Stefano
Bollani
Deux pianistes,
deux personnalités différentes (mais pas si éloignées
par leurs démarches personnelles), deux univers, deux
styles… c’est pourquoi cette chronique les rassemble.
Ils se sont certainement posés une des questions récurrentes
du monde du jazz : que reste-t-il à enregistrer ?
Le premier,
Uri Caine, étudie la musique classique,
devient l’élève du grand Bernard Peiffer,
pianiste scandaleusement ignoré en France, avec de grands
musiciens de passage à Philadelphie, sa ville natale,
fréquente ensuite la nouvelle avant-garde new-yorkaise
avant de se distinguer en arrangeant, pour son troisième
album, certaines compositions de Gustav Mahler, Urlicht/
Primal Light (Winter & Winter, 1996) et de poursuivre
ave Richard Wagner, Wagner in Venezia (1997), puis
Bach, Schumann, Beethoven, de nouveau Mahler avec Gustav
Mahler in Toblach (1998) jusqu’à ce Dark
Flame enregistré en 2003. Cet iconoclaste surdoué
s’est produit en 1998 dans quelques festivals avec sa
vision des Chants de la Terre, les Symphonies 1,
2 & 5, les Kindertotenlieder qu’on retrouve
avec d’autres oeuvres dans cet album remarquablement présenté.
| Sa
musique est une sorte de patchwork cohérent constitué
de tradition juive, de jazz, de rythmes brésiliens,
de musique classique européenne, de sons new-yorkais,
de gospel, de bals viennois, de musique chinoise, un kaléidoscope
imprégné de chiffres et de signes du passé
avec une brochette d’improvisateurs de jazz et un
groupe de musiciens et vocalistes chinois. |
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Tout
autre est le disque du transalpin, Stefan Bollani,
qui aborde l’exercice périlleux du piano solo
en quatorze étapes de compositions ludiques et de
relectures irrespectueuses (sauf pour le Ugly Beauty
de Thelonious Monk) de
thèmes de Zappa, Beatles et Prokofiev. Après
Les Fleurs Bleues (titre à la fois d’un
roman de Raymond Queneau et de
son précédent opus) ce pianiste qui a déjà
survolé toute l’histoire du jazz transgresse
l’orthodoxie avec une certaine jubilation. |
Reste que
certains ne manqueront pas de (se) poser la question : et le
(vrai ?) jazz dans tout cela ? Sans parler de curiosités
proprement dites, voilà de quoi faire frissonner les
curieux… et il y en a… et les autres, aussi…
Jacques
Chesnel
(janvier 2004)
Jacques
Chesnel
est membre de l'Académie du Jazz. Auteur de "Le
Jazz en quarantaine" (Isoète), "Les Grands
Créateurs de Jazz" avec Gérald Arnaud (Bordas)
; auteur et consultant "jazz" pour l'Encyclopédie
Encarta sur CD-Rom. Peintre, il travaille depuis plus de trente
ans sur les rapports entre jazz et peinture.
(www.jazz-chesnel.com).

www.uricaine.com
http://www.stefanobollani.com/
www.winterandwinter.com
www.label-bleu.com