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Le
bouillonnement des souvenirs
Célestino,
devenu adulte, essaie vainement d’écrire «
une vieille, vieille histoire… » issue de son enfance.
Ce jour-là, flânant dans une librairie romaine et se
sentant peut-être plus inspiré que d’habitude,
il achète un bloc de feuilles et des crayons. Dans la boutique,
un « incident » se produit : une jeune fille
dérobe sous ses yeux quelques précieux briquets. Célestino
parvient à maîtriser la voleuse en furie mais la laisse
filer après avoir récupéré la marchandise.
C’est alors que ses souvenirs se mettent à «
bouillir »…
La bataille
muette avec l’adolescente, les échanges de regards,
cette perception d’impatience et de haine, réveillent
la mémoire d’un autre affrontement dont il tente de
libérer sa mémoire. Il a quatorze ans quand sa mère
l’envoie passer les vacances chez Mamita, à Vulcano,
une des îles Eoliennes au nord de la Sicile. Là il
y retrouve sa tante Gelsina et aussi sa cousine Rosalinda dont les
deux ans supplémentaires le séparent « comme
deux siècles ». La jeune fille ne pense qu’à
chahuter avec le charmant domestique Nelo ; Célestino leur
sert d’« alibi » pour organiser des promenades
découvertes et s’échapper de la maison. A plusieurs
reprises, le chemin des adolescents croise celui d’un garçon
plutôt sauvage, jeune colporteur qui passe d’île
en île pour vendre des babioles aux touristes. L’étranger
semble convoiter la chaîne en or que Mamita a cérémonieusement
donnée à son petit-fils…
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Estino
ne comprend pas ; toujours plein de compassion pour les êtres
qu’il rencontre, ne supportant pas les sentiments «inconfortables
» comme la honte ou l’ingratitude, il cherche à
ne pas faire de peine, il veut qu’on l’aime. Là,
il est prêt à céder le collier «
trop moche » qu’il ne porte que pour faire
plaisir à Mamita. Il se sent impuissant et désemparé
devant l’acharnement du jeune inconnu à son égard…
Des années plus tard, Célestino retrouve enfin
la trame de cette courte aventure, sûr d’avoir trouvé
l’explication du déchaînement insensé
de violence et de hargne : toutes les incompréhensions
naissent de l’absence d’une réelle communication,
de l’impossibilité de se parler, d’avoir
un langage commun. Mais n’est-ce pas le cas dans toutes
les détresses de la vie ? |
Malika Ferdjoukh
travaille son récit à la première personne,
ce qui lui donne un ton de confidence qui touche immédiatement
le lecteur. Son expérience de scénariste permet à
l’auteur d’installer ses personnages, de concevoir leurs
dialogues, tout en graduant l’atmosphère peu à
peu étouffante de leurs relations. Les citations de Joseph
Losey et de Jules Verne, en introduction de plusieurs chapitres,
atténuent l’impression de réel et la montée
dramatique du texte, ramenant l’idée de fiction et
le parfum de l’aventure. Le lecteur est curieux de connaître
ces îles que le héros continue à aimer «
malgré tout »… Dans ce décor de «cocotte-minute
», imaginant l’odeur ambiante d’«
œuf pourri », on parcourt avec Célestino
des plages où les vagues s’échouent comme pour
un concert de bongos « boum boum… »,
on perçoit avec lui les cœurs qui cognent d’émotions,
d’envies et de peurs.
Avec talent
et tendresse, Malika Ferdjoukh se penche sur les incertitudes et
les questionnements de l’adolescence, sur la marque des sensations
au sein de nos mémoires. Le roman parle aussi de différences
et de tolérance, évoque le destin tragique de «sans
papiers», rescapés de sordides expéditions.
Boum est décidément une
histoire qu’elle réussit à faire entendre…
Martine
Falgayrac
(septembre 2005)
Martine
Falgayrac, enseignante en cycle 2 dans une école
élémentaire lyonnaise, est passionnée par l'apprentissage
de la lecture. Cherchant à en communiquer aussi le goût
et les plaisirs, elle puise dans la presse et la littérature
jeunesse des supports variés et attractifs pour accompagner
et motiver les enfants dans leurs découvertes. Elle collabore
activement à Sitartmag depuis décembre 2003.

http://www.ecoledesloisirs.fr
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