| Mathieu
Bernard-Reymond
Lauréat 2003 de la fondation CCF pour la Photographie
Extrait de la série Intervalles
Sans titre n°3, 2000
Courtesy galerie 779, Paris
et Galerie le réverbère, Lyon
De
doubles en troubles
(Prix de la Fondation CCF pour la photographie)
Heureux qui
comme un jeune photographe a reçu le prix de la Fondation
CCF... A la clef : l’édition d’un ouvrage monographique,
l’achat d’œuvres par la banque mécène
et l’organisation d’expositions à Paris et en
province. Chaque année deux lauréats sont retenus,
Laurence Leblanc (née en 1967 à Paris)
et Mathieu Bernard-Reymond (né en 1976 à
Gap) l’ont été en 2003. Leurs travaux n’ont,
pour autant, pas grand chose en commun, si ce n’est un goût
avéré pour la métamorphose du réel en
figures imaginaires.
Cette métamorphose n’a, de prime abord, rien d’évident
dans les images de Bernard-Reymond : des photographies de lieux
touristiques, en bord de mer ou à flanc de montagne, où
fourmille le petit peuple heureux et habituel des vacanciers. Trompe-l’œil
qui se dissipent bientôt quand on s’aperçoit
que certains personnages apparaissent plusieurs fois sur une même
image (dans cette série, Intervalles, le photographe
a, par procédé informatique, détouré
puis « collé » sur un même fond plusieurs
individus saisis à différents moments de leurs déplacements).
La logique visuelle est bouleversée : différents intervalles
de temps viennent se télescoper sur une photographie considérée
habituellement comme la représentation d’un instant
unique, et les sujets se démultiplient en deux, trois, quatre
(voire plus) doubles coexistants, se croisant ou semblant parfois
discuter entre eux. Deux autres séries du photographe viennent
perturber le regard et ses habitudes : Vous êtes ici (plastiquement
moins réussie, mais amusant jeu conceptuel dont nous vous
laissons la surprise), et Disparitions, fragments de bâtiments,
de paysages industriels ou plongeoir esseulé, à l’apparence
étonnamment lisse, nue et silencieuse. Chez Bernard-Reymond,
l’étrangeté naît de la lumière
blanche et non de l’obscurité, de la banalité
du réel, de la torsion du principe d’identité
et des fausses transparences.

Laurence
Leblanc
Lauréat 2003 de la fondation CCF pour la Photographie
Lim, Cambodge, 2000
Courtesy galerie VU, Paris
et Galerie le réverbère, Lyon |
Impressions
du Cambodge
Devant les images de Laurence Leblanc, l’œil change
radicalement d’univers en passant notamment du paysage
couleur au portrait noir et blanc. La photographe présente
ici sa vision délicate et subjective de l’enfance
au Cambodge, avec des portraits aux « touches »
impressionnistes, fragiles, tremblées. Les images, presque
toujours floues, sont composées des mouvements ludiques
et saccadés des enfants, de l’opacité énigmatique
de leurs silhouettes prises à contre-jour ou de l’apparition
évanescente de leurs visages parmi la pénombre.
Proche du style d’un Michael Ackerman (en moins tourmenté),
le travail de Laurence Leblanc sur les ombres, la matière
granuleuse et la confusion des formes semble vouloir restituer
les perceptions encore indéterminées, chaotiques,
hésitantes de l’enfance. Mais aussi la difficulté
pour cette nouvelle génération de Cambodgiens
de trouver place, identité et clarté parmi les
ombres et les fantômes d’un passé tragique. |
Jean-Emmanuel
Denave
(juin
2004)
Jean-Emanuel
Denave, né en 1970, est critique et journaliste
(collaborations avec Sitartmag, l'Express, L'Art Aujourd'hui, Le
Petit-Bulletin Lyon). Amitiés d'écriture avec les
arts plastiques, la photographie et la danse contemporaine. Contact

http://www.artmag.com/galeries/c_frs/reverbe1.html
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