Des auteurs libres, des lecteurs libres
"Un
livre n'est pas un évangile à prendre en entier
ou à laisser. Il est une suggestion, une proposition
- rien de plus. C'est à nous de réfléchir,
de voir ce qu'il contient de bon et à rejeter ce que
nous y trouverons d'erroné." (Kropotkine, 1909)
Les livres
relatant, commentant, louant, commémorant (etc.) Mai 68
pullulent dans les librairies (et pas seulement libertaires) et
puisqu’on se trouve en plein revival rebelle, parlons aussi
du numéro 84 de la revue Brèves
(créée en 1976 par Martine et Daniel Delort - «
doyenne des revues de nouvelles », comme l’écrit
René Godenne dans La nouvelle de A à
Z – éditions Rhubarbe), consacré
aux « retourneurs d’idées » : les écrivains
anarchistes de la fin du XIXe siècle. L’anarchie,
un « mouvement qui va le mieux permettre aux écrivains
de concilier engagement et liberté » (nous dit
Caroline Granier dans sa lumineuse introduction), très
loin de toute idéologie figée, du dogmatisme et
de la langue de bois des politiciens (de droite ou de gauche),
et les amener à transmettre et à s’engager
par le biais de leurs écrits, prenant conscience du rôle
« social » de l’écrivain mais aussi de
son indépendance, vis-à-vis des pouvoirs en place
ou de leurs pairs.
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Il
ne s’agit pas, en effet, d’un « mouvement
» littéraire unifié, même s’il
est possible de « cerner un ensemble de tentatives,
de réalisations, dont le projet vise à ne pas
séparer la littérature des autres manifestations
de la vie. » Littérature de réflexion
et de lutte, donc (qui doit cependant éviter l’écueil
de la propagande) mais aussi d’émotions (plus
parlantes que les grandes théories), les écrits
de ces « retourneurs » ou « stimulateurs
d’idées » incitent les lecteurs à
s’affranchir des « fictions sociales » et
de la domination en général (celle du capital,
de l’économie ou des arbitraires), en s’appuyant
sur des histoires, des contes ou des fables, mais aussi des
chansons, du théâtre, des romans et, bien évidemment,
des nouvelles… dont un échantillonnage est proposé
dans ce numéro, de Florentine,
de Georges Darien, aux Vampires
de Louise Michel (un récit où nécrophagie,
faits divers et injustice sociale sont mêlés),
sans omettre L’arrivée du colon
d’Isabelle Eberhardt (une voyageuse dont on lira une
autre nouvelle dans l’anthologie d’Eric Dussert,
La littérature est
mauvaise fille), Le Noyé
de Victor Barrucand (un texte très moderne par sa forme
oralisée), ou encore des auteurs plus connus, comme
Octave Mirbaud ou Jules vallès. |
Eric Dussert,
de son côté, s’est penché sur le cas
de l’énigmatique Flor O’Squarr, qui relate,
dans Sous la Commune, une histoire d’amour
non moins énigmatique (où une jeune femme refuse
de se donner à son amant à moins de se sentir en
danger…) et dont le livre documentaire, les Coulisses
de l’anarchie (1892), s’est vu d’emblée
fermement critiqué par les vrais anarchistes. Pour clore
ce numéro spécial, un hommage est rendu à
la revue « d’art et d’humeur » Le
Fou parle, créée en 1977 par Jacques
Vallet, Albert Meister et Philippe Ferrand, et disparue en 1984,
dans un dossier dédié à cette aventure collective
en marge, forcément dérangeante, qui se revendiquait
du courant libertaire.
Blandine
Longre
(avril 2008)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais,
est l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et
critique littéraire, elle s’intéresse tout
particulièrement aux écritures contemporaines (francophone,
anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature
pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation)
et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.
http://blongre.hautetfort.com

Lire
aussi
la présentation de la revue
Revue Brèves
n° 79 - Automne 2006 La Nouvelle-Zélande
http://www.atelierdugue.com/
commander
en ligne
http://www.lekti-ecriture.com/editeurs/-Atelier-du-Gue-.html
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