|
Les
villes phénix ou la renaissance des lieux
« L’exotisme
se meurt, Segalen le notait déjà voici un siècle.
Aujourd’hui, les derniers lointains s’évanouissent,
sous les assauts d’un voyagisme en passe de devenir la première
industrie mondiale ». L’auteur voudrait-il nous
asséner des leçons sur la manière de bien voyager
? Non : il raconte, il évoque, il écrit, tout simplement,
sur des réalités vécues et imaginées,
sur des souvenirs proches et lointains, sur des itinéraires
qu’il nous invite à suivre à notre tour.
Les cinq textes
qui composent Villes enfuies ont été
composés entre 1980 et 2005, revus et remaniés pour
l’occasion. « Nul lieu n’était pour
lui un simple lieu mais un réservoir de sensations et d’images
». Au bout de la diversité, tout converge vers
les sensations et les images, cette attirance pour les lieux autres,
cette fascination pour le déplacement, pour le transport
– métaphore du mouvement de la vie. Dans la longue
nouvelle intitulée « Prague, un mariage blanc »,
où alternent les évocations de la révolution
communiste de 1948 et du régime totalitaire des années
1980, le héros se reconnaît bien là : «
Il voudrait se lancer dans un voyage qui n’en finirait pas,
un voyage soumis à des règles obscures et compliquées,
lui faisant traverser d’innombrables villes dont il ne connaîtrait
même pas le nom, des villes que relierait un fil ténu,
par exemple leurs ponts, des villes qu’il ne regarderait jamais,
des villes qu’il aimerait seulement quitter ».
 |
De
ville en ville, nous apprenons à voir, à reconnaître,
à imaginer. Entre Bruxelles et Prague, Berlin et Reykjavik,
Florence et Québec, Moscou et Vladivostok (par le Transsibérien
démythifié et remythifié), Düsseldorf
et Sarajevo, Dubrovnik et Bangkok, on n’en finirait
pas d’énoncer, pour le plaisir, pour la musique,
les noms de ces cités non seulement « enfuies
», mais aussi enfouies dans nos mémoires et dans
nos rêves, ces villes dont Benoît Peeters dit
à juste titre que c’est par « un détail
infime, une anecdote dérisoire » qu’elles
vivent en nous.
Jean-Pierre
Longre
(juillet 2007) |
Jean-Pierre
Longre enseigne la littérature contemporaine
à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études
sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur
de revues, il a participé à la publication des romans
de Queneau dans la Bibliothèque
de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison
des arts (littérature, musique,
peinture) et effectue des recherches sur les littératures
francophones (Roumanie et Belgique
en particulier). Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau
en scènes (Presses Universitaires de Limoges,
2005) et Jean
Prévost aux avant-postes (Collectif,
avec William Marx, Les Impressions Nouvelles, 2006).

www.lesimpressionsnouvelles.com
|