de Carole Laure
Film français, 2003 / durée : 1h40
en salles le 29 septembre 2004

 

Entretien avec la réalisatrice


Sombre et sublime…

Avec ce deuxième film primé (Grand Rail d’Or, Semaine Internationale de la Critique Cannes 2004), après Les Fils de Marie (semaine de la critique Cannes 2002), Carole Laure met en scène sa fille, sorte de double troublant, dans un film noir imprégné de danse contemporaine, retraçant le parcours initiatique d’une adolescente en rupture avec sa famille.
Avec Clara Furey, Danielle Hubbard, Jean-Marc Barr

Rachel (Clara Furey), 17 ans, fuyant un beau-père pervers, va faire la rencontre de Jeanne, danseuse professionnelle, qui sort de prison. Elle s’immisce peu à peu dans sa vie, et va trouver le salut par la danse, seul moyen de communication lui permettant d’exprimer ses fêlures. D’autres personnages échoués viennent y mêler leurs vies : Odile, mère de famille engoncée dans son corps lourd, devenue l’amie de Jeanne en prison. Jean-Marc Barr, tout en retenue, y joue le rôle d’un ex-amant de Jeanne, toujours amoureux d’elle, et qui réussira lui aussi à la faire grandir.
C’est un film chorégraphié : tout y est mouvement. Quarante minutes de danse contemporaine jalonnent le film sans jamais l’interrompre, car elles se mêlent intimement à la progression dramaturgique. Ainsi Rachel soigne ses blessures intérieures dans ce duo magnifique qu’elle crée avec un jeune danseur, qui va lui faire redécouvrir l’amour.
Mais c’est aussi un film sombre : le viol plane au-dessus des héroïnes féminines. Il est également émaillé d’un questionnement sur la filiation : Rachel fugue de chez sa mère, qui n’a pas le cran de quitter cet homme qui viole sa fille, Jeanne tente de façon compulsive de tomber enceinte… Il n’y a pas de modèles rassurants de la famille… Pourtant la relation qui s’installe entre Jeanne et Rachel devient celle d’une mère et sa fille.
Ce film magnifique, bien que très sombre, qui n’est pas sans rappeler le cinéma de Lars Von Trier (impression renforcée par la présence de Jean-Marc Barr), bien que très près du sol, est promis à une carrière élevée.

E. Jullin
(septembre 2004)

 

 

Entretien avec Carole Laure, réalisatrice passionnée

Quelle est l’idée de départ du scénario ?
C’est tout d’abord un film sur le langage corporel. L’ouverture sur les pieds est très importante : ils parlent autant que les visages. J’avais envie de faire un film dans le mouvement.
C’est la fugue d’une jeune fille de 17 ans, mais par obligation, pour sauver sa peau : elle est en danger chez elle. Ce n’est pas un hasard si elle se retrouve à zoner devant le mur de la prison des femmes, elle a un besoin inconscient de murs institutionnels, de structures rigides qu’elle ne trouve pas dans son foyer.

Pourquoi cette présence si forte de la danse ?
Les gens ont peur de la danse contemporaine. Mais elle suit la dramaturgie de l’histoire. Ce n’est pas comme une comédie musicale où l’action s’arrête pour une chanson. Il faut dire que le chef opérateur est très doué, il a fait beaucoup de travelling, et avait souvent la caméra à l’épaule durant les chorégraphies. Je connaissais tellement bien les chorégraphies que j’ai pu suivre chaque mouvement et tourner autour des danseurs, être avec eux.

Parlez-nous du thème de la filiation…
C ela vient de mes problèmes personnels. J’ai été adoptée par un couple quand j’étais petite fille, c’est donc forcément un sujet qui m’interpelle. J’ai choisi ma fille pour le rôle de Rachel car je savais qu’elle serait parfaite. Elle est danseuse, musicienne, comédienne, et avait la sensibilité nécessaire au rôle. Vous savez, la force d’un film c’est de choisir la bonne personne pour le bon rôle. Le travail est déjà à moitié fait. Je trouve la plupart des cinéastes beaucoup trop dirigistes. Grâce à ma longue expérience de comédienne, je sais qu’il est important de laisser libre-cours à l’improvisation.

Pourquoi avoir attendu si longtemps pour passer derrière la caméra ?
Ce n’était pas le moment. J’ai fait beaucoup de choses, notamment des albums de musique. Et des enfants ! Mais j’ai tellement aimé faire ces deux films que je ne compte plus m’arrêter. Je vais en faire très souvent maintenant, j’adore ça ! J’ai tellement d’idées et de choses à dire ! Et je suis contente car Tout près du sol a été encensé par la critique lors du festival de Toronto dont je reviens, et cela va lui permettre d’être diffusé au Canada et en Angleterre. Donc malgré un thème peu « commercial », j’espère trouver un public en France…

Propos recueillis par Emilie Jullin
(septembre 2004)

http://www.marsdistribution.com/fiche_film_gen_cfilm=51523.html