Sweet Home
Phase 2, 2005/ Verticales, 2006

parution Folio, mai 2007

 

 

Histoires de frères et soeur

Lily, Vincent, Martin, les trois narrateurs successifs, tentent de venir à bout d'une perte survenue lors de l'été 1983 : le suicide de leur mère, lasse de lutter contre la maladie, fatiguée de vivre entre un époux ennuyeux et le frère de celui-ci, deux hommes en perpétuelle concurrence. Elle a aussi laissé derrière elle trois enfants, aux prises avec la soudaineté d'une disparition, même si Lily a conscience que ce fut pour sa mère la seule façon de s'échapper : "Je suis sûre que maman s'est vue mille fois quitter la maison. Maintenant, assignée à résidence avec son plus jeune enfant, dernier barreau de sa prison, il ne lui reste plus que le trajet qui la reconduit à sa chambre." Le chagrin de Lily est aussi intense que celui de son frère Vincent qui, sept étés plus tard, se remémorant la première nuit sans leur mère, écrit : " Impossible pour nous d'admettre la réalité que cette nuit agitée et éplorée recouvrait. Il faudrait des années pour cela, des années d'absence."
La construction de ce dernier roman et l'histoire qui s'étale sur deux décennies témoignent d'une ampleur romanesque nouvelle, et même si l'on ne sort pas des thèmes de prédilection de l'écrivain (comment se résoudre à (sur)vivre alors que d'autres partent ? Que faut-il mettre en oeuvre pour continuer à exister malgré tout, en dépit des pertes et des manques ? Comment vivre avec "un trou dans le ventre" ? ), la façon de les traiter s'est comme subtilement modifiée par l'introduction de trois voix différentes qui se succèdent et se font écho, de trois "livres" composés sous forme de journal intime.

Quant à Martin, il prend la parole en 2003, après avoir grandi "dans" et avec cette absence ; c'est lui qui se distancie le plus aisément des événements passés (il avait trois ans à l'époque), même si quelques fragments se rappellent à lui, lors de séquences entre rêve et réminiscences qui ponctuent un récit par ailleurs rationnel et ancré dans le présent ; Martin fait office, en quelque sorte, de rédempteur, apportant une réconciliation certes fragile mais palpable entre les frères et leur soeur, entre eux et la vie, tout simplement. Et pourtant, malgré les sursauts de vie, c'est une désespérance optimiste teintée de fatalité qui préside à l'ensemble — moins obscure et moins tourmentée que celle qui étreint Falaise, d'Olivier Adam, les deux romans comportant d'étranges similitudes thématiques.

En dépit du Happy end doux-amer, l'image concrète et métaphorique qui persiste est celle d'une maison de vacances (le "doux foyer" du titre) posée sur une falaise argileuse et friable, et qui fait écrire à Lily : "Comme en toutes choses, nous sommes voués à la perte".

Blandine Longre
(décembre 2005)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

du même auteur
Les Histoires de frères, Editions du chemin de fer, 2005
http://www.chemindefer.org/

Je suis la honte de la famille L'Ecole des Loisirs, 2006
Exercices de deuil, Verticales, 2004
Faits d'hiver, L'Ecole des loisirs, 2004
Les choses impossibles L'Ecole des loisirs, 2002

http://www.ecoledesloisirs.fr