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Figer
le chaos
Lorsque Zana
Briski a débarqué dans le quartier « rouge »
de Calcutta, cette jeune photo-reporter anglaise, confrontée
aux réticences des prostituées elles-mêmes,
s’est tout naturellement laissée charmer par les mille
bambins qui courent les ruelles fauves tandis que leurs mères,
comme leurs grand-mères autrefois, et comme leurs arrière-grand-mères,
se cachent derrière des rideaux avec leurs clients. Adoptée
comme « Tante Zana » par une dizaine de ces enfants
de la misère et de l’illégalite (prostitution,
trafic d’alcool, de marijuana), elle décide vite de
rester dans ce bouge phénoménal, dans ce triste et
fascinant bazar qu’est ce quartier « chaud »,
et, toute consciente de son incapacité à « changer
les choses », elle concentre son attention sur ces irrésistibles
enfants des rues : elle leur remet à chacun un appareil-photo,
pour ensuite commenter avec eux leurs clichés et, tout bonnement,
leur apprendre la photographie.
Le résultat
ne déçoit pas : ces enfants dont Zana Briski raconte,
sans insister, les terribles histoires, ces enfants nés dans
un chaos douloureux, parmi de pauvres femmes terriblement aigries
par leur existence, souvent haineuses, toutes vivant les unes sur
les autres dans une sale confusion, ces enfants se livrent avec
joie au sourire de « Tante Zana » et se prêtent
au jeu avec un enthousiasme touchant, jusqu’à rendre
à leur gentille professeur des photos de qualité,
souvent très belles, simples « choses vues »
croquées sur le vif : voisins, famille, capharnaüms
d’appartements, jeux et rires, courses dans les ruelles, danse
entre les passants de Calcutta, quelques paysages, et beaucoup de
portraits, souriants ou énigmatiques, toujours extraordinairement
riches en chaleur humaine.
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Quel
avenir pour ces enfants ?
Eux-mêmes sont sans illusion : pas de place pour l’espoir
; guère de moyen de sortir du quartier rouge. Que leurs
photos aboutissent à une exposition, qu’elles
leur apportent du succès à New-York, ou même
un Oscar à Hollywood, ces enfants ont la sagesse de
n’y pas penser, et jouent pour jouer, sans rien à
perdre, ni rien à gagner, si ce n’est l’essentiel
: une sensibilité esthétique – et morale
– au monde qui est le leur, aux magnifiques couleurs
de leurs murs délavés, à l’immensité
du visage d’un proche…Une manière de figer
le chaos qui les entoure, de saisir le mouvement comme on
joue avec le feu – pour s’amuser, et parce que
c’est beau. |
Porté
par une très bonne bande-son, Camera Kids offre pléthore
d’images superbes, dans sa première moitié surtout,
où les photos des enfants se mêlent aux images de la
co-réalisatrice pour nous plonger dans l’intensité
de ce quartier réprouvé. Zana Briski reste discrète,
et laisse finement ses enfants de Calcutta révéler
leur étonnante lucidité, leur énergie, leur
fraîcheur, leur innocence, qui toutes ensemble font de ce
film plus qu’un documentaire, un œuvre d’art.
Nicolas
Cavaillès
(novembre 2005)

http://www.camerakids.fr/
www.kids-with-cameras.org
Kids
with cameras est une association
à but non lucratif qui enseigne l'art de la photographie
à des enfants marginalisés à travers le monde.
Elle utilise la photographie pour capter l'imagination des enfants,
leur donner confiance en eux-mêmes, ainsi que pour développer
leur propre sens de l'estime et l'espoir. L'association partage
leur vision à travers le monde entier grâce à
des expositions, des livres, des sites Internet et des films. Elle
s'engage à développer leur éducation, au delà
de la photographie, par des partenariats locaux pour les scolariser
ou développer la propre école de l'association, qui
met l'accent sur les arts et le leadership.
cineduchere.free.fr
: du 3 au 5 novembre, 6èmes rencontres autour du film documentaire
CinéDuchère
avenue Andrei Sakharov 69009 Lyon
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