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jusqu'au
22 avril 2006 Théâtre
Les Ateliers,
Lyon
Théâtre
Les Ateliers
5, rue du petit david
69002 Lyon
réservations 04 78 37 46 30
Avec
Juan Loriente et Nicolas Bouchaud
Culture du Diogène moderne
Puisque les insultes et autres grossièretés ne marchent
que proférées, que vivantes, et qu’elles résistent
mal à l’aplatissement falot sur la feuille de papier,
nous ne citerons ni ne commenterons précisément les
gros mots qui abondent dans la verve toute latine de Rodrigo Garcia…
pas plus que nous ne croyons que ce soit lui faire justice que le
cantonner dans un rôle de provocateur aimant, certes, à
choquer et à se vautrer dans certains tabous plus ou moins
explosifs (pornographie, drogues, etc.) : in fine, le tabou
visé, autrement dérangeant, c’est bien notre
société contemporaine, son injustice malsaine, sa
conscience triste, sa culture en chute libre dans une pauvreté
intellectuelle de masse.
Borges
+ Goya rapproche deux monologues, le premier sur la
déception de notre jeune Garcia-Diogène face au génie
a-politique (sans testicules, dit Rodrigo Garcia dans sa langue
à lui) que fut Borges, écrivain médaillé
qui ne s’est pas mouillé dans le chaos argentin, ni
mondial, et qui, symptomatiquement, a fini par ne plus voir le monde
dans lequel il vivait, emprisonné qu’il était
dans la cécité livresque de sa Bibliothèque
nationale ; puis, le Garcia-Diogène du second monologue raconte
comment il a su dépenser tout son maigre pécule de
quarantenaire marginal, non pas en emmenant ses enfants à
Disneyland, mais en les introduisant par une nuit folle, avec le
cynicologue Sloterdijk, dans le Prado de Goya, de Velasquez, et
de Bosch. Partout, le même ton, le même humour haut
en couleurs, lentement halluciné dans la bouche de Juan Loriente
(Borges), plus vivement prosaïque dans celle de Nicolas Bouchaud
(Goya), et toujours efficace dans la dénonciation d’un
monde d’âmes inutiles régi par des puissants
creux et répugnants – auxquels d’aucuns, roublards
décomplexés, parviennent pourtant parfois à
voler quelques instants de sagesse et de plaisir.
Le personnage
central est médiocre, conscient de sa médiocrité,
et fier de l’honnêteté avec laquelle il affirme
sa médiocrité, ce contrairement à l’hypocrisie
ambiante d’une humanité qui, parce qu’elle n’est
à 90 % pas humaniste, voue un vrai brave humaniste bon vivant
à la misanthropie, voire à une certaine furie (saccager
la tombe fumeuse de Borges). De plus, les perdants, comme les estropiés,
sont par nature plus à même de percevoir avec un juste
cynisme le capharnaüm contemporain… Dans ce cadre dépourvu
de la moindre orgueilleuse illusion, et non sans contradictions
internes, Rodrigo Garcia loue l’instinct, l’innocence,
la satisfaction du désir, l’émotion –
soit tout ce qui échappe au pouvoir de l’argent et
d’une culture économiquement dirigée vers des
fins amorphes : intellectuels pourris de l’intérieur
par le syndrome de culture et par l’élitisme formel
; terne Disneyland et les loisirs électro-ménagers
qui, contrairement à l’alcool ou aux livres, tombent
toujours en panne.
La finesse
n’est pas tout le temps au rendez-vous, tout au long de ce
spectacle riche en grosses vérités aux formes frustes,
mais le dynamisme en est communicatif, l’inventivité
ravigorante, et la profondeur aussi reniée que sensible,
dans ce texte malin qui place sa morale intelligente derrière
la posture d’un cynisme de comptoir, d’un nounours déchaîné,
ou d’un supporter de foot que la bière et la défaite
font roter du Schopenhauer ou rêver à un violent tableau
de Goya.
Nicolas
Cavaillès
(avril 2006)

Vidéos
Rodrigo Garcia et Javier Marquerie
Production La Carniceria Teatro – Madrid, Casa de America
de Madrid, Teatro Lliure – Barcelone, Théâtre
des Salins – Martigues
Spectacle
bilingue – la partie espagnole est surtitrée en Français
Textes français Christilla Vasserot
Du
même auteur
Je crois que vous m'avez mal compris
Notes de cuisine
After Sun
portrait de Rodrigo Garcia à travers
ses pièces
Théâtre
Les Ateliers
http://www.theatrelesateliers-lyon.com
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