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A la
recherche de l’âme
Poète
reconnu (il a écrit cinq recueils et reçu le Whitbread
Poetry Award en 2001), John Burnside, né en Ecosse en 1955,
a publié son premier roman La Maison Muette en 1997.
Depuis l’enfance, le narrateur, Luke, est mû par une
unique obsession : découvrir où se trouve l’âme.
Tout commence le jour où sa mère lui raconte l’histoire
d’Akbar le Moghol et de la Maison Muette qu’il fit bâtir
pour vérifier une hypothèse : « un enfant
vient-il au monde doué de l’aptitude innée,
divine à la parole ? (…) ce don est l’équivalent
de l’âme. » ; dans cette maison, une cour
de muets s’occupait de nouveau-nés qui, en grandissant,
furent incapables de parler. Un peu plus tard, sur les encouragements
de sa mère, Luke se met à disséquer des cadavres
d’animaux ; une fois adulte et sa mère morte, l’idée
de l’expérience – comme il l’appelle lui-même
- lui vient peu à peu. Et le lecteur de frissonner à
l’avance sachant, dès les premières pages du
livre, que les jumeaux qui ont servi de cobaye à Luke ont
été tués. Commence alors un terrible retour
en arrière.
Ayant passé
une annonce pour rencontrer des enfants muets, Luke est contacté
par Karen Olerud, mère d’un enfant autiste qui ne parle
pas. Faute de pouvoir communiquer avec le gamin, Luke noue une étrange
relation avec sa mère à qui il vient faire l’amour
régulièrement pendant qu’elle fait semblant
de dormir ; mais dans un brutal accès de violence, il quitte
définitivement la maison. Il rencontre ensuite Lillian, une
jeune femme muette et quelque peu attardée, il tient enfin
le moyen idéal de mettre sur pied son expérience.
Lillian tombe rapidement enceinte et meurt après avoir accouché
de deux jumeaux, ceux sur qui notre froid narrateur pratiquait une
laryngotomie au début du livre. S’enfonçant
dans l’implacable spirale de son ignoble projet – et
de sa folie –, Luke ne nous épargne aucun détail
scabreux et nous mène au bout de l’horreur.
Basé
sur une réflexion philosophique qui en fera méditer
plus d’un, La maison Muette est
le résultat de l’idée géniale qu’a
eu John Burnside de construire une trame romanesque autour d’un
narrateur complètement amoral et d’une expérience
– presque – scientifique. La plume de l’auteur
est d’une précision chirurgicale lorsqu’il nous
décrit le quotidien des jumeaux, tout en sachant se faire
plus poétique pour narrer la profonde relation qui unit Luke
à sa mère (personnage omniprésent dont la longue
maladie est largement exposée). Du début à
la fin, La Maison muette est un chef d’œuvre
sans faille.
Anne
Weber
(novembre 2003)

Editions
Métailié
http://www.metailie.info/
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