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Catulle, Rimbaud de Vérone
Poète
latin du premier siècle avant Jésus Christ, Catulle
résiste encore et toujours aux interprétations définitives
et continue de poser une énigme à ses lecteurs. Qui
est donc cet humble représentant des poetae novi du
siècle de Cicéron ? Un simple écrivain dilettante,
aimant à composer ces "fadaises" (nugae),
ces bagatelles de poèmes, dans un univers trop vaniteux ?
Un pourceau d'Epicure qui s'adonne à l'écriture pour
mieux louer ses amantes ou se venger de ses amants, pour conserver
un semblant de morale dans un monde du vice ? Ou bien encore un
admirable poète élégiaque, qui connut comme
tout un chacun son lot de malheurs et dont les vers n'échappent
pas à la tragédie ?
On s'est longtemps contenté de constater ces deux aspects,
salon et lupanar, ces deux faces apparemment contradictoires, et
de parler platement de Catulle comme du "poète des
contrastes" (dixit Jean-Pierre Néaudeau dans son
introduction à la traduction de référence de
Georges Lafaye, aux Belles Lettres) ; Danièle Robert
prend parti, quant à elle, et s'y tient : les vers de Catulle
sont à ses yeux autant de "vers dans le fruit romain",
et par-delà l'image charmante du poète du moineau
de Lesbie, "Catulle fait penser à Rimbaud par sa
jeunesse, sa précocité (il commence à écrire
à quinze ans), sa culture, sa virtuosité et son inventivité
prosodiques, ses audaces, sa façon de choquer, de séduire,
et jusqu'à sa disparition, pour nous brutale et énigmatique"
(p. 10). Comme Rimbaud, Catulle a trempé sa plume dans des
eaux troubles, scatologiques ou pornographiques ; à côté
de cela, le Bateau ivre ne vogue pas très loin du
navire de Pélée, ni de l'île d'Ariane (poème
LXIV), ni du rivage d'Attis (LXIII).
Ardent en amour comme il est sensible en amitié, érudit
(doctus) sans y paraître, Catulle est sincère,
honnête, quelle que soit son entreprise poétique :
raconter une anecdote salace, moquer un impudent, chanter les grâces
de sa belle Lesbie, ou bien décrire avec ampleur les noces
de Thétis et de Pélée... Catulle annonce Martial,
mais aussi Virgile ; Rabelais, mais aussi Ronsard. Dans tous les
cas, il dit les choses comme elles sont : superbes dans la mythologie,
et dans la réalité émouvantes parfois, souvent
plus prosaïques. D'où la nécessité, selon
Danièle Robert, de ne pas édulcorer la "langue
verte" qui est celle de Catulle : si le terme latin est
cru, si le gag est gras en latin, ils doivent l'être en français,
et la traductrice, qui n'a pas froid aux yeux, rompt avec des siècles
d'infidélité frileuse (à en être comique)
en rendant à la verve de Catulle toute l'obcénité
à laquelle elle se livre parfois. Vulgarité déplaisante
à la lecture ? Sur-traduction dans l'indécent ? Modernisme
visant à choquer les nombreux esprits prudes d'entre les
latinistes contemporains ? La traduction de Danièle Robert,
tout au plus un peu trop agressive, n'a rien de faux, et respecte
autant les licences face au personnage de Mentula ("Labite")
que les beaux sentiments inspirés par Lesbie, la femme aimée.
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Comme
l'amour, la grivoiserie est éternelle. Si Catulle est
l'ennemi de la vulgarité, le souci de véracité
interdit que le tableau poétique nie la laideur des
hommes. Epicurien sans frein que la loyauté (fides,
XXX), l'honneur, la justice, Catulle aime à rire, à
boire, à séduire et à baiser ; il sait
les dangers de l'oisiveté et l'art de l'otium
(LI), mais il aime tellement l'amour et le sexe qu'il en connaît
toutes les facettes - platoniques, doucement charnelles, ou
vicieuses ; en dernier lieu, seuls comptent la vérité,
la vie, l'énergie, et donc la nouveauté, les
chocs. Confronté à un monde tour à tour
drôle et sordide, Catulle est le poète de l'amour
déchu, rêvant à de pures hyménées
(LXI et LXII) dans un monde sale.
Nicolas
Cavaillès
(juillet 2004) |

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