d'Alain Cavalier
France, 1975
sortie 9 juin 2004



Sur la route encore (On the road again)...

Réjouissons-nous : trente ans après, Le Plein de super ressort sur nos écrans. Voilà une bonne poilade cinéphile en perspective ! Ce road-movie franchouillard et post-soixante-huitard n’a pas pris une ride, il s’est même bonifié avec l’âge... Ces pattes d’ef, ces rouflaquettes nous rappellent sans doute d’autres temps, d’autres mœurs... mais les gags sont toujours là, efficaces, et les comédiens, impeccables, inspirés, livrent des blagues de potache souvent aussi lourdes qu’éternelles.

Sous peine de perdre son boulot de petit vendeur de voitures, Klouk (Bernard Crombey), monsieur pas-de-bol, doit annuler un week-end avec sa belle femme pour conduire un gros break américain de Lille jusqu’à son riche propriétaire à Cannes ; il entraîne avec lui son ami Philippe (Xavier Saint-Macary), infirmier soigneux et chanteur au Conservateur. À Paris, ils sont rejoints par Charles (Étienne Chicot), déconneur arrogant, et Daniel (Patrick Bouchitey), gentil paumé, qui s’invitent dans la bagnole. Arrosée de vinasse, saupoudrée de haschich, leur traversée de la France sera l’occasion de discussions détonantes, de sacrées embrouilles, de rires déments, et de nombreuses scènes d’anthologie : la messe à Milly-Lamartine, le pique-nique, le p’tit déj...

Sans parler des histoires de femmes - pas toujours drôles, en fait. “Cela dit," comme le disait à l’époque le réalisateur Alain Cavalier, "Le Plein de Super est l’histoire de la naissance d’une amitié entre quatre hommes de vingt-cinq ans”.

On écrit quoi ? - Oh, ta gueule, on verra bien” (Étienne Chicot)

Le film respire la liberté, l’insouciance, et fleure bon le vécu d’une bande de potes en vadrouille. Alain Cavalier raconte aussi le tournage : sept semaines, 6 000 bornes à six dans la caisse, sans maquillage, sans projecteurs, sans pensées mercantiles... “Un atelier où tout le monde avance ses idées dans un désordre réel, où chacun à chaque instant peut remettre l’autre en question sans la moindre gêne, où les images que nous fabriquons sont les nôtres”. Cavalier fait alors ses premiers pas vers un cinéma réel, toujours plus réaliste, où le vécu des comédiens importe bien plus que le script.
Si ces quatre jeunes hommes fringants et décomplexés (Chicot, Bouchitey, Crombey et Saint-Macary) ont fait ensuite la carrière que l’on sait, on a tout intérêt à redécouvrir cette perle, certes un peu grasse, ce Plein de Super qui les a lancés avec fracas, au moins sur les aires d’autoroute du succès (“oh, t’es con !”)

Nicolas Cavaillès
(juin 2004)