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Roman
de l'exil
Dans
ce second roman paru en 1980 et réédité à
présent par Grasset dans sa collection Les Cahiers Rouges,
Bruce Chatwin s’est inspiré de l’histoire véridique
de Fransisco Manoel da Silva, un négrier brésilien
de race blanche ; mais après une enquête qui l’a
conduit au Dahomey (actuel Bénin) puis au Brésil,
l’écrivain voyageur a composé une fiction, pour
cause d’informations trop lacunaires.
Le roman convie
d’abord le lecteur aux retrouvailles des descendants multiples
du héros qui, de tous coins de la planète, viennent
commémorer son souvenir à travers un festin opulent.
La fête est interrompue par l’agonie de Mama Wewe, la
propre fille blanche de Dom Francisco, à qui la communauté
voudrait bien extirper le secret de la fortune cachée de
son père. Les souvenirs de la centenaire sur son lit de mort
nous plongent enfin dans l’épopée de da Silva.
Au sortir d’une enfance miséreuse dans le Nord-Est
brésilien et plusieurs années d’errance, il
se lie d’amitié avec Joaquim Coutinho, le fils d’un
riche propriétaire terrien. Sur les conseils de ce dernier
et après un bref séjour à Bahia, il part tenter
fortune à Ouidah, d’où proviennent les esclaves
les plus réputés. Sur place, il accède au statut
de vice-roi, par l’entremise du nouveau monarque dont il a
su s’attirer les faveurs, puis il tente, sans succès,
de développer le commerce de l’esclavage avec l’Europe,
à une époque où l’abolitionnisme finit
par vaincre les vieux démons. Tombé en disgrâce
en Afrique, il essaie, également en vain, de renouer les
liens avec sa terre natale — où il est resté
indésirable — en y envoyant étudier son fils
aîné. Puis il favorisera, ironie de l’histoire,
le retour d’esclaves affranchis au pays en créant une
sorte de «petit Brésil».
Adoptant une
narration dense et haute en noirceurs, Bruce Chatwin dépeint
de façon pittoresque les multiples péripéties
qui jalonnent l’histoire de da Silva dans les univers tout
aussi impitoyables que sont la campagne désolée du
Noroeste («Des rats descendirent le long des cordes du
hamac de Francisco Manoel et le mordirent pendant son sommeil. Des
serpents à sonnettes entrèrent dans la cour, attirés
par tout ce qui était encore en vie. Lorsqu’une marabunta
de fourmis légionnaires traversa la maison, la femme ne trouva
que la force de sauver une casserole de farine de manioc et quelques
pans de viande de bœuf séchée au vent.»)
ou cette Sparte Noire que fut le royaume du Dahomey.
Dans ce roman de l’exil, l’écrivain entrecroise
les destinées des déracinés (da Silva puis
les victimes de l’esclavage) qui garderont toute leur vie
en mémoire le souvenir de leur patrie originelle. En refermant
Le vice-roi de Ouidah, on pourra méditer
sur ce proverbe de négrier : « Prends bien garde.
Au golfe du Bénin, pour un qui part, quarante qui arrivent
».
Olivier
Weber
(mars 2003)
Le Vice-Roi de Ouidah
a été adapté au cinéma par Werner Herzog,
sous le titre Cobra Verde.

http://www.edition-grasset.fr
http://www.mindspring.com/~canner/chatwin.htm
http://jm.saliege.com/Chatwin.htm
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