La Nuit des cages
Rascal et Simon Hureau
Didier jeunesse, 2007

 

 

Chasse à l’enfant

Le fils de l’ogre Morillon s’est enfui. Poursuivi, il rencontre le cortège qui transporte Mélusine, la fille de la sorcière, vers le bûcher. Il l’aide à s’échapper et tous deux s’envolent, loin de leurs poursuivants. Et ils vécurent heureux et eurent un certain nombre d’enfants. « Seront-ils ogres ou sorcières ? – Paraît que c’est pas héréditaire ».
Le texte s’articule autour des images étranges et magnifiques de Simon Hureau, en noir et blanc. Les doubles pages de cet album au format à l’italienne présentent des scènes sans texte en ombres chinoises, très proches de l’esthétique des papiers découpés du XIXe siècle. On y voit se déployer tantôt les étonnants paysages traversés par l’enfant, arbres, oiseaux, papillons, mousses et racines, tantôt le cortège des poursuivants ou des ravisseurs. Ceux-ci forment une foule improbable mi-carnaval mi-fantasmagorie médiévale, où chaque détail (et ceux-ci sont innombrables) mérite l’attention.

Le texte s’inscrit sur des doubles pages qui alternent avec celles des images, mais qui sont en moins grand nombre, ce qui laisse le temps de s’imprégner de l’atmosphère de chaque étape. Ces pages de textes sont conçues selon la même esthétique que celles des images, mais le noir y domine et le vert remplace le blanc dans des fenêtres ouvertes sur cette nuit d’encre, fenêtres dans lesquelles s’inscrit le texte.

Rimé avec grâce, conté avec humour et ménageant le suspens, le texte est charmant, rapide. Il fait alterner les voix, en variant la typographie et la mise en page.
L’univers des contes et des mythes est ici revisité de très belle façon, rêveuse, poétique et imaginée (dans tous les sens du terme).

Anne-Marie Mercier-Faivre
(novembre 2007)

Anne-Marie Mercier-Faivre est professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.