Sweat tea
Silvertone records, 2001

 

A l'écoute du premier morceau, on se dit, il l'a fait ! Buddy Guy a fait quoi ? Un grand album de blues comme tous ses admirateurs de la première heure n'osaient plus l'espérer… Premier morceau, la reprise de Done got old (Junior Kimbrough), guitare acoustique, voix à fleur de peau, frêle, en demi-teinte, frisson garanti… Du grand Buddy Guy, génial, sans esbroufe, à mille lieues de ses excès rockisants. La suite de ce nouveau CD s'avère au plus au point excitante d'autant plus que la moitié des morceaux sont des reprises du défunt chanteur / guitariste Junior Kimbrough, une grande figure du Delta blues moderne et Buddy Guy dit avoir été totalement subjugué à l'écoute de ses disques ; alors, un album hommage à ce musicien, créateur au même titre que RL Burnside d'une sorte de delta bluesfunk, pourquoi pas ?

Mais, car il y a un mais, dès le deuxième morceau c'est la chute libre, nos illusions s'envolent, oh ! misère c'est le grand bond en arrière : rien à dire du groupe qui l'accompagne, pour la plupart des musiciens du Mississippi aguerris ( l'ex-batteur de T. Model Ford Spam, le bassiste Dave Faragher, le guitariste Jimbo Mathus et sur quelques titres le légendaire batteur Sam Carr). Mais c'est Buddy Guy lui-même qui est à mettre en cause et en particulier son jeu de guitare saturé, lourdaud, complètement inadapté à ce delta blues moderne ; là où les solos de Junior Kimbrough étaient économes, d'une expressivité rare, ceux de Buddy Guy sont sans intérêt, bavards et hors sujet. On sent bien l'influence de Junior Kimbrough ici et là mais tout est tellement robotisé, carré, calculé que le feeling n'est plus de la partie ; hommage à Junior Kimbrough ? Ce dernier doit se retourner dans sa tombe et se boucher les oreilles tant cet album sent le réchauffé, et même la reprise de Stay all night s'écoute avec dégoût quand on connaît la version originale.

Hormis ce premier morceau d'anthologie, seul l'emballant Who's been foolin' you, où l'on retrouve un Buddy Guy à son avantage grâce à un solo de guitare lumineux et limpide et l'ultime titre, à l'atmosphère orageux, It's a jungle out there (Buddy Guy) sauvent les meubles d'un album à vite oublier (on commence à en avoir l'habitude avec ce bluesman). Hé Buddy, tu pourrais te forcer un jour, et nous offrir un véritable album de blues, juste comme ça, pour le fun, aller soit sympa…

Régis

 

http://www.buddyguys.com/

http://www.geocities.com/BourbonStreet/7338/

http://www.vanguardrecords.com/guy/