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La quête du
sens
Chafa est une
jeune fille qui se pose beaucoup de questions et pas nécessairement
celles qui travaillent généralement les jeunes filles
de vingt ans, dans les années 70, à Anvers... Les
siennes sont d'ordre métaphysique, religieux et scientifique
et ont peu de rapport avec la libération sexuelle qui fait
rage. Chafa s'est inscrite en fac de philosophie et coûte
que coûte, tente d'appliquer à sa vie quotidienne ce
qu'elle découvre en étudiant : elle décide
de mener "la vie de recluse qui sied à un philosophe",
quitte le foyer de ses parents et loue une chambre minable sous
les combles. Cependant, elle suit rarement les cours dispensés
à l'université, pour de vulgaires raisons financières
! Elle travaille chaque matin chez un fleuriste, où elle
élabore des couronnes mortuaires et l'après-midi,
elle se rend chez les Kalman, qui l'ont engagée comme "promeneuse",
un euphémisme pour bonne d'enfants ; les Kalman sont des
juifs hassidiques, très pieux, et obéissent à
des préceptes que Chafa a bien du mal à comprendre
voire accepter ; de même, elle
ne discerne pas pourquoi Monsieur Kalman semble autant la mépriser,
bien qu'elle aussi soit juive.
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Mais
si elle garde cet emploi, c'est "à cause d'une
passion inexplicable pour un petit maigrichon qui faisait
encore pipi dans sa culotte", Simcha, quatre ans,
un enfant silencieux et très craintif, mais qu'elle
entoure de tendresse, tant il prend de plaisir à leurs
promenades dans le parc, au bord de l'étang. Dans le
même temps, la jeune fille passe ses nuits dans les
livres : religion et philosophie, Einstein et Marx, la Bible
et la Torah, tout y passe, tant elle a soif de connaissance
; une façon indirecte de parvenir à mieux cerner
les Kalman et à se rapprocher de Simcha ("Je
me procurais aussi des livres sur le Baal Chem Tov, qui, dans
la première moitié du dix-huitième siècle,
avait fondé le mouvement hassidique et qui, d'après
ses disciples, avait accompli de nombreux miracles".) |
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La quête
de Chafa n'a rien de vain, et elle s'interroge tout particulièrement
sur l'existence d'un dieu, tout en ne cessant de douter ("ils
avaient oublié qu'ils l'avaient fait eux-mêmes et Lui
avaient donné une âme"), sur sa propre appartenance
à la communauté juive (même si elle n'en suit
pas les règles) et discute longuement avec son père
(un homme paisible mais farfelu, qui s'est mis en tête de
retrouver des valises, enterrées quelque part dans Anvers,
durant la guerre...) ; il accuse les juifs intégristes de
donner une fausse image des Juifs au reste du monde : "C'est
mauvais signe que les hassidim soient considérés comme
les représentants types du judaïsme (...) par les Juifs
eux-mêmes. Qu'est-ce qu'ils peuvent bien regretter bon sang
? Le Moyen Age ?" Pour lui, c'est "grâce
à l'assimilation et au dialogue que le judaïsme a survécu.
Avec leurs papillotes, leurs caftans et leurs idées arriérées,
les hassidim ne sont qu'une caricature d'eux-mêmes."
explique-t-il avec humour. Quant à sa mère, une rescapée
des camps de la mort, il semble à Chafa qu'elle se raccroche
à des futilités afin d'oublier le passé : "A
entendre ma mère se préoccuper ainsi des oeufs dans
le cake, on ne pouvait imaginer que quand elle avait mon âge,
attelée comme un âne, elle tirait une charette remplie
de pommes de terre dans les rues d'Auschwitz (...) Chaque jour,
elle enfouissait Auschwitz sous les recettes de cake et les séances
de thé entre amies : l'archéologie à l'envers"...
Contrairement à sa mère, qui vit dans le leurre, Chafa
est bien déterminée à avoir le fin mot de l'histoire,
à explorer, fouiller tant qu'elle peut ; mais voilà,
la vérité ultime qu'elle recherche, personne n'a jamais
pu encore la découvrir... Une histoire perdue
raconte quelques mois dans l'existence d'une jeune fille curieuse
et atypique, révoltée à l'idée que l'on
puisse subir des humiliations sans se défendre (c'est en
tous les cas le comportement des Kalman, aux prises avec un pathétique
concierge antisémite) ; un récit qui rappelle, par
instants, la quête d'un autre écrivain néerlandais,
Harry Mulisch (tout particulièrement dans
La Procédure) ainsi
que le très classique débat qui oppose scientia à
sapientia, la science au spirituel.
Blandine
Longre
(mai 2003)
Carl
Friedman est poétesse, traductrice, journaliste. Ce roman
a été adapté pour le cinéma par Jeroen
Krabbe, avec Isabella Rossellini dans le rôle principal.

Denoël
http://www.denoel.fr
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