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Petit
manuel de (sur)vie, de A à Z
En 26 épisodes,
de A à Z, Jonathan Trigell fait le récit des tribulations
du "garçon A", relâché après
plusieurs années de prison. Enfermé depuis l'enfance
pour un crime que nous devinons abominable, il ne connaît
rien du monde extérieur et, comble de l'ironie, c'est la
police qui veille sur lui après sa libération : pour
lui éviter d'être reconnu par la presse à scandales
et d'être livré à la vindicte populaire, on
lui fournit une nouvelle identité, un logement, et un travail
de livreur. Le "garçon A" (ainsi désigné
lors de son jugement, pour le distinguer de son complice, le "garçon
B") s'appelle maintenant Jack, et fait ses premiers pas
en tant que citoyen libre à l'âge de 24 ans, en sachant
que la moindre erreur lui vaudra d'être emprisonné
à nouveau.
Jack est inévitablement déstabilisé mais sa
réinsertion semble d'abord bien se dérouler. Tony,
un éducateur qui l'a pris sous son aile alors que Jack n'était
qu'un enfant, s'est installé non loin de son protégé
et le rencontre régulièrement : l'amitié qu'ils
partagent s'est muée en une relation père-fils gratifiante
pour Tony et salvatrice pour Jack. Sur son lieu de travail, le jeune
homme est confronté à des expériences toutes
neuves : l'amitié (son coéquipier, Chris, l'adopte
rapidement et les autres employés ne tardent pas à
le considérer comme un des leurs) et l'amour (lui qui n'a
jamais connu de femmes auparavant). Bien sûr, personne, excepté
Tony, ne connaît son passé et son histoire singulière,
et le poids du mensonge et de ses fautes devient insupportable.
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Le
récit de cette réinsertion peu commune (Jack ne
perd jamais de vue que les tabloïds sont à sa recherche)
est palpitante, et narré de telle façon que ce
n'est que progressivement que le lecteur est mis au fait du
crime commis par Jack lorsqu'il n'était qu'un enfant.
Ainsi, un chapitre sur deux est dédié au passé
troublé du protagoniste : l'enfance d'un petit garçon
maltraité par ses pairs, délaissé par ses
parents, l'implacable système judiciaire (Jack, à
quelques mois près, aurait pu être jugé
comme un enfant...), le cynisme des psychologues chargés
de le suivre (et, accessoirement, de le faire avouer un crime
auquel il ne comprend rien), les épreuves infligées
par l’univers carcéral... Tout est recensé,
exploré, examiné à la loupe, avec compassion,
certes, mais surtout avec un réalisme qui ne s’embarrasse
pas de réponses toutes faites. |
Jonathan Trigell
montre comment une victime peut devenir un coupable et réciproquement,
comment les enfants peuvent recourir à des jeux cruels pour
tromper leurs souffrances, et comment un petit garçon a pu
devenir un "monstre", une erreur de la nature
et ainsi détruire la vision idyllique que la société
a créé de ce temps de l'innocence. Mais en filigrane,
l’auteur accuse une société plus prompte à
punir qu'à comprendre, où il est plus aisé
de pointer du doigt que pardonner ou de remonter à la source
d'un crime.
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Ce
premier roman mérite des encouragements pour l'intensité
des sentiments qu'il renferme et la profondeur de la réflexion
engagée ; de même, la construction narrative,
qui laisse planer l'ambiguïté — on ne cesse
de se demander si Jack est
capable d'assumer sa nouvelle existence et le flottement identitaire
qui lui a été imposé — est habile,
et brosse un portrait sans complaisance d'un jeune homme que
sa vaillance ne suffira peut-être pas à sauver.
B.
Longre
(mai 2004) |
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

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