La maison muette
traduit de l'anglais (Ecosse) par Catherine Richard
titre original : The Dumb House
Editions Métailié, 2003

 

A la recherche de l’âme

Poète reconnu (il a écrit cinq recueils et reçu le Whitbread Poetry Award en 2001), John Burnside, né en Ecosse en 1955, a publié son premier roman La Maison Muette en 1997. Depuis l’enfance, le narrateur, Luke, est mû par une unique obsession : découvrir où se trouve l’âme. Tout commence le jour où sa mère lui raconte l’histoire d’Akbar le Moghol et de la Maison Muette qu’il fit bâtir pour vérifier une hypothèse : « un enfant vient-il au monde doué de l’aptitude innée, divine à la parole ? (…) ce don est l’équivalent de l’âme. » ; dans cette maison, une cour de muets s’occupait de nouveau-nés qui, en grandissant, furent incapables de parler. Un peu plus tard, sur les encouragements de sa mère, Luke se met à disséquer des cadavres d’animaux ; une fois adulte et sa mère morte, l’idée de l’expérience – comme il l’appelle lui-même - lui vient peu à peu. Et le lecteur de frissonner à l’avance sachant, dès les premières pages du livre, que les jumeaux qui ont servi de cobaye à Luke ont été tués. Commence alors un terrible retour en arrière.

Ayant passé une annonce pour rencontrer des enfants muets, Luke est contacté par Karen Olerud, mère d’un enfant autiste qui ne parle pas. Faute de pouvoir communiquer avec le gamin, Luke noue une étrange relation avec sa mère à qui il vient faire l’amour régulièrement pendant qu’elle fait semblant de dormir ; mais dans un brutal accès de violence, il quitte définitivement la maison. Il rencontre ensuite Lillian, une jeune femme muette et quelque peu attardée, il tient enfin le moyen idéal de mettre sur pied son expérience. Lillian tombe rapidement enceinte et meurt après avoir accouché de deux jumeaux, ceux sur qui notre froid narrateur pratiquait une laryngotomie au début du livre. S’enfonçant dans l’implacable spirale de son ignoble projet – et de sa folie –, Luke ne nous épargne aucun détail scabreux et nous mène au bout de l’horreur.

Basé sur une réflexion philosophique qui en fera méditer plus d’un, La maison Muette est le résultat de l’idée géniale qu’a eu John Burnside de construire une trame romanesque autour d’un narrateur complètement amoral et d’une expérience – presque – scientifique. La plume de l’auteur est d’une précision chirurgicale lorsqu’il nous décrit le quotidien des jumeaux, tout en sachant se faire plus poétique pour narrer la profonde relation qui unit Luke à sa mère (personnage omniprésent dont la longue maladie est largement exposée). Du début à la fin, La Maison muette est un chef d’œuvre sans faille.

Anne Weber
(novembre 2003)

Editions Métailié
http://www.metailie.info/