Bouilles
de Sarah d’Haeyer

Co-édition L’œil D’Or, Ritagada, 2005

 

 

De la nostagie...

Il est des objets qui n’évoquent rien pour les autres mais que l’on conserve ou dont on se souvient avec émotion, des jouets qui ont pu jouer un rôle essentiel, de substitution ou de consolation, fonctionnant comme talisman, porte-bonheur, et qui se rappellent à notre mémoire comme la trace fragile du temps révolu de l’enfance.
Serait-ce l’idée qui a présidé à l’élaboration de ce bel ouvrage inclassable ? Bouilles, collection hétéroclite de jouets, est certes destiné aux plus jeunes, mais les aînés le feuillètent avec joie et nostalgie mêlées, des sentiments renforcés par l’usure marquée des jouets photographiés, et délibérément mise en exergue (à travers le choix des angles de prises de vues et les gros plans) par Sarah d’Haeyer, artiste-à-tout-faire (on admirera entre autres les couvertures qu’elle a réalisées pour L’œil d’or) et fondatrice de Ritagada, très joliment désignée comme «maisonnette d'édition».
Les quelques trente jouets qui composent l’ouvrage ont une histoire, que Sarah d’Haeyer ne nous raconte pas, une manière de nous inciter à faire travailler l'imagination, à se laisser porter par ce qu’ils nous dissimulent et nous révèlent tout à la fois ; car chacun de ces jouets, de Rosita la giraffe en plastique à Paca le perroquet de tissu, a accompagné une enfance singulière qui pourrait tout aussi bien être la nôtre. Et peu importe que la peinture de Madame Babouchka et ses filles soit un peu écaillée, qu'Otto le chien ait été rafistolé, que l’âne Pedrolino n’ait pas deux yeux semblables, ou que la poupée Litchi ait perdu de son lustre, ces petites imperfections sont là pour rappeler l’érosion du temps qui passe inscrivant chaque objet dans une histoire muette et unique.

On ne peut alors s’empêcher de rapprocher cet ouvrage de Mémoires d’un Ours (Arléa, 2004) un bref roman dans lequel Françoise Carré donne la parole à un jouet aimé puis délaissé, un ours en peluche qui tâche d’accepter son destin :
« Je ne serai plus que l’image, charmante, désuète, de sa petite enfance (…) Et parmi ses souvenirs, je m’appliquerai, ardemment, à devenir Son souvenir.»

Blandine Longre
(février 2006)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

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Chez le même éditeur
Journal d'Adam et journal d'Ève de Mark Twain

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Ainsi nommée en l'honneur de Sainte Rita, patronne des causes désespérées, et de la fraise tagada, RitaGada édite depuis mars 2001 des livres pour enfants délicatement subversifs.
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