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La télé tue.
Chloé
Delaume se fait une haute idée du rôle de l’écrivain
et de son utilité pour la société et la survie
même de l’humanité. Il est celui qui teste les
effets de ce qu’on propose à nos cerveaux et à
nos corps et qui, au péril de sa vie ou de sa santé
mentale, s’expose. Elle se compare à une « sentinelle
», reprenant ce terme général et lui donnant
de surcroît son sens médical actuel : le ganglion sentinelle
est celui qui indique si le corps est attaqué. C’est
celui que l’on enlève en premier, pour déterminer
le mal et sauver les autres, dans le meilleur des cas.
Ce qui est en cause, ici, c’est, comme le titre l’indique,
la télévision. Tout part de la phrase de Patrick Le
Lay et de la question de ce qu’elle fait de notre cerveaux
rendus « disponibles pour Coca Cola ».
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Ce
livre s’adresse à ceux qui ignorent la réalité
de la télévision : la télévision
à doses massives. C’est cette réalité
qui est le lot d’une partie de l’humanité
et qu’eux, « lecteurs de Télérama
» (et lecteurs tout court, car
qui lit ne zappe pas) ignorent.
Chloé Delaume fait elle-même l’expérience.
On est ici dans la littérature expérimentale,
c’était déjà le cas avec les autres
oeuvres de Chloé Delaume, mais c’est ici à
double titre, comme lorsqu’elle écrivait Corpus
Simsi, ou lorsqu’elle rédige son blog. L’auteur
se fait sujet d’expérience et se soumet à
des doses massives de télévision, pour voir.
L’expérience se déroule en suivant un
protocole précis et pendant une durée fixée
et respectée coûte que coûte (car cela
a un coût mental et humain). |
Cela donne des
réflexions sur la forme et la force des addictions créées,
sur le rapport au monde et à autrui, sur son rapport à
soi et au réel, et enfin sur la cruauté qui sommeille
en nous (dans notre cerveau reptilien, paraît-il) et que la
télévision réveille. Le livre se clôt
sur l’évocation de la téléréalité
(version apparemment soft, puisque c’est Star académie)
et sur ce que fait le spectacle de la compétition et de l’humiliation
du vaincu sur nos cerveau disponibles.
Terrifiant. Et magnifique aussi car le style de Chloé Delaume
est toujours là (finalement, la télévision
ne l’aura pas tué(e)), fascinant, prenant. On est parfois
tenté par l’abandon, tant le sujet est aride et le
récit peu complaisant, mais le plus souvent rattrapé
par le style qui laisse espérer un salut.
Anne-Marie
Mercier-Faivre
(novembre 2006)
Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

http://www.editions-verticales.com/
http://www.chloedelaume.net/
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