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Un premier
film surprenant et dérangeant
Premier film d'une jeune réalisatrice très prometteuse
de 29 ans, Carnages (sélection officielle au
festival de Cannes catégorie Un certain Regard et Prix de
la Jeunesse) fait figure d'OVNI surréaliste : un enchevêtrement
de séquences façon Almodovar, s'orchestrant autour
de la mise à mort d'un taureau, entremêle les vies
d'une dizaine de personnages.
Tout part d'une petite fille terrorisée par les animaux,
qui exorcise sa peur en regardant des corridas à la télévision.
Lors d'un de ces spectacles, le matador est blessé gravement.
Le film va relier en une boucle parfaite la petite Winnie au torero
(interprété par un jeune matador français,
Julien Lescarret), en passant par tous les autres personnages du
film. Le taureau mort, Romero, est le deuxième fil conducteur
du film : après avoir été " désossé
", on suit le périple de chaque partie de son corps
qui nous fait entrer de plein fouet dans l'intimité de ces
personnages peu conventionnels. Les yeux du taureau sont étudiés
par un chercheur (Jacques Gamblin) en couple avec Lio, enceinte.
Les cornes nous font rentrer dans la roulotte d'une vieille femme
et son fils, taxidermiste. Un os de rotule atterrit dans la gueule
du chien de Winnie etc. Les destins de chacun s'imbriquent, et l'histoire
fait vite sens pour le spectateur déboussolé que nous
sommes au début.
Les
ruptures de ton déconcertent et prennent le spectateur
par surprise : le réalisme et le tragique côtoient
le burlesque et l'irrationnel (voir la scène finale de
Carlotta, l'apprentie comédienne jouée par Chiara
Mastroiani, et d'Alexi le philosophe suicidaire, dans une démonstration
assez "kitsch" de patinage artistique !). Les scènes
les plus fortes sont peut-être celles entre la vieille
femme et son fils, partageant l'intimité d'une caravane,
un couple étrange que l'on dirait sorti tout droit d'un
documentaire belge de " Strip-tease ". Delphine Gleize
dit que "tout le film est une initiation à la
naissance", car chaque personnage se retrouve à
un moment de sa vie face au taureau, à sa bête
noire, à ses angoisses, contre lesquelles il doit se
battre pour exister. Le film est une allégorie de la
renaissance, à l'image du torero en attente d'une greffe
de foie, qui renaîtra encore plus valeureux.
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L'insoutenable
pesanteur du macabre
"Carnages" est dérivé du terme "carne",
la viande, et symbolise la chair dans ce qu'elle peut avoir de plus
brutal, physique, mais surtout de plus proche de la mort. Âmes
sensibles s'abstenir : des scènes insoutenables de tauromachie,
de suicide, d'opération de transplantation, d'éviscération,
visages de grands brûlés
rendent le film excessivement
pesant et angoissant. Delphine Gleize cherche à déranger
le spectateur. Le thème du morbide imprègne le film
: sang de la corrida, du torero blessé, suicides ratés
et réussis, animaux morts
dans une surenchère
qui dessert parfois le film. Le seul bémol que l'on peut
mettre au film réside certainement dans l'exagération
des coïncidences, des analogies, qui prêtent au film
des accents farcesques involontaires.
Delphine Gleize, que l'on sent marquée par ses études
de Lettres, a accouché d'un film monstrueux et protéiforme,
comme elle le qualifie elle-même, où rien n'est laissé
au hasard. L'écriture du scénario lui a pris cinq
ans et porte la marque de l'émulation, bien qu'elle se défende
d'avoir fait un film intellectuel. Elle questionne le spectateur,
le met face à ses angoisses primaires de mort, cherchant
à le violenter et à le dégoûter. Cet
aspect macabre et torturé tranche beaucoup avec la personnalité
joviale et rayonnante de la jolie Delphine ! Enfin, elle a su s'entourer
d'acteurs excellents et la BO originale d'Eric Neveux (Mr Neveux
pour les fans de musique électronique), très forte,
fait corps avec les images et donne une intensité bouleversante
à de nombreuses scènes.
Des personnalités à suivre
Emilie
Jullin
(octobre 2002)

http://www.carnages-lefilm.com/
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