Alva et Irva
Titre original Alva & Irva, the Twins who saved a City
Traduction de l'anglais Muriel Goldrajch
Phébus, 2003

 

Bienvenue à Entralla, ville de pâte à modeler

Après un premier roman, L’Observatoire (Phébus 2002), très remarqué par la critique, Edward Carey, jeune écrivain anglais, revient avec son nouvel opus : Alva et Irva.
Ce roman se présente comme un guide touristique sur la ville fictive d’Entralla (plan à l’appui) dans laquelle une statue rend hommage à deux de ses habitantes, deux sœurs jumelles, Alva et Irma Dapps. Ces deux jeunes filles sont, dès leur naissance, orphelines de père – la brève histoire de leurs parents est une magnifique mise en bouche qui n’est pas sans rappeler le premier chapitre du Monde selon Garp de John Irving – et se révèlent être de caractère opposé. Tandis qu’Alva a rapidement envie de s’ouvrir au monde, Irva reste renfermée sur elle-même. Très tôt, un cadeau de leur grand-père va transformer leur vie : un simple paquet de pâte à modeler ; si les jumelles ne l’utilisent d’abord que pour faire d’innocents boudins, il leur vient bientôt à l’idée de représenter leur ville natale avec ce médium. En grandissant, Irva refuse de quitter leur maison et Alva doit procéder à de rigoureux métrages ainsi qu’à des prises de vues pour que sa sœur puisse continuer sa gigantesque maquette. Quand Entralla sera entièrement détruite par un tremblement de terre, la ville miniature des deux jumelles servira de point de départ à la reconstruction…

Alva et Irva n’est pas un simple roman et constitue ce qu’Edward carey appelle « un projet » : à lui la part d’imagination et d’écriture, à Janos Stone (un artiste américain) la partie sculpture qui va permettre d’illustrer l’ouvrage avec une dizaine de photographies en noir et blanc de la réalisation d’Entralla en pâte à modeler. Le roman mélange le récit d’Alva et les commentaires du guide touristique qui promène les visiteurs à travers la ville en montrant les monuments selon un ordre dicté par l’histoire des jumelles (d’abord la grande poste où se sont connus leurs parents, puis la rue Napoléon où ces derniers ont vécu…).

La grande réussite d’Alva et Irva est de former un ensemble cohérent qui nous fait voyager dans les névroses des deux sœurs (Alva se fait tatouer sur tout le corps une douloureuse représentation du monde afin que sa sœur complètement recluse puisse l’admirer) et dans cette ville fictive que l’on a presque l’impression de connaître réellement. Edward Carey ne manque décidément pas d’imagination !

Anne Weber
(décembre 2003)

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