de
Odön Von Horváth

mise en scène Richard Brunel

Théâtre des Célestins, Lyon
23 janvier- 2 février 2003

 

Elle a décidé de jouer le jeu de la vie, d'y trouver sa place. Lui s'en exclut parce qu'il est chômeur et s'estime rejeté. Casimir et Caroline voient différemment le monde qui les entoure. Leur couple résistera-t-il à ce décalage? Injustement méconnu Odön von Horváth est pourtant signataire d'un théâtre stylé et puissant, que certains n'hésitent pas à comparer à celui de Brecht. Dans Casimir et Caroline, il découpe le quotidien en une succession de scènes brèves et saisit les petites choses qui en disent long. Dans l'Allemagne de 1932, il situe les épisodes de la tourmente du jeune couple dans l'univers forain d'une fête de la bière. Dans ce décorum de bruit et d'ivresse, il fait défiler les monstres de foires. Avec la même subtilité qu'il décrit le vacillement du couple, il montre celui d'une société à la dérive dans lequel Casimir, comme d'autres, ne trouve pas sa place.

traduction de l'allemand
Henri Christophe
dramaturgie et scénographie Paolo Licastro
lumière Mathias Roche

avec Réjane Bajard, Isabelle Bonnadier, Valérie Marinese, Philippe Mercier, Samira Sédira, Nicoles Struve, Thierry Venesson

Théâtre des Célestins, Lyon
04 72 77 4000

production Les Célestins, Théâtre de Lyon, en coproduction avec le Nouveau Théâtre d'Angers
et la Compagnie Anonyme

Sur un décor en train de se faire, des personnages venus de la salle montent sur scène. Le ton est donné : voici une pièce contemporaine où le metteur en scène a eu envie d’effacer les frontières entre acteurs et spectateurs, entre théâtre et réalité.
Dans l’univers forain d’une fête de la bière, le couple central, Casimir et Caroline, se dispute : Casimir est au chômage, aurait besoin de réconfort, mais Caroline a plutôt envie de s’amuser, quoi de plus humain ?! Caroline, petite vendeuse sans perspective d’avenir, se laisse griser par les promesses de belle vie que lui offre le riche patron, rencontré à la foire. Quant à Casimir, il se complet avec grandiloquence dans son rôle de raté, d’exclu de la société. Car pendant que Caroline rêve au Zeppelin qui passe dans le ciel, métaphore du pouvoir des puissants, Casimir s’enfonce dans son pessimisme et son amère lucidité. R. Brunel parle d’ « intimité crue, de vacillement, de dérèglement du couple ». Le couple est en crise, et le contexte symbolique de la fête fait surgir des questions existentielles : l’environnement social est-il la cause de la réussite d’une relation amoureuse ? Chacun noie sa peine ou sa solitude dans les flonflons de la fête, le divertissement étant ici au sens pascalien, un possible détournement de l’essentiel vers l’accessoire, une fuite devant la mort. La fête foraine comme « métaphore du monde capitaliste », montre des relations humaines faites de domination sociale, de sentiments achetés par quelques tours de manège, d’un système où chacun doit trouver sa place, en étant parfois de plus en plus seul. La fête tourne à la beuverie générale, révélant l’obscénité et la faiblesse humaine. La scène des monstres de foire est d’ailleurs tout à fait réussie, rappelant la masse sombre et grouillante du Freaks de Tod Browning, atmosphère rendue encore plus étrange grâce aux séquences musicales, interprétées par Juanita (troublante Isabelle Bonnadier).

Pour la scénographie, Richard Brunel prend le parti d’utiliser un chapiteau agrémenté d’échafaudages, qui au gré des scènes, se transforment au choix en grand huit, en cabaret, en bar, en piste de cirque, en toboggan… Il connaît bien l’univers empreint de cynisme de von Horvath, pour avoir déjà monté Don Juan revient de guerre, en 2001, toujours avec la Cie Anonyme. Hélas, ici le texte se perd parfois dans la profusion d’effets visuels, entre rayons lasers, stroboscope, wagonnets de montagne russe…

Un texte pourtant drôle et qui ne se prend pas au sérieux :
"-Tout ira de mieux en mieux.
- Qui a dit ça?
- Le docteur Coué!"

Heureusement que l'on trouve quelques moments rafraîchissants de ce type dans la pièce, car on peut en ressortir globalement en se disant qu'il n'y a pas grand chose à attendre du genre humain !

Emilie Jullin
(janvier 2003)

http://www.mairie-lyon.fr/celestins/

http://www.bruxellons.com/von_horvath_-_bio.htm

http://www.lmda.net/din/tit_lmda.php?Id=3663

http://www.nta-angers.fr/