Boum
Medium de L'école des loisirs, 2005
à partir de 12 ans

 

 

Le bouillonnement des souvenirs

Célestino, devenu adulte, essaie vainement d’écrire « une vieille, vieille histoire… » issue de son enfance. Ce jour-là, flânant dans une librairie romaine et se sentant peut-être plus inspiré que d’habitude, il achète un bloc de feuilles et des crayons. Dans la boutique, un « incident » se produit : une jeune fille dérobe sous ses yeux quelques précieux briquets. Célestino parvient à maîtriser la voleuse en furie mais la laisse filer après avoir récupéré la marchandise. C’est alors que ses souvenirs se mettent à « bouillir »…

La bataille muette avec l’adolescente, les échanges de regards, cette perception d’impatience et de haine, réveillent la mémoire d’un autre affrontement dont il tente de libérer sa mémoire. Il a quatorze ans quand sa mère l’envoie passer les vacances chez Mamita, à Vulcano, une des îles Eoliennes au nord de la Sicile. Là il y retrouve sa tante Gelsina et aussi sa cousine Rosalinda dont les deux ans supplémentaires le séparent « comme deux siècles ». La jeune fille ne pense qu’à chahuter avec le charmant domestique Nelo ; Célestino leur sert d’« alibi » pour organiser des promenades découvertes et s’échapper de la maison. A plusieurs reprises, le chemin des adolescents croise celui d’un garçon plutôt sauvage, jeune colporteur qui passe d’île en île pour vendre des babioles aux touristes. L’étranger semble convoiter la chaîne en or que Mamita a cérémonieusement donnée à son petit-fils…

Estino ne comprend pas ; toujours plein de compassion pour les êtres qu’il rencontre, ne supportant pas les sentiments «inconfortables » comme la honte ou l’ingratitude, il cherche à ne pas faire de peine, il veut qu’on l’aime. Là, il est prêt à céder le collier « trop moche » qu’il ne porte que pour faire plaisir à Mamita. Il se sent impuissant et désemparé devant l’acharnement du jeune inconnu à son égard… Des années plus tard, Célestino retrouve enfin la trame de cette courte aventure, sûr d’avoir trouvé l’explication du déchaînement insensé de violence et de hargne : toutes les incompréhensions naissent de l’absence d’une réelle communication, de l’impossibilité de se parler, d’avoir un langage commun. Mais n’est-ce pas le cas dans toutes les détresses de la vie ?

Malika Ferdjoukh travaille son récit à la première personne, ce qui lui donne un ton de confidence qui touche immédiatement le lecteur. Son expérience de scénariste permet à l’auteur d’installer ses personnages, de concevoir leurs dialogues, tout en graduant l’atmosphère peu à peu étouffante de leurs relations. Les citations de Joseph Losey et de Jules Verne, en introduction de plusieurs chapitres, atténuent l’impression de réel et la montée dramatique du texte, ramenant l’idée de fiction et le parfum de l’aventure. Le lecteur est curieux de connaître ces îles que le héros continue à aimer « malgré tout »… Dans ce décor de «cocotte-minute », imaginant l’odeur ambiante d’« œuf pourri », on parcourt avec Célestino des plages où les vagues s’échouent comme pour un concert de bongos « boum boum… », on perçoit avec lui les cœurs qui cognent d’émotions, d’envies et de peurs.

Avec talent et tendresse, Malika Ferdjoukh se penche sur les incertitudes et les questionnements de l’adolescence, sur la marque des sensations au sein de nos mémoires. Le roman parle aussi de différences et de tolérance, évoque le destin tragique de «sans papiers», rescapés de sordides expéditions. Boum est décidément une histoire qu’elle réussit à faire entendre…

Martine Falgayrac
(septembre 2005)

Martine Falgayrac, enseignante en cycle 2 dans une école élémentaire lyonnaise, est passionnée par l'apprentissage de la lecture. Cherchant à en communiquer aussi le goût et les plaisirs, elle puise dans la presse et la littérature jeunesse des supports variés et attractifs pour accompagner et motiver les enfants dans leurs découvertes. Elle collabore activement à Sitartmag depuis décembre 2003.

http://www.ecoledesloisirs.fr