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Entralla, ville de pâte à modeler
Après un premier
roman, L’Observatoire (Phébus 2002), très
remarqué par la critique, Edward Carey, jeune écrivain
anglais, revient avec son nouvel opus : Alva et Irva.
Ce roman se présente comme un guide touristique sur la ville
fictive d’Entralla (plan à l’appui) dans laquelle
une statue rend hommage à deux de ses habitantes, deux sœurs
jumelles, Alva et Irma Dapps. Ces deux jeunes filles sont, dès
leur naissance, orphelines de père – la brève
histoire de leurs parents est une magnifique mise en bouche qui
n’est pas sans rappeler le premier chapitre du Monde selon
Garp de John Irving – et se révèlent être
de caractère opposé. Tandis qu’Alva a rapidement
envie de s’ouvrir au monde, Irva reste renfermée sur
elle-même. Très tôt, un cadeau de leur grand-père
va transformer leur vie : un simple paquet de pâte à
modeler ; si les jumelles ne l’utilisent d’abord que
pour faire d’innocents boudins, il leur vient bientôt
à l’idée de représenter leur ville natale
avec ce médium. En grandissant, Irva refuse de quitter leur
maison et Alva doit procéder à de rigoureux métrages
ainsi qu’à des prises de vues pour que sa sœur
puisse continuer sa gigantesque maquette. Quand Entralla sera entièrement
détruite par un tremblement de terre, la ville miniature
des deux jumelles servira de point de départ à la
reconstruction…
Alva
et Irva n’est pas un simple roman et constitue
ce qu’Edward carey appelle « un projet »
: à lui la part d’imagination et d’écriture,
à Janos Stone (un artiste américain) la partie sculpture
qui va permettre d’illustrer l’ouvrage avec une dizaine
de photographies en noir et blanc de la réalisation d’Entralla
en pâte à modeler. Le roman mélange le récit
d’Alva et les commentaires du guide touristique qui promène
les visiteurs à travers la ville en montrant les monuments
selon un ordre dicté par l’histoire des jumelles (d’abord
la grande poste où se sont connus leurs parents, puis la
rue Napoléon où ces derniers ont vécu…).
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La
grande réussite d’Alva et Irva
est de former un ensemble cohérent qui nous fait voyager
dans les névroses des deux sœurs (Alva se fait
tatouer sur tout le corps une douloureuse représentation
du monde afin que sa sœur complètement recluse
puisse l’admirer) et dans cette ville fictive que l’on
a presque l’impression de connaître réellement.
Edward Carey ne manque décidément pas d’imagination
!
Anne
Weber
(décembre 2003) |

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