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Tome
2 La malédiction du sanglier
Tome 3 Les six têtes de l’Hydre
Le tome
4 de cette excellente série (dont il faut lire les
titres dans l’ordre) ne devrait pas tarder à
paraître… En attendant, les lecteurs impatients
ne manqueront pas de lire avec grand plaisir La
malédiction du sanglier, où l’on
voit Celtill quitter son village, Moricambo, pour partir à
l’aventure sur les routes gallo-romaines en compagnie
de son esclave turbulent, Septentrion, incorrigible beau parleur,
et pourtant rompu aux difficultés de l’existence,
qui fait ici montre d’une belle fidélité
envers son «petit maître ». La
mission confiée par son père romain comporte
des dangers et des péripéties inattendus et
emmène Celtill dans des univers nouveaux (celui des
gladiateurs, ou chez les artisans verriers) ; il prend aussi
davantage conscience de ses mystérieux « pouvoirs
» tout en en gardant le secret, pouvoirs qui se verront
renforcés dans Les six têtes de l’Hydre,
un roman tout aussi bien construit – quand bien même
le retour au village du héros proposerait une aventure
moins palpitante que la précédente.
Dans ce tome 3, l’intrigue se concentre sur un assassinat
perpétré aux portes du village, devant la cabane
de Celtill et de ses amis, située près d’une
grotte qui, selon les légendes locales, abriterait
un monstre sanguinaire… Celtill a un rôle important
dans la résolution de l’affaire, mais aussi dans
la mise en place d’une école pour le village
– en dépit des réticences puis des exigences
de son oncle Julius, qui vient d’être nommé
décurion et qui tente d’imposer ses quatre volontés
aux villageois. Ce personnage se fait plus sombre, presque
dangereux, tandis que Celtill est aux prises avec des pouvoirs
qu’il ne peut encore maîtriser. Le dénouement,
en suspens, laisse cependant deviner que le dernier tome (la
Lumière du Menhir) sera à la hauteur
des précédents. |
B.
Longre
(avril 2006)
La Tribu
de Celtill
T. 1 Le jour où le ciel a
parlé
Clochemerle
à Moricambo
Une passionnante
érudition préside à ce roman historique, qui
se déroule dans un contexte et à une époque
finalement peu explorés en littérature jeunesse (en
écartant bien évidemment les aventures d'Astérix,
plus prétexte à la parodie qu'à une quelconque
vraisemblance) : le monde gallo-romain, période de transition
entre la domination celte et les invasions germaniques, fait ici
l'objet d'une excellente reconstitution, jusque dans les moindres
détails, à travers la vie quotidienne d'un petit village
armoricain et plus spécifiquement des aventures et des découvertes
de Celtill, un jeune garçon de douze ans qui a l'avantage
(ou le malheur, c'est selon) d'être né à la
fois Gaulois, par sa mère, et Romain par son père,
et d'appartenir ainsi à deux civilisations pourtant bien
contrastées sur nombre de coutumes et de valeurs. La romancière
(qui a déjà signé plusieurs romans historiques
destinés à la jeunesse) explique sa fascination pour
cet univers atypique qui l'a inspirée : "Je connaissais
assez bien les Celtes (enfin, ce qu’on peut en savoir), un
peu les Romains mais, les Gallo-romains, pas du tout. Or, ce que
je ne connais pas m’attire comme un aimant. (...) c’est
une période formidable pour un romancier : le choc des cultures
peut engendrer toutes sortes d’événements dramatiques
ou cocasses."
Dans le petit
village de Moricambo, en 67 après JC, Gaulois et Romains
vivent en assez bonne entente, même si les seconds, représentés
par l'oncle de Celtill, Julius, ("président de l'association
des citoyens romains" du village) trouvent les Gaulois plutôt
rustres, tandis que ces derniers pensent que leurs anciens ennemis
sont par trop raffinés. La querelle qui domine ce premier
tome porte sur des thermes que Julius vient de faire construire
- "un symbole, celui de l'empreinte de notre civilisation"
dit-il. Une façon de s'imposer concrètement aux Celtes
tout en leur permettant, selon lui, d'évoluer... Mais Celtill,
chargé de surveiller les thermes presque achevés (il
est le seul à posséder la clé de la petite
porte) découvre que l'on y a pénétré
pour détruire une partie de la mosaïque et déposer
là une statue de Sucellos, dieu gaulois des morts... "L'attentat"
est signé (certainement une frange résistante de Gaulois,
opposée à l'influence grandissante de Rome) et il
faut à tout pris le dissimuler à la population afin
d'éviter tout conflit entre ceux qui, jusqu'alors, cohabitaient
paisiblement ; ce que Celtill et son père vont entreprendre.
Ils se rendent à Vorgium, en quête d'un esclave qui
puisse réparer les dégâts causés dans
les thermes.
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Dans le même temps, le jeune garçon a, depuis
toujours, des visions inexplicables et son grand-père,
ancien chef gaulois, lui conseille de ne jamais parler des
ces "drôles d'images" ou de ses rêves...
Et pourtant, en observant la statue de Sucellos dans la salle
des thermes, il a bien "vu" un "tissu blanc
semé de taches de couleurs, avec un trou au milieu."
Mais comment décrypter ces images ? A qui le garçon
peut-il en parler ?
Les tensions qui vont secouer le village, tout au long de
l'enquête de Celtill, sont à la fois tragiques
et loufoques - la vanité et l'organisation romaine
s'opposant à la déraison et au désordre
gaulois, et Celtill aura besoin de toute l'aide de son nouvel
esclave Septentrion (un authentique menteur, originaire d'Abyssinie,
dont les talents inhabituels vont pourtant s'avérer
utiles) pour tirer ses familles (gauloise et romaine) et son
village, au bord de la guerre civile, de ce mauvais pas.
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Au-delà
du rôle qu'il joue dans l'aventure pittoresque de ce premier
tome, Celtill a une fonction bien définie : celle d'être
un cas exemplaire de tolérance, à la jonction entre
deux peuples que tout semble séparer, même si sa position
sociale et familiale est loin d'être confortable ; il avoue
souvent son désarroi face à cette double appartenance
- incarnée dans sa tenue même, une tunique en tissu
uni (comme un Romain) et des braies (gauloises, bien évidemment)
- "c'était idiot, mais je me sentais gaulois quand
j'étais avec les Romains, romain quand j'étais avec
les Gaulois." C'est sa mère qui parvient à
lui redonner courage malgré la situation : "C'est
cela qui nous rend forts (...) qui fait notre richesse. (...) tu
peux comprendre les uns et les autres, et établir un lien
entre eux. Tu es précieux pour notre peuple." et
d'ajouter : "Chaque habitant de ce village a des ancêtres
qui sont venus d'ailleurs, il y a plus ou moins longtemps. Personne
n'est originaire d'ici de toute éternité et, crois-moi,
nul ne peut affirmer avec certitude d'où il vient. Nos ancêtres
sont arrivés, d'ici ou de là, ils se sont mariés,
se sont mélangés..." ; une diatribe antiraciste
légèrement anachronique, mais qui s'insère
parfaitement dans la trame romanesque et permet se réconcilier
Celtill avec lui-même, en montrant combien la notion de "pureté"
ethnique est vaine et sans fondement, et que l'adage éculé
qui voudrait que "nos ancêtres" soient gaulois n'est
qu'un leurre.
L'originalité
de ce roman tient aussi aux choix linguistiques effectués
par l'auteure, qui a résolument opté, dans les dialogues,
mais aussi dans le récit du jeune narrateur, pour une langue
moderne et familière qui déroute au premier abord
; elle s'en explique dans une intéressante postface : "On
ignore quasiment tout de la langue des Gaulois mais ils parlaient
forcément de façon 'moderne' pour leur époque.
C'est ce que j'ai voulu rendre. (...) même quand on connaît
une langue ancienne, on n'en connaît que le langage écrit,
le seul qui nous soit parvenu, et qui était certainement
très différent du langage parlé."
Et plus on progresse dans le récit, plus on s'habitue à
cette authenticité linguistique et au caractère enlevé
et spontané de la narration.
Cet excellent
roman s'achève sur une résolution efficace de l'affaire
des thermes, tout en ménageant le suspense à venir
: c'est donc avec impatience que nous attendons la parution du deuxième
volet des aventures de Celtill, La malédiction
du sanglier, prévue pour le 25 octobre prochain.
B.
Longre
(juillet 2005)

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