps, parvient à mettre en scène une époque où se côtoient barbarie et sagesse, cruauté et idéal, tout en ménageant habilement la sensibilité du jeune lecteur. Encore une fois, on quitte les protagonistes sur un point d’interrogation et on attendra patiemment le dénouement de cette belle fresque médiévale parsemée d’enluminures et d’illustrations-vitraux colorés : un récit qui regorge de rebondissements et qui, comme le premier tome, est toujours parfaitement documenté.

Blandine Longre
(octobre 2003)

 

Lire le dossier proposé par Pascale Arguedas

http://www.petitapetit.fr/

des mêmes auteurs : L'horizon bleu (Petit à petit, 2003)