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Multiples
Cendrillons
Etablie par
Elisabeth Lemire et Nicole Belmont, une des spécialistes
du conte traditionnel, cette anthologie est une somme des différentes
versions du conte de Cendrillon avec quelques unes de ses variantes
(la chatte des cendres du sud de l’Europe, la vache des orphelins
d’Europe centrale, la Noix du Québec, …). Tous
les continents ont pratiqué l’art de cendrillonner,
et tous avec un talent particulier.
L’époque moderne n’est pas en reste : l’ouvrage
se clôt par une Cendrillon à la sauce utilitariste
très drôle écrite par Dickens pour protester
contre les adaptations et trahisons des contes. Il conclut à
son pastiche : « Le Vicaire de Wakefield se montrait le
plus sage quand il disait qu’il était lassé
d’être toujours sage. Le monde est trop envahissant
pour nous, tout au long de la vie. Ne touchons pas à ces
précieuses et respectables échappées ».
C’est dire si le volume est savamment construit pour se clore
ainsi sur une demande de fixité et de respect de la fantaisie
du conte.
Le mythe ou
le thème de Cendrillon se construit ainsi de conte en conte,
variant le personnage à l’infini. Ce livre est à
lire comme on écoute les variations en musique, en se laissant
porter par le thème, en souriant aux écarts, à
l’accent propre. On y trouve quelques savoureuses transcriptions
d’accents de nos provinces françaises, comme cette
version du Poitou : « I aurait fait encore pyaisir d’aller
à tchio bal aussi. A restait dans son p’tit coin, dans
la cheminaï, auprès la cendre ». Versions
courtes à la sobriété belle, versions longues
à la complexité étonnante, il semble que le
sujet soit infini. La marraine est tantôt animal, tantôt
fée, ou mère défunte, ou Sainte Vierge. Les
épreuves données à la malheureuse Cendrillon
sont d’une grande ingéniosité maligne et les
animaux qui lui viennent en aide sont charmants à souhait.
L’équipage arrive de mille manières différentes
(de la terre, du ciel, dans des noix et noisettes, fabriqué
par des dindons…). La fin est parfois sanglante. Il arrive
aussi que Cendrillon elle-même soit celle qui met à
mort la mère pour que son père épouse la femme
qu’elle lui a choisi.
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La préface
de Nicole Belmont nous laisse un peu sur notre faim en retraçant
très rapidement le « cycle de Cendrillon »
pour en reconstruire un historique possible : un prototype
simple (« La Vache des orphelins ») qui serait
issu du Moyen-Orient, qui se serait répandu aussi
bien en Chine (première version écrite attestée
du IXe siècle de notre ère) qu’en Europe,
Amérique et Afrique. Cette diffusion s’accompagne
de complexification en récupérant souvent
d’autres récits types, ou en étant à
l’origine d’autres contes, comme Peau d’âne.
Finalement, Nicole Belmont suggère qu’autant
qu’une évolution historique, on peut y lire
« un itinéraire psychique, celui des filles
face à leur mère ».
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Les postfaces,
l’une de Nicole Belmont l’autre d’Elisabeth Lemire,
explorent la saveur et les traits distinctifs du conte ou du mythe,
parfois dans ses prolongements psychanalytiques. A travers quelques
thèmes comme celui des cendres, ou de la pantoufle ou touche
à la racine du charme qui nous a retenu durant la lecture
de toutes ces variations : l’ombre, la mort et l’immobilité
(les cendres) font place progressivement (trois étapes sont
nécessaire) à une lumière de plus en plus éblouissante
et à des objets transparents – par leur matière
comme par leur sens.
Anne-Marie
Mercier-Faivre
(avril 2008 )
Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

http://www.jose-corti.fr/
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