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Jean-Sébastien
Bach est bien vivant, Catherine Lépront nous en fournit le
témoignage. Qu'on se rassure : Le Café Zimmermann
n'est pas une énième biographie ni un énième
essai sur le Cantor de Leipzig. Au contraire : on sort du roman
comme d'un concert, les sens en éveil et l'esprit un peu
brouillé, la tête pleine de sons et le cœur réjoui.
Au festival
de R., vont se retrouver les membres de l'Ensemble du Nord, venu
du Danemark jouer le Concerto pour clavecin en ré mineur
BWV 1052 (l'un des sept concertos écrits entre 1730 et 1733),
une oeuvre majeure qui va parcourir le roman de part en part, dans
des développement analytiques fort approfondis. Alors, comme
au café Zimmermann de l'époque de Bach, se nouent
des liens entre les musiciens et quelques personnes gravitant autour
d'eux dans cette petite ville de la province française :
Gabriel Meuret, Joséphine Kahane aussi seule, aussi vivante
et aussi habitée par la mort que Jean-Sébastien pouvait
l'être au milieu de tout son monde, quelques autres encore.
Rencontres amicales ou amoureuses, musicales en tout cas, placées
sous le regard bienveillant, tranquille, brusquement présent
et brusquement absent, de Hanne, l'imprévisible épouse
du chef de l'Ensemble, Vilhem Zachariasen. Un tel rassemblement
permet à l'auteur, dans des mises en scène savoureuses,
de jouer sur les registres de la satire sociale, opposant les êtres
authentiques (musiciens ou non) à ceux qui ne sont qu'en
représentation mondaine.
Mais c'est surtout
l'occasion d'une composition artistique. Le roman est musical non
seulement par son sujet, par la présence véritable
de Bach au milieu de ses interprètes et auditeurs du XXè
siècle, mais aussi par sa structure. Une composition en trois
mouvements, dans laquelle les voix de chaque protagoniste, comme
une succession de plusieurs instruments dont les timbres finalement
se superposent, se font entendre tout à tour, chaque chapitre,
à la première personne, étant celui d'un personnage
particulier. L'intrigue se construit donc peu à peu sur des
rythmes divers, avançant selon une syntaxe qui elle aussi
prend toutes les apparences de successions sonores : récit
et discours mêlés, en des phrasés mélodiques
où la virgule a valeur de soupir ou de demi-soupir, respiration
sur laquelle le texte reprend son élan vers de nouvelles
variations. Variations thématiques et sonores, avec par exemple
– souvenir de Flaubert – le jeu de la voyelle « a » sur les noms
propres, à l'image de celui de Bach.
Composition
artistique donc, redisons-le, qui doit et apporte beaucoup à
la musique, à laquelle se mêle l'insistance du regard :
spectacles de groupes humains plus ou moins statiques, spectacles
d'objets rassemblés, comme ces « instruments agglutinés
les uns contre les autres [qui] composaient une sorte de nature
morte », spectacles de jardins et de fleurs, dont les noms énumérés
sonnent comme s'égrènent les notes du clavecin… Visuels
ou auditifs, Le Café Zimmermann ne livre pas
tous ses secrets, il s'en faut de beaucoup, comparable en cela,
toutes précautions prises, toutes proportions gardées,
et à condition que l'on soit attentif, aux architectures
savantes, mystérieuses et bouleversantes des grandes œuvres
de Bach.
J.P.
Longre
Jean-Pierre
Longre,
enseignant en littérature du XXème siècle à
l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse
sur Raymond Queneau,
de divers ouvrages ou articles sur des écrivains contemporains
et sur la comparaison des langages littéraire et musical.
Il a participé à l'édition des romans de Queneau
dans la "Pléiade", et effectue des recherches sur les littératures
francophones (Roumanie, Belgique, Québec).

Le
Seuil
http://www.seuil.com
Bach
http://www.metiers-du-classique.com/MDossiers/MBaroque/Bach/IntroBach.html
http://infopuq.uquebec.ca/~uss1010/catal/bacjs/bacjs.html
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