La Tribu de Celtill
T. 1 Le jour où le ciel a parlé
T. 2 La Malédiction du Sanglier
T. 3 Les Six Têtes de l'Hydre
T. 4 La Lumière du Menhir
(à paraître)

illustrations Daniel Moignot
Rageot Editeur, 2005-2006
A partir de 11-12 ans

 

 

 

 

Tome 2 La malédiction du sanglier
Tome 3 Les six têtes de l’Hydre

Le tome 4 de cette excellente série (dont il faut lire les titres dans l’ordre) ne devrait pas tarder à paraître… En attendant, les lecteurs impatients ne manqueront pas de lire avec grand plaisir La malédiction du sanglier, où l’on voit Celtill quitter son village, Moricambo, pour partir à l’aventure sur les routes gallo-romaines en compagnie de son esclave turbulent, Septentrion, incorrigible beau parleur, et pourtant rompu aux difficultés de l’existence, qui fait ici montre d’une belle fidélité envers son «petit maître ». La mission confiée par son père romain comporte des dangers et des péripéties inattendus et emmène Celtill dans des univers nouveaux (celui des gladiateurs, ou chez les artisans verriers) ; il prend aussi davantage conscience de ses mystérieux « pouvoirs » tout en en gardant le secret, pouvoirs qui se verront renforcés dans Les six têtes de l’Hydre, un roman tout aussi bien construit – quand bien même le retour au village du héros proposerait une aventure moins palpitante que la précédente.
Dans ce tome 3, l’intrigue se concentre sur un assassinat perpétré aux portes du village, devant la cabane de Celtill et de ses amis, située près d’une grotte qui, selon les légendes locales, abriterait un monstre sanguinaire… Celtill a un rôle important dans la résolution de l’affaire, mais aussi dans la mise en place d’une école pour le village – en dépit des réticences puis des exigences de son oncle Julius, qui vient d’être nommé décurion et qui tente d’imposer ses quatre volontés aux villageois. Ce personnage se fait plus sombre, presque dangereux, tandis que Celtill est aux prises avec des pouvoirs qu’il ne peut encore maîtriser. Le dénouement, en suspens, laisse cependant deviner que le dernier tome (la Lumière du Menhir) sera à la hauteur des précédents.

B. Longre
(avril 2006)

 

 

 

 

 

La Tribu de Celtill
T. 1 Le jour où le ciel a parlé

 

Clochemerle à Moricambo

Une passionnante érudition préside à ce roman historique, qui se déroule dans un contexte et à une époque finalement peu explorés en littérature jeunesse (en écartant bien évidemment les aventures d'Astérix, plus prétexte à la parodie qu'à une quelconque vraisemblance) : le monde gallo-romain, période de transition entre la domination celte et les invasions germaniques, fait ici l'objet d'une excellente reconstitution, jusque dans les moindres détails, à travers la vie quotidienne d'un petit village armoricain et plus spécifiquement des aventures et des découvertes de Celtill, un jeune garçon de douze ans qui a l'avantage (ou le malheur, c'est selon) d'être né à la fois Gaulois, par sa mère, et Romain par son père, et d'appartenir ainsi à deux civilisations pourtant bien contrastées sur nombre de coutumes et de valeurs. La romancière (qui a déjà signé plusieurs romans historiques destinés à la jeunesse) explique sa fascination pour cet univers atypique qui l'a inspirée : "Je connaissais assez bien les Celtes (enfin, ce qu’on peut en savoir), un peu les Romains mais, les Gallo-romains, pas du tout. Or, ce que je ne connais pas m’attire comme un aimant. (...) c’est une période formidable pour un romancier : le choc des cultures peut engendrer toutes sortes d’événements dramatiques ou cocasses."

Dans le petit village de Moricambo, en 67 après JC, Gaulois et Romains vivent en assez bonne entente, même si les seconds, représentés par l'oncle de Celtill, Julius, ("président de l'association des citoyens romains" du village) trouvent les Gaulois plutôt rustres, tandis que ces derniers pensent que leurs anciens ennemis sont par trop raffinés. La querelle qui domine ce premier tome porte sur des thermes que Julius vient de faire construire - "un symbole, celui de l'empreinte de notre civilisation" dit-il. Une façon de s'imposer concrètement aux Celtes tout en leur permettant, selon lui, d'évoluer... Mais Celtill, chargé de surveiller les thermes presque achevés (il est le seul à posséder la clé de la petite porte) découvre que l'on y a pénétré pour détruire une partie de la mosaïque et déposer là une statue de Sucellos, dieu gaulois des morts... "L'attentat" est signé (certainement une frange résistante de Gaulois, opposée à l'influence grandissante de Rome) et il faut à tout pris le dissimuler à la population afin d'éviter tout conflit entre ceux qui, jusqu'alors, cohabitaient paisiblement ; ce que Celtill et son père vont entreprendre. Ils se rendent à Vorgium, en quête d'un esclave qui puisse réparer les dégâts causés dans les thermes.

Dans le même temps, le jeune garçon a, depuis toujours, des visions inexplicables et son grand-père, ancien chef gaulois, lui conseille de ne jamais parler des ces "drôles d'images" ou de ses rêves... Et pourtant, en observant la statue de Sucellos dans la salle des thermes, il a bien "vu" un "tissu blanc semé de taches de couleurs, avec un trou au milieu." Mais comment décrypter ces images ? A qui le garçon peut-il en parler ?
Les tensions qui vont secouer le village, tout au long de l'enquête de Celtill, sont à la fois tragiques et loufoques - la vanité et l'organisation romaine s'opposant à la déraison et au désordre gaulois, et Celtill aura besoin de toute l'aide de son nouvel esclave Septentrion (un authentique menteur, originaire d'Abyssinie, dont les talents inhabituels vont pourtant s'avérer utiles) pour tirer ses familles (gauloise et romaine) et son village, au bord de la guerre civile, de ce mauvais pas.

Au-delà du rôle qu'il joue dans l'aventure pittoresque de ce premier tome, Celtill a une fonction bien définie : celle d'être un cas exemplaire de tolérance, à la jonction entre deux peuples que tout semble séparer, même si sa position sociale et familiale est loin d'être confortable ; il avoue souvent son désarroi face à cette double appartenance - incarnée dans sa tenue même, une tunique en tissu uni (comme un Romain) et des braies (gauloises, bien évidemment) - "c'était idiot, mais je me sentais gaulois quand j'étais avec les Romains, romain quand j'étais avec les Gaulois." C'est sa mère qui parvient à lui redonner courage malgré la situation : "C'est cela qui nous rend forts (...) qui fait notre richesse. (...) tu peux comprendre les uns et les autres, et établir un lien entre eux. Tu es précieux pour notre peuple." et d'ajouter : "Chaque habitant de ce village a des ancêtres qui sont venus d'ailleurs, il y a plus ou moins longtemps. Personne n'est originaire d'ici de toute éternité et, crois-moi, nul ne peut affirmer avec certitude d'où il vient. Nos ancêtres sont arrivés, d'ici ou de là, ils se sont mariés, se sont mélangés..." ; une diatribe antiraciste légèrement anachronique, mais qui s'insère parfaitement dans la trame romanesque et permet se réconcilier Celtill avec lui-même, en montrant combien la notion de "pureté" ethnique est vaine et sans fondement, et que l'adage éculé qui voudrait que "nos ancêtres" soient gaulois n'est qu'un leurre.

L'originalité de ce roman tient aussi aux choix linguistiques effectués par l'auteure, qui a résolument opté, dans les dialogues, mais aussi dans le récit du jeune narrateur, pour une langue moderne et familière qui déroute au premier abord ; elle s'en explique dans une intéressante postface : "On ignore quasiment tout de la langue des Gaulois mais ils parlaient forcément de façon 'moderne' pour leur époque. C'est ce que j'ai voulu rendre. (...) même quand on connaît une langue ancienne, on n'en connaît que le langage écrit, le seul qui nous soit parvenu, et qui était certainement très différent du langage parlé." Et plus on progresse dans le récit, plus on s'habitue à cette authenticité linguistique et au caractère enlevé et spontané de la narration.

Cet excellent roman s'achève sur une résolution efficace de l'affaire des thermes, tout en ménageant le suspense à venir : c'est donc avec impatience que nous attendons la parution du deuxième volet des aventures de Celtill, La malédiction du sanglier, prévue pour le 25 octobre prochain.

B. Longre
(juillet 2005)

http://www.rageot.fr/

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