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Quand tout bascule
Manou, une jeune
Réunionnaise, qui prend le train de nuit à la gare
d’Austerlitz. Elle va à Saint Gervais rejoindre la
famille dont elle garde régulièrement les enfants,
Julie et Noé, qu’elle aime et qui l’aiment. Elle
n’a jamais vu la neige. Dans son sac, le livre de Malcom Lowry,
Au-dessus du volcan.
Corentin, Tom et Mickey, trois adolescents plutôt gosses de
riches, qui prennent le train de nuit à la gare d’Austerlitz.
Ils vont à Saint Gervais pour faire les rois de la piste
avec leurs planches de surf. Ils aiment s’amuser, faire les
quatre cents coups, ils ont la vie facile. Dans leurs sacs, de la
bière et du whisky.
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Un
compartiment du Paris-Saint Gervais, la nuit. Quatre couchettes,
trois copains en goguette, une jeune fille seule qui aimerait
lire, écouter de la musique ou dormir. Impossible, les
trois la remarquent, la trouvent belle, lui parlent. La bière
aidant, ils s’énervent, font du bruit et se croient
invincibles, irrésistibles. Tandis que Tom s’écroule,
abruti par la bière, Corentin et Mickey passent à
l’action, ils violent Manou chacun à leur tour,
sans état d’âme et sans remords, puis incitent
leur copain à en faire autant pour leur prouver qu’il
est un homme, un vrai… Manon, anéantie, ne pense
plus qu’à fuir et à disparaître dans
la neige qu’elle n’avait jamais vue. Les violeurs
s’endorment d’un sommeil de brutes mais Tom, le
plus vulnérable, sait qu’il ne pourra pas vivre
avec ce crime enfoui en lui… |
Un texte très
fort, à l’écriture acérée et scandée
pour souligner la violence du propos. Christine Beigel raconte un
fait qui, selon le point de vue des protagonistes, est un acte banal
ou une véritable déchirure. Les trois violeurs ne
sont même pas des mauvais, des pourris, à la base :
ce sont des adolescents plutôt gâtés dans la
vie, arrogants, qui ne se posent aucune question, surtout deux d’entre
eux, et qui n’agissent que pour satisfaire, dans le moment
présent, leurs envies et leurs désirs immédiats.
Manou, une jeune fille déracinée mais assez bien dans
sa peau, ne peut imaginer ce qui va lui arriver. Même si elle
aurait préféré des voisins plus calmes au début
du voyage, elle parle avec eux, accepte d’échanger,
de boire une bière mais elle ne se sent pas au départ
menacée. C’est sans doute cela qui rend la suite plus
violente et plus terrible car Christine Beigel montre bien comment
une histoire peut basculer rapidement, l’alcool aidant, dans
un drame insupportable. On n’est pas là dans une situation
exceptionnelle, hélas ! Puis il y a, dans ce récit
à la troisième personne, la voix de Tom qui surgit,
par bribes, et qui dit sa faiblesse, sa honte et son désespoir
devant ce qu’il vient de faire. Cette voix permet aux lecteurs
de respirer un peu et elle apporte au noir du récit un peu
d’espoir tout de même !
Un très très beau texte, qui dit énormément
de choses avec une belle économie de mots.
Catherine
Gentile
(avril 2006)
Catherine
Gentile est documentaliste, formatrice en littérature
jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre
de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville
et auteur de Bulles en stock (Bibliographie
sélective et commentée de bandes dessinées,
ed. Cedis, 1999) ; elle chronique aussi littérature de jeunesse
et bande dessinée dans la revue Inter CDI.

http://www.syros.fr/
Sur le même
sujet, deux autres romans pour adolescents :
Printemps volé,
de Martine Pouchain, Pocket jeunesse
Djamila, de Jean Mola, Grasset jeunesse (Lampe
de poche ados)
http://ellecause.hautetfort.com/
de
Christine Beigel
En
voiture, en voiture, l'histoire presque vraie de l'Europe,
Sarbacane, 2006
Je suis petite mais…
mon arbre est grand !, ill. R. Dautremer Magnard, 2004
Ne réveillez pas le
dragon ! Motus, 2005
La petite fille qui marchait sur les
lignes, ill. Alain Korkos, Motus, 2004
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