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Histoires
de frères et soeur
Lily,
Vincent, Martin, les trois narrateurs successifs, tentent de venir
à bout d'une perte survenue lors de l'été 1983
: le suicide de leur mère, lasse de lutter contre la maladie,
fatiguée de vivre entre un époux ennuyeux et le frère
de celui-ci, deux hommes en perpétuelle concurrence. Elle
a aussi laissé derrière elle trois enfants, aux prises
avec la soudaineté d'une disparition, même si Lily
a conscience que ce fut pour sa mère la seule façon
de s'échapper : "Je suis sûre que maman s'est
vue mille fois quitter la maison. Maintenant, assignée à
résidence avec son plus jeune enfant, dernier barreau de
sa prison, il ne lui reste plus que le trajet qui la reconduit à
sa chambre." Le chagrin de Lily est aussi intense que
celui de son frère Vincent qui, sept étés plus
tard, se remémorant la première nuit sans leur mère,
écrit : " Impossible pour nous d'admettre la réalité
que cette nuit agitée et éplorée recouvrait.
Il faudrait des années pour cela, des années d'absence."
La construction de ce dernier roman et l'histoire qui s'étale
sur deux décennies témoignent d'une ampleur romanesque
nouvelle, et même si l'on ne sort pas des thèmes de
prédilection de l'écrivain (comment se résoudre
à (sur)vivre alors que d'autres partent ? Que faut-il mettre
en oeuvre pour continuer à exister malgré tout, en
dépit des pertes et des manques ? Comment vivre avec "un
trou dans le ventre" ? ), la façon de les traiter
s'est comme subtilement modifiée par l'introduction de trois
voix différentes qui se succèdent et se font écho,
de trois "livres" composés sous forme de journal
intime.
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Quant
à Martin, il prend la parole en 2003, après avoir
grandi "dans" et avec cette absence ; c'est lui qui
se distancie le plus aisément des événements
passés (il avait trois ans à l'époque),
même si quelques fragments se rappellent à lui,
lors de séquences entre rêve et réminiscences
qui ponctuent un récit par ailleurs rationnel et ancré
dans le présent ; Martin fait office, en quelque sorte,
de rédempteur, apportant une réconciliation certes
fragile mais palpable entre les frères et leur soeur,
entre eux et la vie, tout simplement. Et pourtant, malgré
les sursauts de vie, c'est une désespérance optimiste
teintée de fatalité qui préside à
l'ensemble — moins obscure et moins tourmentée
que celle qui étreint Falaise,
d'Olivier Adam, les deux romans comportant d'étranges
similitudes thématiques. |
En dépit du Happy end doux-amer, l'image concrète
et métaphorique qui persiste est celle d'une maison de vacances
(le "doux foyer" du titre) posée sur une
falaise argileuse et friable, et qui fait écrire à
Lily : "Comme en toutes choses, nous sommes voués
à la perte".
Blandine
Longre
(décembre 2005)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

du
même auteur
Les Histoires de frères, Editions du chemin de fer,
2005
http://www.chemindefer.org/
Je
suis la honte de la famille L'Ecole
des Loisirs, 2006
Exercices de deuil,
Verticales, 2004
Faits d'hiver, L'Ecole des loisirs,
2004
Les choses impossibles
L'Ecole des loisirs, 2002
http://www.ecoledesloisirs.fr
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