|
Entretien
avec la réalisatrice
Sombre
et sublime…
Avec
ce deuxième film primé (Grand Rail d’Or, Semaine
Internationale de la Critique Cannes 2004), après Les
Fils de Marie (semaine de la critique Cannes 2002), Carole
Laure met en scène sa fille, sorte de double troublant, dans
un film noir imprégné de danse contemporaine, retraçant
le parcours initiatique d’une adolescente en rupture avec
sa famille.
Avec Clara Furey, Danielle Hubbard, Jean-Marc Barr
Rachel (Clara Furey), 17 ans, fuyant un beau-père pervers,
va faire la rencontre de Jeanne, danseuse professionnelle, qui sort
de prison. Elle s’immisce peu à peu dans sa vie, et
va trouver le salut par la danse, seul moyen de communication lui
permettant d’exprimer ses fêlures. D’autres personnages
échoués viennent y mêler leurs vies : Odile,
mère de famille engoncée dans son corps lourd, devenue
l’amie de Jeanne en prison. Jean-Marc Barr, tout en retenue,
y joue le rôle d’un ex-amant de Jeanne, toujours amoureux
d’elle, et qui réussira lui aussi à la faire
grandir.
C’est un film chorégraphié : tout y est mouvement.
Quarante minutes de danse contemporaine jalonnent le film sans jamais
l’interrompre, car elles se mêlent intimement à
la progression dramaturgique. Ainsi Rachel soigne ses blessures
intérieures dans ce duo magnifique qu’elle crée
avec un jeune danseur, qui va lui faire redécouvrir l’amour.
Mais c’est aussi un film sombre : le viol plane au-dessus
des héroïnes féminines. Il est également
émaillé d’un questionnement sur la filiation
: Rachel fugue de chez sa mère, qui n’a pas le cran
de quitter cet homme qui viole sa fille, Jeanne tente de façon
compulsive de tomber enceinte… Il n’y a pas de modèles
rassurants de la famille… Pourtant la relation qui s’installe
entre Jeanne et Rachel devient celle d’une mère et
sa fille.
Ce film magnifique, bien que très sombre, qui n’est
pas sans rappeler le cinéma de Lars Von Trier (impression
renforcée par la présence de Jean-Marc Barr), bien
que très près du sol, est promis à une carrière
élevée.
E.
Jullin
(septembre 2004)
|
Entretien
avec Carole Laure, réalisatrice passionnée
Quelle est l’idée de
départ du scénario ?
C’est tout d’abord un film sur le langage corporel.
L’ouverture sur les pieds est très importante
: ils parlent autant que les visages. J’avais envie
de faire un film dans le mouvement.
C’est la fugue d’une jeune fille de 17 ans, mais
par obligation, pour sauver sa peau : elle est en danger chez
elle. Ce n’est pas un hasard si elle se retrouve à
zoner devant le mur de la prison des femmes, elle a un besoin
inconscient de murs institutionnels, de structures rigides
qu’elle ne trouve pas dans son foyer.
Pourquoi cette présence si
forte de la danse ?
Les gens ont peur de la danse contemporaine. Mais elle suit
la dramaturgie de l’histoire. Ce n’est pas comme
une comédie musicale où l’action s’arrête
pour une chanson. Il faut dire que le chef opérateur
est très doué, il a fait beaucoup de travelling,
et avait souvent la caméra à l’épaule
durant les chorégraphies. Je connaissais tellement
bien les chorégraphies que j’ai pu suivre chaque
mouvement et tourner autour des danseurs, être avec
eux.
Parlez-nous du thème de la
filiation…
C ela vient de mes problèmes personnels. J’ai
été adoptée par un couple quand j’étais
petite fille, c’est donc forcément un sujet qui
m’interpelle. J’ai choisi ma fille pour le rôle
de Rachel car je savais qu’elle serait parfaite. Elle
est danseuse, musicienne, comédienne, et avait la sensibilité
nécessaire au rôle. Vous savez, la force d’un
film c’est de choisir la bonne personne pour le bon
rôle. Le travail est déjà à moitié
fait. Je trouve la plupart des cinéastes beaucoup trop
dirigistes. Grâce à ma longue expérience
de comédienne, je sais qu’il est important de
laisser libre-cours à l’improvisation.
Pourquoi avoir attendu si longtemps
pour passer derrière la caméra ?
Ce n’était pas le moment. J’ai fait beaucoup
de choses, notamment des albums de musique. Et des enfants
! Mais j’ai tellement aimé faire ces deux films
que je ne compte plus m’arrêter. Je vais en faire
très souvent maintenant, j’adore ça !
J’ai tellement d’idées et de choses à
dire ! Et je suis contente car Tout près
du sol a été encensé par
la critique lors du festival de Toronto dont je reviens, et
cela va lui permettre d’être diffusé au
Canada et en Angleterre. Donc malgré un thème
peu « commercial », j’espère trouver
un public en France…
Propos
recueillis par Emilie Jullin
(septembre 2004)
|

http://www.marsdistribution.com/fiche_film_gen_cfilm=51523.html
|