Théâtre de la Croix-Rousse
du 11 au 22 mars 2003


texte de Brecht
mise en scène Philippe Vincent

 

Traduction : Bernard Chartreux, Eberhard Spreng et Jean-Pierre Vincent
Dramaturgie : Irène Bonnaud
Collaboration artistique : Bertrand Saugier
Scénographie : Jean-Philippe Murgue
Costumes : Cathy Ray
Lumières : Hubert Arnaud
Musique : Daniel Brothier
Son : Emmanuel Sauldubois

Avec
Stéphane Bernard, Yves Bressiant, Claire Cathy, Gilles Chabrier, Anne Ferret, Jean-Claude Martin, Anne Raymond

Production : Compagnie Scènes / Théâtre de La Croix-Rousse

Galy Gay ne savait pas dire non. Parti acheter du poisson, il finit mercenaire. Voici la comédie d’un homme qui accepte de renoncer à lui-même pour survivre dans un combat collectif. Avec Homme pour homme, Brecht voulait écrire une pièce légère qui fasse recette... En voici la lecture contemporaine de Philippe Vincent : une comédie engagée dans le monde d’aujourd’hui !

Théâtre de la Croix Rousse
Lyon 4°
renseignements et location
04 72 07 49 49

Homme pour homme

La 1ère version de Mann ist Mann a été écrite en 1926, période pendant laquelle le parti hitlérien est en pleine ascension, dans une Allemagne humiliée par le traité de Versailles. C’est l’histoire d’un homme simple, Galy Gay, qui, simplement parti acheter un poisson, rencontre un peloton de trois militaires, à la recherche d’un quatrième soldat. Galy Gay, homme transformable et malléable à souhait, se laisse enrôler, prenant le nom de celui qu’il remplace, et allant même jusqu’à oublier l’existence de sa propre femme. Galy Gay, comme ces anti-héros des contes philosophiques et satiriques du XVIIIème siècle, nous entraîne dans un pays de fantaisie, où se joue le sort du monde et de l'homme du XXème siècle, pris entre l'anonymat des foules et l'individualisme, sur fond de conflit armé.

Cette œuvre fait partie des « pièces didactiques » de Brecht, et a donc pour finalité de délivrer un enseignement. Le théâtre didactique de Brecht appartient au genre révolutionnaire fondé sur la volonté de plaire et d’instruire de la tradition classique, mais reflète aussi un nouveau type de personnage, et une forme dramatique originale. Cicéron se demandait si l’union du plaisir et du savoir est toujours harmonieuse… Complexité inhérente au genre, que Philippe Vincent a eu, semble-t-il, quelque peine à surmonter ! Il n’a, en effet, pas suffisamment rendu accessibles les propos de Brecht. Sa mise en scène n’est pas didactique : elle perd le spectateur plus qu’elle ne lui révèle les vérités brechtiennes. Rien ne semble fait pour éveiller la sensibilité du spectateur aux propos de la pièce et à son humour, alors que c’est initialement une comédie. Le ton monocorde des comédiens masculins, qui nous berce plus qu’autre chose, la scénographie extrêmement moderne et épurée, avec pour tout décor quatre lampes rouges et une dizaine de chaises de même couleur, une bande-son quasi inexistante (bruit de talons, de grattement de barbe…) renvoient une impression générale de froideur, fraîchement accueillie par le public (applaudissements peu convaincus). Pourtant, Philippe Vincent cherche à immerger le public à l’intérieur même de sa fabrication théâtrale : les comédiens sont toujours tournés vers la salle, de plus, quand ils sortent de scène, c’est pour se retrouver dans les gradins, avec les spectateurs : leur voix proviennent du public… de là à penser que c’est lui qui s’exprime !

Le metteur en scène, qui signait habituellement son travail par une utilisation massive d’écrans, et mêlait allègrement le 7ème art au théâtre, a pris ici le parti du dépouillement : « Tous les comédiens jouent face au public, avec trois fois rien comme décor », dit-il. La scène finale reprend tout de même son matériau favori : un mur descend sur scène, contre lequel des taches de peinture et un compte à rebours sont projetés, servant aussi de support à une musique puissante, contrastant avec la sobriété de la bande-son, (avec notamment le mythique morceau de Jimmy Hendrix reprenant l’hymne américain et mimant les bombes de la guerre du Vietnam). Quand ce mur de projection, interlude symbolisant la guerre, se relève, il laisse apparaître un plateau saturé de lumière, avec tous les comédiens en ligne, se détachant comme sur une ligne d’horizon. La pièce se clôt donc sur un effet visuel très intéressant.

Hélas, ce choix du dépouillement n’amène pas forcément la clarté (qui lui fait défaut depuis ses dernières productions). C’est dommage car il y a pourtant une vraie réflexion sur la pensée brechtienne (comme la tentative de distanciation) dans le travail de Philippe Vincent, et une économie de moyens qui vise à épurer au maximum l’art théâtral. Ce spectacle génère un questionnement de fond sur le théâtre, sur son utilité, sur les personnages et leurs rôles. Mais il faut connaître parfaitement l’œuvre de Brecht et le travail de P. Vincent pour pouvoir accéder à la compréhension de cette pièce, qui reste un peu hermétique.

Emilie Jullin
(12 mars 2003
)

Brecht sur Sitartmag

La vie de Galilée, Jean-François Sivadier, 2003
Un petit Mahagonny, ENSATT, avril 2002
Mère Courage, TNP, janvier 2002

La bonne âme du Setchouan ENSATT, juin 2001
Fatzer, les subsistances, Lyon mai 2001 (Philippe Vincent)
La vie de Galilée, Maison de la Danse/ Théâtre de la Croix-Rousse, octobre 2000

du même metteur en scène
Richard III
Fatzer

Le théâtre de la Croix-Rousse
http://www.croix-rousse.com/