Exposition

jusqu’au 24 juillet 2004
Galerie Le Réverbère, Lyon

38 rue Burdeau, 69001 Lyon
04 72 00 06 72

Mathieu Bernard-Reymond
Lauréat 2003 de la fondation CCF pour la Photographie
Extrait de la série Intervalles
Sans titre n°3, 2000
Courtesy galerie 779, Paris
et Galerie le réverbère, Lyon

 

De doubles en troubles
(Prix de la Fondation CCF pour la photographie)

Heureux qui comme un jeune photographe a reçu le prix de la Fondation CCF... A la clef : l’édition d’un ouvrage monographique, l’achat d’œuvres par la banque mécène et l’organisation d’expositions à Paris et en province. Chaque année deux lauréats sont retenus, Laurence Leblanc (née en 1967 à Paris) et Mathieu Bernard-Reymond (né en 1976 à Gap) l’ont été en 2003. Leurs travaux n’ont, pour autant, pas grand chose en commun, si ce n’est un goût avéré pour la métamorphose du réel en figures imaginaires.

Cette métamorphose n’a, de prime abord, rien d’évident dans les images de Bernard-Reymond : des photographies de lieux touristiques, en bord de mer ou à flanc de montagne, où fourmille le petit peuple heureux et habituel des vacanciers. Trompe-l’œil qui se dissipent bientôt quand on s’aperçoit que certains personnages apparaissent plusieurs fois sur une même image (dans cette série, Intervalles, le photographe a, par procédé informatique, détouré puis « collé » sur un même fond plusieurs individus saisis à différents moments de leurs déplacements). La logique visuelle est bouleversée : différents intervalles de temps viennent se télescoper sur une photographie considérée habituellement comme la représentation d’un instant unique, et les sujets se démultiplient en deux, trois, quatre (voire plus) doubles coexistants, se croisant ou semblant parfois discuter entre eux. Deux autres séries du photographe viennent perturber le regard et ses habitudes : Vous êtes ici (plastiquement moins réussie, mais amusant jeu conceptuel dont nous vous laissons la surprise), et Disparitions, fragments de bâtiments, de paysages industriels ou plongeoir esseulé, à l’apparence étonnamment lisse, nue et silencieuse. Chez Bernard-Reymond, l’étrangeté naît de la lumière blanche et non de l’obscurité, de la banalité du réel, de la torsion du principe d’identité et des fausses transparences.


Laurence Leblanc
Lauréat 2003 de la fondation CCF pour la Photographie
Lim, Cambodge, 2000
Courtesy galerie VU, Paris
et Galerie le réverbère, Lyon
Impressions du Cambodge
Devant les images de Laurence Leblanc, l’œil change radicalement d’univers en passant notamment du paysage couleur au portrait noir et blanc. La photographe présente ici sa vision délicate et subjective de l’enfance au Cambodge, avec des portraits aux « touches » impressionnistes, fragiles, tremblées. Les images, presque toujours floues, sont composées des mouvements ludiques et saccadés des enfants, de l’opacité énigmatique de leurs silhouettes prises à contre-jour ou de l’apparition évanescente de leurs visages parmi la pénombre. Proche du style d’un Michael Ackerman (en moins tourmenté), le travail de Laurence Leblanc sur les ombres, la matière granuleuse et la confusion des formes semble vouloir restituer les perceptions encore indéterminées, chaotiques, hésitantes de l’enfance. Mais aussi la difficulté pour cette nouvelle génération de Cambodgiens de trouver place, identité et clarté parmi les ombres et les fantômes d’un passé tragique.

Jean-Emmanuel Denave
(juin 2004)

Jean-Emanuel Denave, né en 1970, est critique et journaliste (collaborations avec Sitartmag, l'Express, L'Art Aujourd'hui, Le Petit-Bulletin Lyon). Amitiés d'écriture avec les arts plastiques, la photographie et la danse contemporaine. Contact

http://www.artmag.com/galeries/c_frs/reverbe1.html