Céline
Bonacina (composition, saxophones baryton, alto et soprano ;
vocal), Didier Makaga (claviers, vocal), Lionel Guillemin (basse),
Hary Ratsimbazafy ( batterie)
Enregistré en juillet 2005 et août 2006
1/
Bar émergence part.1. 2/ Bar émergence part. 2.
3/ Ségaline. 4/ Celtic theme. 5/ Just alone. 6/ Image
à Steve Lacy. 7/ Free vision. 8/ Vue d’en haut.
9/ Alefa !
Une découverte (d)étonnante
Bon ! autant
l’écrire tout de suite : Céline Bonacina
ne manque pas d’air… ne manque pas de souffle. Quoi,
une jeune saxophoniste trentenaire (du début) rentrée
depuis peu de l’île de la Réunion, où
elle a séjourné pendant sept ans, sort un premier
album à vous couper le souffle… le nôtre…
eh bien , OUI !
 |
Auparavant,
elle a fait des études musicales, s’est spécialisée
au saxophone baryton, produite en big band dans des clubs
parisiens, puis dans l’Océan Indien au sein
de plusieurs formations : Subbash and the cosmic sound
(indo-jazz), Ti Fock (musique réunionnaise et fusionnée)
et sa propre formation jazz Céline B Group. Elle
a participé à plusieurs festivals sur les
îles (Réunion, Seychelles, Maurice et Madagascar),
a joué en première partie de l’ONJ
et d’Henri Texier et a été saxophoniste
invitée du pianiste Omar Sosa, rien que des références.
C’est juste avant de quitter la Réunion qu’elle
enregistre cet album paru en décembre 2006 dans
lequel elle signe tous les titres. |
Le premier
Bar émergence, en solo, annonce la couleur :
au baryton, d’abord une sorte de frémissement riche
en harmoniques, dont elle (se) joue admirablement avant d’annoncer
le thème très rythmé, gorgé de funkytude
( ! )… pour préparer la part 2 en quartet avec
transition en soprano qu’elle maîtrise tout autant
que son imposant cousin bary-tonnant. Coloration différente
avec Ségaline, composition inspirée par
le séga (celui de la Réunion, car cette musique
des esclaves, née de l’exil, est présente
dans de nombreues îles de l’Océan Indien)
et Celtic thème dans lequel on apprécie
le solo de Lionel Guillemin à la basse… Céline
passe d’un instrument à l’autre avec aisance
et se permet une belle section de sax à elle toute seule
grâce au fameux re-recording, comme dans Free vision
après son intro décoiffante qu’elle agrémente
de sa voix toujours bien placée. Un affectueux hommage
à notre cher Steve Lacy, une Vue d’en haut
très sopranique et un Alefa (" vas-y,
fonce ! ") très tonique (morceau arrangé
par Didier Makaga qui utilise là un son de clavier afin
de donner la couleur festive de l’accordéon pour
cette musique) complètent le répertoire de cet
album qui donne à entendre une musicienne confirmée,
véritable révélation.
Dans les
années 70, la critique voyait en Hamiet Bluiett «
le nouveau Messie du saxophone baryton » ; j’ose,
quant à moi, affirmer qu’en ce début de
siècle Céline Bonacina est bien « la
nouvelle Madone de l’instrument ».
La
revue Jazzman consacrait l’an dernier un dossier
« Enfin les filles !... celles qui font bouger le
jazz ». Céline n’y figurait pas…
elle fait pourtant bien partie de cette cohorte-là…
La saxophoniste s’inscrit ainsi aux côtés
d’Emile Parisien et de Yaron Herman dans ce nouveau courant
que nous nommons Michel Delorme et moi « nouvelle liberté
» ou « new free », (sous la houlette de Wayne
Shorter) qui redonne un sacré coup de jeune au jazz.
Alléluia !... et Alefa !, les deux.
Jacques
Chesnel
(mars 2007)
n.b.
- Céline cherche un producteur, un distributeur ; espérons
qu’elle ne cherchera pas trop longtemps. Mention très
bien pour la pochette colorée et virevoltante…
à l’image de la musique.
Jacques
Chesnel, membre démissionnaire de l'Académie
du Jazz, est l'auteur de plusieurs ouvrages sur le jazz dont
Le Jazz en quarantaine, 1940-1946 (Isoète) et
Les Grands Créateurs de Jazz avec G.Arnaud (Bordas)
; il a été consultant et auteur pour l'Encyclopédie
Encarta sur CD-Rom.
Peintre, il prépare une rétrospective de 50 années
de peintures inspirées par le Jazz.
www.jazz-chesnel.com

Alefa production
: alefa.prod@voila.fr