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Livres sans frontières
Les jeunes éditions
du Monde Global ont érigé la « globalisation
» en principe, non pas à la manière nos géopoliticiens
matérialistes ou autres experts en économie mondiale,
mais dans le cadre d’une approche humaniste et pluriculturelle
fondée sur le partage, l’échange et la découverte
– d’idéaux, de points de vue, d’artistes,
d’écrivains ou de représentations. Cette maison,
créée par des universitaires français et canadien
d'origine africaine, dirigée par l'historien et écrivain
Dieudonné Gnammankou, propose déjà plusieurs
ouvrages qui s’inscrivent dans cette démarche –
romans, recueils de contes, albums ou essais ; des réalisations
qui rassemblent des auteurs et des illustrateurs venus de plusieurs
coins du monde, travaillant de conserve.
En témoigne
(entre déjà de nombreux autres) Les cent
pulls de Nicolas, un conte irlandais raconté
très simplement par Sheila O’Connor et mis en images
par Christian Epanya, dont on connaît déjà la
qualité du travail pictural à travers divers albums
(Le taxi brousse
de Papa Diop au éditions Syros). Un illustrateur
qui, jusqu’à présent, a plutôt offert
des ouvrages ayant pour décor le continent dont il est originaire,
l’Afrique, mais qui a cette fois adapté son point de
vue à un nouveau contexte : celui de l’Irlande rurale
d’ « il y a très longtemps ».
Des illustrations pleine page vives et lumineuses, des visages éclairées
par le soleil ou le grand feu de cheminée, très expressifs,
de la colère à l’apaisement, de la souffrance
à la joie, et des décors auxquels les coups de pinceaux
donnent une texture singulière et presque palpable ; le jeu
des ombres et des lumières est en totale harmonie avec l’histoire
elle-même, qui traite justement de vie et de mort, à
travers l’expérience douloureuse de Nicolas, un petit
garçon inconsolable, qui ne parvient pas à faire le
deuil de son père, exprimant son chagrin par le biais de
son corps (on dirait aujourd’hui qu’il « somatise
»…). La douleur de la perte lui a littéralement
gelé le cœur et s'est propagée au reste de son
corps … et l’enfant a si froid qu’il ne cesse
de harceler sa grand-mère pour qu’elle lui tricote
encore d’autres pulls, qu’il enfile les uns sur les
autres. En vain ; seuls les mots tendres de la vieille femme parviendront
à le réconforter et à évacuer la souffrance
qu’il porte en lui – et à enfin le débarrasser
du poids de ces pulls qui le rendent si maladroit et l’empêchent
de courir à travers champs ; une carapace d’ailleurs
bien dérisoire face à l’intensité de
sa peine.
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dans
la même collection, Koumen et le vieux sage
de la montagne de Christian Epanya.
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La
métaphore filée (du froid associé à
la mort et de la chaleur liée à la vie) est
limpide et parle directement aux enfants ; le conte traite
d’un sujet que certains adultes redoutent d’aborder
avec les plus petits – une réticence qui peut
déboucher sur d’insupportable non-dits –
et il le fait avec intelligence, par le biais du merveilleux
mais aussi en partant d’une expérience concrète
(une vraie douleur, engendrée par un décès
bien réel) et dépourvue de mièvrerie
ou de religiosité (hormis une vague référence
au "ciel" plus poétique qu'autre chose).
Le père de Nicolas ne ressuscite pas miraculeusement
(mais se contentera de survivre en accompagnant son fils par
la pensée – et vice-versa) et la seule fée
de l’histoire est une grand-mère aimante et compréhensive,
un peu sorcière sur les bords, peut-être, mais
surtout très perspicace… |
Blandine
Longre
(janvier 2007)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

www.mondeglobal.com
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