Adieu Fombonne
Castor Astral, Millésimes, 2005

 

 

Un immense « petit maître ».

Disparu en pleine maturité littéraire, Emmanuel Bove a laissé une œuvre d’une importance considérable qu’après un purgatoire de plusieurs décennies le public a pu redécouvrir, notamment grâce aux rééditions du Castor astral.
Cette fois, nous retrouvons son nom parmi les cinq premiers titres de la nouvelle collection de poche « Millésimes », avec Adieu Fombonne, paru initialement en 1937 chez Gallimard. Les lecteurs goûteront ici au laconisme ravageur, à l’économie narrative si efficace, au style acéré de l’auteur de Mes amis et du magistral Le Pressentiment. Dans des ambiances confinées qui ne sont pas sans rappeler les meilleurs romans durs de Simenon – mais avec moins de brutalité et de sécheresse – Bove s’est attaché à décrire des êtres en rupture, à l’intimité souvent dérangeante, et à explorer les failles du quotidien de la moyenne bourgeoisie, engoncée dans ses principes, ses habitudes et ses faux-semblants. Et c’est bien dans ce genre d’atmosphère que nous voyons se dessiner la silhouette de Maurice Digoin, se dérouler dans un parfum de scandale ses drames minuscules, pour finalement le voir s’engouffrer dans quelque compartiment de train, vers cette banlieue incertaine qui s’appelle le Destin… Un livre qui réjouira les amateurs confirmés de Bove et permettra aux novices d’entrer dans l’univers d’un immense « petit maître » de la littérature française.

Frédéric Saenen
(octobre 2005)

Frédéric Saenen, licencié en philologie romane, professeur de français-langue étrangère, auteur et poète, collabore à de nombreuses revues de poésie ou de critique littéraire, en Belgique et en France et participe régulièrement à des lectures publiques. Depuis mai 2003, avec Frédéric Dufoing, il anime Jibrile, revue de critique littéraire et politique.

Millésimes

C'est le nom de la collection de poche que lance Le Castor Astral ce 14 octobre pour fêter ses 30 ans d'édition.
Chaque trimestre, dès février 2006, de nouveaux titres viendront enrichir cette collection qui, tout en puisant dans le fonds de catalogue du Castor Astral, proposera des titres venus d'horizons divers.

Les 4 autres premiers titres :
André-Marcel Adamek - La couleur des abeilles
René Guy Cadou - La maison d'été
Francis Dannemark - La longue promenade avec un cheval mort
Hervé Le Tellier - Les amnésiques n'ont rien vécu d'inoubliable

 

les brèves

 

Le Pressentiment d’Emmanuel Bove, Le Castor astral, 2006

Bove, tout simplement. On ne cesse, depuis quelques années, de redécouvrir le talent d’Emmanuel Bove, et cette fois, c’est l’adaptation cinématographique d’un de ses meilleurs textes qui le ramène sur le devant de la scène. Jean-Pierre Darroussin a en effet choisi de porter à l’écran Le Pressentiment, roman pudique et intense à la fois, où la réputation d’un homme, l’avocat Charles Benesteau, en rupture avec sa famille et son milieu, va être mise en péril par la malveillance acharnée de son voisinage. La touchante préface de l’acteur marque l’intimité, et pour ainsi dire l’amitié in abstentia, qui le lie de longue date avec Bove. Evoquant la distance qui séparait ce travailleur infatigable de ses personnages velléitaires et oblomoviens, Darroussin cerne avec justesse et simplicité cet homme « qui savait se fondre, qui savait ne pas être là, tout en étant attentif. Un homme libre aussi. Méfiant de tout ce qui pouvait le classer, l’étiqueter ».
Cette réédition, basée sur la version définitive du texte initialement publié chez Gallimard en 1935, constitue sans doute l’introduction idéale à l’exploration d’une œuvre dense, dont les autres titres incontournables demeurent Mes amis, L’Amour de Pierre Neuhard et le sublime Cœurs et visages.
F. Saenen (oct. 2006)

 

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