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Quelques nouvelles de Dada
Dans la sombre
rue des Trois-Lunes, Amalia Fish (on notera la saveur du nom), l’épouse
du boucher, règne sur sa boutique et, le soir venu, sur tous
les hommes attirés derrière les grilles de la diabolique
déesse. Tel est l’argument, très succinctement
suggéré, de la première des douze nouvelles,
inédites en volume jusqu’à présent, qui
composent ce livre particulièrement bienvenu.
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Car,
comme le proclame dans sa préface Gilles Losseroy
(qui a coordonné l’édition et présente
judicieusement, en quelques lignes, chacun des textes),
«Ribemont-Dessaignes, connais pas».
En tout cas, ce Dadaïste de la première et de
la dernière heure (1884-1974) n’est pas reconnu
à sa juste (dé)mesure par les tenants de la
littérature officialisée. Ecrivain révolté
et méconnu, violent et inconvenant, excentrique et
excentré, adepte de l’humour noir et du «surréalisme
baroque», Georges Ribemont-Dessaignes a pratiqué
(outre la peinture et la musique à l’occasion)
tous les genres littéraires : poésie, théâtre,
roman, essai, nouvelle, en y imbriquant des éléments
qui ne relèvent pas traditionnellement de ces genres,
comme pour en repousser les limites. Outre Dada, il y a
chez lui du Lautréamont, du Raymond Roussel, du Georges
Bataille, du Paul Nougé (on en passe) ; surtout il
y a l’originalité décapante de Georges
Ribemont-Dessaignes.
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Les récits
brefs de La divine bouchère ne
dérogent pas à l’esprit et à la manière
de l’auteur, à cette écriture « placée
sous le signe de la rupture » à laquelle il a
accoutumé ses (quelques) lecteurs. Histoires fantastiques,
absurdes, extravagantes, hyperréalistes, morbides, démoniaques
? Fascinantes en tout cas, chacun en conviendra en suivant ces morceaux
de destinées. On n’énumérera pas ici
les personnages qui peuplent de leurs silhouettes étranges
ou ordinaires la narration louvoyante et métaphorique. On
encouragera simplement le lecteur à se laisser surprendre,
certes, et néanmoins à garder un brin de lucidité
en parcourant ces chemins, à ne pas se laisser par exemple
embarquer dans le piège de « la Belle Alphonsine »
fomenté par Borborygme, suppôt de Dieu et de Satan.
Car s’il n’y prenait garde, s’il se laissait aller
au fil des eaux noirâtres des histoires ici contées,
le lecteur aurait tôt fait de sombrer corps et biens, comme
les habitants de Roc-le-Roc, ses semblables, ses frères.
Jean-Pierre
Longre
(février 2007)
Jean-Pierre
Longre enseigne la littérature contemporaine
à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études
sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur
de revues, il a participé à la publication des romans
de Queneau dans la Bibliothèque
de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison
des arts (littérature, musique,
peinture) et effectue des recherches sur les littératures
francophones (Roumanie et Belgique
en particulier). Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau
en scènes (Presses Universitaires de Limoges,
2005) et Jean
Prévost aux avant-postes (Collectif,
avec William Marx, Les Impressions Nouvelles, 2006).

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