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De
la nostagie...
Il est des objets
qui n’évoquent rien pour les autres mais que l’on
conserve ou dont on se souvient avec émotion, des jouets
qui ont pu jouer un rôle essentiel, de substitution ou de
consolation, fonctionnant comme talisman, porte-bonheur, et qui
se rappellent à notre mémoire comme la trace fragile
du temps révolu de l’enfance.
Serait-ce l’idée qui a présidé à
l’élaboration de ce bel ouvrage inclassable ? Bouilles,
collection hétéroclite de jouets, est certes destiné
aux plus jeunes, mais les aînés le feuillètent
avec joie et nostalgie mêlées, des sentiments renforcés
par l’usure marquée des jouets photographiés,
et délibérément mise en exergue (à travers
le choix des angles de prises de vues et les gros plans) par Sarah
d’Haeyer, artiste-à-tout-faire (on admirera entre autres
les couvertures qu’elle a réalisées pour L’œil
d’or) et fondatrice de Ritagada, très joliment
désignée comme «maisonnette d'édition».
Les quelques trente jouets qui composent l’ouvrage ont une
histoire, que Sarah d’Haeyer ne nous raconte pas, une manière
de nous inciter à faire travailler l'imagination, à
se laisser porter par ce qu’ils nous dissimulent et nous révèlent
tout à la fois ; car chacun de ces jouets, de Rosita la giraffe
en plastique à Paca le perroquet de tissu, a accompagné
une enfance singulière qui pourrait tout aussi bien être
la nôtre. Et peu importe que la peinture de Madame Babouchka
et ses filles soit un peu écaillée, qu'Otto le chien
ait été rafistolé, que l’âne Pedrolino
n’ait pas deux yeux semblables, ou que la poupée Litchi
ait perdu de son lustre, ces petites imperfections sont là
pour rappeler l’érosion du temps qui passe inscrivant
chaque objet dans une histoire muette et unique.

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On
ne peut alors s’empêcher de rapprocher cet ouvrage
de Mémoires
d’un Ours (Arléa, 2004) un bref roman dans
lequel Françoise Carré donne la parole à
un jouet aimé puis délaissé, un ours
en peluche qui tâche d’accepter son destin :
«
Je ne serai plus que l’image, charmante, désuète,
de sa petite enfance (…) Et parmi ses souvenirs, je
m’appliquerai, ardemment, à devenir Son souvenir.»
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Blandine
Longre
(février 2006)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

http://loeildor.free.fr
Chez le même éditeur
Journal d'Adam et journal d'Ève
de Mark Twain
http://www.ritagada.com
Ainsi nommée en l'honneur de Sainte Rita, patronne des causes
désespérées, et de la fraise tagada, RitaGada
édite depuis mars 2001 des livres pour enfants délicatement
subversifs.
éditions RitaGada - 6 bis, rue d'Arcole, 59800 Lille
http://jeunet.univ-lille3.fr/rencontres/Auteurs/haeyer/haeyer.htm
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