Villes enfuies
Benoît Peeters

Les Impressions nouvelles, 2007

 

 

 

Les villes phénix ou la renaissance des lieux

« L’exotisme se meurt, Segalen le notait déjà voici un siècle. Aujourd’hui, les derniers lointains s’évanouissent, sous les assauts d’un voyagisme en passe de devenir la première industrie mondiale ». L’auteur voudrait-il nous asséner des leçons sur la manière de bien voyager ? Non : il raconte, il évoque, il écrit, tout simplement, sur des réalités vécues et imaginées, sur des souvenirs proches et lointains, sur des itinéraires qu’il nous invite à suivre à notre tour.

Les cinq textes qui composent Villes enfuies ont été composés entre 1980 et 2005, revus et remaniés pour l’occasion. « Nul lieu n’était pour lui un simple lieu mais un réservoir de sensations et d’images ». Au bout de la diversité, tout converge vers les sensations et les images, cette attirance pour les lieux autres, cette fascination pour le déplacement, pour le transport – métaphore du mouvement de la vie. Dans la longue nouvelle intitulée « Prague, un mariage blanc », où alternent les évocations de la révolution communiste de 1948 et du régime totalitaire des années 1980, le héros se reconnaît bien là : « Il voudrait se lancer dans un voyage qui n’en finirait pas, un voyage soumis à des règles obscures et compliquées, lui faisant traverser d’innombrables villes dont il ne connaîtrait même pas le nom, des villes que relierait un fil ténu, par exemple leurs ponts, des villes qu’il ne regarderait jamais, des villes qu’il aimerait seulement quitter ».

De ville en ville, nous apprenons à voir, à reconnaître, à imaginer. Entre Bruxelles et Prague, Berlin et Reykjavik, Florence et Québec, Moscou et Vladivostok (par le Transsibérien démythifié et remythifié), Düsseldorf et Sarajevo, Dubrovnik et Bangkok, on n’en finirait pas d’énoncer, pour le plaisir, pour la musique, les noms de ces cités non seulement « enfuies », mais aussi enfouies dans nos mémoires et dans nos rêves, ces villes dont Benoît Peeters dit à juste titre que c’est par « un détail infime, une anecdote dérisoire » qu’elles vivent en nous.

Jean-Pierre Longre
(juillet 2007)

Jean-Pierre Longre enseigne la littérature contemporaine à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur de revues, il a participé à la publication des romans de Queneau dans la Bibliothèque de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison des arts (littérature, musique, peinture) et effectue des recherches sur les littératures francophones (Roumanie et Belgique en particulier). Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau en scènes (Presses Universitaires de Limoges, 2005) et Jean Prévost aux avant-postes (Collectif, avec William Marx, Les Impressions Nouvelles, 2006).

 

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