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Se
jouer du temps et traverser les siècles
Le célèbre
peintre néerlandais aimait à représenter les
petites gens et les paysans, et ses toiles, au-delà de toute
considération esthétique, sont aussi les précieux
témoignages, entre fantaisie joyeuse et réalisme pointu,
d’une époque et de ses fêtes, de modes de vie
révolus, qui peuvent pourtant encore faire sens aujourd’hui
et « parler » aux enfants.
L’oeuvre que l’auteure a choisie de commenter à
sa manière dans l’espoir d’inciter les plus jeunes
à s’ouvrir à l’art pictural, s’intitule
très justement « Les Jeux d’enfants
» (peinte en 1560, exposée au Kunsthistoriches Museum,
à Vienne, Autriche) : sur cette place d’un village
de Flandres (des échoppes, une église, une rivière
et, à l’arrière-plan, un paysage champêtre),
c’est un joyeux chaos auquel nous assistons — près
de deux cent cinquante enfants partagent de multiples jeux et des
dizaines d’activités, dont certaines ont disparu mais
pas toutes… Certains jouent à saute-mouton, aux cerceaux,
à la toupie, aux acrobates, d’autres forment des rondes
ou des farandoles, d’autres encore montent sur des chevaux
de bois, grimpent aux arbres ou bien… se chamaillent et se
bagarrent.
En isolant certaines de ces scènes et en leur redonnant vie
différemment (à l’aide de tirettes que peut
animer le lecteur, en révélant pléthore de
détails et de saynètes amusantes qui se découpent
sur des fonds aux teintes vives qui tranchent avec les ocres et
les bruns du peintre), Marie Barguirdjian Bletton met l’accent
sur les détails de la peinture – de petits éléments
sur lesquels des yeux non avertis auraient tendance à ne
point s’arrêter tant ils sont abondants.
« Chaque tableau est une image à lire »
écrit Marie Barguirdjian Bletton (parlant au nom du peintre)
et leur réalisation suppose de grandes qualités d’observation…
une compétence qui sera exigée des lecteurs qui, en
fin d’ouvrage, sont encouragés à retrouver quelques
scènes sur la toile présentée dans sa totalité
– une activité à rapprocher de la démarche
d’Ursus Wehrli qui, dans
L’Art en bazar, a lui aussi exploité
avec succès une œuvre de Bruegel (Le combat entre
carnaval et carême), en dissociant le décor des
personnages : un procédé déconstructionniste
(qui sert à la fois le ludique et le pédagogique)
que l’on retrouve tout au long de l’ouvrage de Marie
Barguirdjian Bletton.
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Ce
bel ouvrage, qui fonctionne à la manière d’un
étonnant jeu de piste, a bénéficié
d’une réalisation impeccable ; il est une invitation
à regarder autour de soi, à remarquer d’infimes
éléments que nos esprits saturés d’informations
visuelles occultent souvent et, bien entendu, il nous ouvre
les portes d’un univers en apparence simple et innocent,
dont la richesse demeure pourtant incomparable ; un monde
proche et lointain à la fois dans lequel l’enfant,
accompagné ou non dans sa lecture, aura certainement
envie de pénétrer – littéralement
!
Blandine
Longre
(janvier 2005)
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