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Tu
seras un homme, mon petit-fils…
Né en
1946 en Angleterre, Bruce Robinson se lance à la fin des
années soixante dans une carrière d’acteur assez
peu probante selon ses propres dires. Vite lassé des trop
longues périodes de chômage, il devient scénariste
- The Killing Fields (1984), Whitnail and I (1986),
entre autres, lui valent succès public et respect de la profession,
puis il franchit une nouvelle étape en 1998, avec la sortie
de ce premier roman, particulier à souhait.
The Peculiar Memories of Thomas Penman
raconte l’histoire d’un jeune garçon pas franchement
bien sous tous rapports dans l’Angleterre ouvrière
des années cinquante. Amateur d’alcool et de tabac,
expert en explosifs, Thomas trouve un malin plaisir à épier
les membres de sa famille et à fouiller, dès qu’il
le peut, la vieille bâtisse victorienne dans laquelle ils
demeurent, à la recherche d’une clé qui lui
ouvrira la porte du paradis – l’impressionnante collection
d’images pornographiques de Walter, son grand-père.
Une tendre complicité unit ces deux personnages — bouffée
d’oxygène dans une atmosphère par ailleurs étouffante.
Thomas semble cristalliser le malaise et le dysfonctionnement des
siens, provoquant l’exaspération de sa mère
et de sa grand-mère, le mépris de sa sœur et
la haine de son père. Afin d’exprimer sa rébellion,
il utilise ses excréments comme moyen de communication, se
souillant à volonté et dissimulant ses étrons
dans des endroits improbables.
Pourtant, beaucoup d’intelligence et de sensibilité
se cachent sous ce masque peu avenant. Le vieil homme l’a
bien compris et se sachant condamné par la maladie offre
à Thomas une clé symbolique, celle-là qui permettra
à son petit-fils d’accéder à sa véritable
identité. Thomas devient le confident privilégié
avec qui Walter évoque pour la première fois Adèle,
rencontrée pendant la Première Guerre mondiale –
son premier et seul amour. Une passion de même intensité
naît bientôt entre Thomas et la ravissante Gwendolin
– la tentation pornographique perdant alors son attrait. L’adolescent
se transforme en chevalier servant, éperdu d’admiration,
maladroit et profondément émouvant dans des passages
empreints d’une réelle poésie.
Bruce Robinson passe du lyrisme à la grossièreté
la plus absolue sans aucune difficulté tout au long de ce
drôle de roman d’éducation qui mêle le
tragique au comique tarte à la crème et prend aussi
souvent des airs d’autobiographie déguisée.
L’un des points communs les plus évidents entre l’auteur
et son héros reste la fascination pour la vie et l’œuvre
de Charles Dickens. À l’instar
de Bruce Robinson, Thomas grandit dans une ville où l’écrivain
a vécu. Source d’inspiration pour le premier, David
Copperfield, roman autobiographique bien sûr, est aussi
le livre préféré du second qui l’offre
en version originale à l’élue de son cœur.
Bruce
Robinson partage visiblement le goût de Dickens pour la
caricature, proposant une réjouissante galerie de personnages
secondaires, redoutablement bien saisis dans leurs travers respectifs.
Jalousie, méchanceté, bêtise, rigidité
etc. …., la liste n’est pas exhaustive !
Sans doute peut-on également comparer The Peculiar
Memories of Thomas Penman à l’œuvre culte
de J. D. Salinger, Thomas et Holden Caulfield éprouvant
un écœurement similaire face au monde des adultes.
« Ce qui me met vraiment K. O., explique l’Attrape-Cœurs,
c’est un livre dont vous aimeriez, lorsque vous l’avez
fini, que l’auteur soit un terrible copain à vous,
de manière à pouvoir l’appeler au téléphone
quand vous en avez envie. »
La citation convient parfaitement à ce roman jubilatoire. |
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Florence
Cottin
(juillet 2005)

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