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Le
nouveau Bottero : quand le bricolage tend vers l’alchimie
C’est
une belle surprise que ce premier tome d’une nouvelle série
de Pierre Bottero, surtout pour ceux qui jusqu’ici n’étaient
pas des inconditionnels de cet auteur. On y retrouve toutes ses
qualités, sans les quelques défauts qui fondaient
les réticences de certains lecteurs (adultes essentiellement).
La mise en place de l’intrigue et des personnages est rapide,
précise et efficace, les dialogues sonnent juste, les stéréotypes
sont bien maîtrisés (ni trop, ni trop peu), les rôles
bien répartis, l’usage du fantastique limité
à quelques traits cohérents entre eux. Enfin chacun
des personnages s’affine psychologiquement de façon
crédible et progressive ; leurs contours se dessinent petit
à petit avec juste ce qu’il faut de netteté
et de mystère sauvegardé.
Qu’on n’aille pas chercher de très complexes
subtilités narratives, le but n’est pas là.
La narration se déroule de façon classique, globalement
linéaire, à la troisième personne. Elle est
focalisée tout d’abord à travers un héros
(Natan) qui nous livre ses perceptions, ses pensées, des
indices de sa personnalité et de son passé (avec quelques
flashbacks explicatifs brefs). Très vite, le récit
se focalise de la même façon sur une héroïne
(Shaé) qui affronte indépendamment des dangers similaires.
Par la suite, le récit fait se rencontrer les deux protagonistes
qui feront face à de terribles ennemis ensemble et découvriront
quel destin les unit.
Autre simplicité efficace : on n’est pas allé
chercher loin la trame globale : le “ Mal ” est revenu
sur terre après avoir sommeillé pendant une éternité
et les descendants de ses anciens vainqueurs (Natan et Shaé)
vont devoir l’affronter malgré leur faiblesse, leur
solitude (comme toujours, les parents sont morts) et leur jeune
âge (on reconnaîtra facilement la parenté avec
beaucoup de récits héroïques). On devine qu’ils
y parviendront grâce aux super pouvoirs qu’ils détiennent
– et qu’ils apprendront au fil de l’histoire à
connaître et à maîtriser (air connu encore une
fois). Le “ Mal ” est absolu, il menace l’Humanité
entière, et il emploie à ses fins des créatures
monstrueuses terrifiantes. Rien de bien nouveau, mais ça
marche.
Le couple de héros qui doit permettre, comme dans La
Quête d’Ewilan, l’identification
de tous les lecteurs est ici bien équilibré : chacun
a sa personnalité propre et existe par lui-même ; enfin,
ils réunissent aussi à travers eux différents
milieux sociaux et différentes origines sans que l’un
soit écrasé par l’autre (il y a un portrait
assez réussi cependant de la jolie-peste-riche à travers
le personnage de la cousine).
Comme dans nombre de ses autres récits, Pierre Bottero reprend
des thèmes qui circulent depuis une éternité
(et que la mode de la fantasy a réactualisés) en arrivant
malgré cela à surprendre par la qualité de
son imagination et de son écriture, qui a le mérite
d’être économe de mots et de détails inutiles.
Ici, la belle invention est celle du lieu-pivot de toute l’histoire,
la Maison. Lieu à la fois réel et magique, plein de
portes dont certaines sont visibles aux uns et pas aux autres, ouvrant
sur d’autres mondes étranges (on retrouve une influence
probable de la Croisée des mondes de Philip Pullman),
ouvrant sur un monde naturel mystérieux et menaçant,
elle est un des personnages clefs du roman. Mais la maison est aussi
une image de la famille et de son histoire et Pierre Bottero réinvente
à travers elle une histoire de l’humanité qui
est aussi une généalogie à parcourir, à
découvrir, avec laquelle renouer, ou à fuir. L’image
de la famille est ici très ambivalente (on pense encore à
Pullman).
Il semble que l’auteur ait repris un thème qu’il
avait abordé dans La Quête d’Ewilan,
pour le développer davantage (et mieux) : celui de la métamorphose
animale. Ici, ce n’est plus le garçon (Salim) mais
la fille (Shaé) qui se transforme et ce point est traité
de façon approfondie et non plus comme un événement
fantastique parmi d’autres. Le poids tragique de cette identité,
effleuré dans le personnage de Salim est ici traité
de façon intéressante et est fortement articulé
aux autres thèmes du roman (l’aventure, la généalogie,
l’amour).
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Cette
aventure très enlevée est aussi une histoire
d’amour prometteuse car c’est un amour a priori
impossible avant quelques tomes. Cette impossibilité
permet à l’auteur de montrer deux beaux adolescents,
amoureux, désirants et apparemment libres de leurs
actions, empêchés cependant (comme au bon vieux
temps de l’amour courtois) de passer à l’acte.
On ne dira pas pourquoi (on en a sans doute déjà
trop dit). Beau stratagème, qui permet de mêler
sentiment amoureux et chasteté sans avoir recours cependant
ni à la morale ni à la religion, deux points
qui sont importants en littérature de jeunesse quand
on veut s’adresser à un large public.
Ainsi, Pierre Bottero a réuni de nombreux schémas
très classiques et des procédés bien
connus pour construire une histoire cohérente et passionnante
; de matériaux sans grande valeur intrinsèque,
il a fait une créature vivante. Ses lecteurs attendront
encore avec impatience la parution des deux prochains volumes
de cette trilogie (air connu).
Anne-Marie
Mercier-Faivre
(septembre 2006) |
Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

Lire
le dossier proposé par Pascale Arguedas
du
même auteur
La Quête d’Ewilan
- Rageot poche, 2006
http://www.rageot.fr/
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